J’ai toujours beaucoup apprécié Stéphane Ravier, patriote et militant remarquable, je suis triste et amère de le voir battu aux sénatoriales.
Les grands électeurs des Bouches-du-Rhône ont donc tranché. Stéphane Ravier, sénateur depuis 2014, n’a pas été reconduit. Avec 7,30 % des voix, sa liste « Libertés communales, bon sens provençal » » est restée hors des sièges, tandis que le Rassemblement national, sous les couleurs de Marie-Pierre Callet et Fabien Bravi, enlevait deux sièges avec 18,88 %. La gauche a pris la tête (trois sièges), Renaud Muselier et Brigitte Devésa ont tiré leur épingle du jeu, Valérie Boyer a sauvé la sienne. Ravier, lui, a payé cash.
Pourtant, à Marseille et dans le département, peu d’élus de cette sensibilité peuvent se prévaloir d’un ancrage aussi long et concret. Premier sénateur FN de France en 2014 (avec David Rachline), réélu en 2020 dans des conditions difficiles après la défaite municipale, Ravier a incarné pendant plus de dix ans une présence permanente dans les quartiers nord, dans les débats sur la sécurité, l’identité, le logement et le quotidien des communes. On peut contester ses positions ; on ne peut pas effacer le travail de terrain, les permanences, les batailles menées année après année dans une ville où l’extrême droite a longtemps peiné à s’implanter durablement.
Ce n’est pas ce bilan qui a décidé de son sort. C’est une histoire de rancune et c’est ce qui me rend amère. En 2022, Ravier a quitté le RN pour soutenir Éric Zemmour et rejoindre Reconquête. Un choix douloureux, motivé par des désaccords internes et le sentiment que le parti s’éloignait de certaines de ses convictions fondatrices. Il a depuis quitté Reconquête et tenté de se recentrer sur Marseille. Mais Marine Le Pen n’a pas pardonné. Pour les sénatoriales 2026, le RN a préféré investir une recrue récente, Marie-Pierre Callet, ex-LR, plutôt que l’ancien sénateur historique. Ravier s’est présenté en dissident. Il a été battu.
On peut comprendre la discipline de parti. On peut même admettre qu’un mouvement veuille tourner la page d’une rupture publique. Mais on ne peut pas ignorer le coût : un élu qui a construit pendant des années un appareil local, qui a tenu un siège difficile, qui a représenté une sensibilité dans un département stratégique, se retrouve écarté au profit d’une stratégie d’élargissement. Le RN a gagné deux sièges dans les Bouches-du-Rhône et contribue à la création historique d’un groupe au Sénat. C’est un succès organisationnel. Mais il s’est fait sans, et contre, celui qui avait ouvert la voie. C’est à mon sens à la fois injuste et contre-productif.
À Marseille, le travail de Ravier ne se résume pas à des étiquettes. Dans les 13e et 14e arrondissements, dans les relations avec les maires et les conseillers municipaux, dans les dossiers de sécurité et de cohésion sociale, il a occupé un espace que d’autres n’ont pas toujours su ou voulu tenir. Le sanctionner pour une trahison passée, alors qu’il avait tenté de renouer des liens et de se mettre au service d’un intérêt supérieur local, ressemble moins à de la rigueur qu’à de la rancune, contre-productive, forcément. Marine est-elle vraiment en position de se débarrasser de l’un de ses plus anciens soutiens, efficaces, connaissant parfaitement le terrain ?
En politique, les rancunes coûtent cher : elles privent un camp de ses meilleurs éléments de terrain et laissent le champ libre à des profils plus lisses, parfois moins ancrés.
Stéphane Ravier n’a pas été battu par les grands électeurs seuls. Il a aussi été battu par un parti qui a préféré l’oubli à la reconnaissance. Dans les Bouches-du-Rhône, où les enjeux de sécurité, d’immigration et de déclassement restent brûlants, ce choix laisse un goût amer. Un élu qui a porté ces sujets pendant plus d’une décennie aurait mérité mieux qu’une mise à l’écart. L’histoire retiendra peut-être que le RN a gagné des sièges. Elle devrait aussi retenir qu’il a perdu, au passage, l’un de ses piliers marseillais.
Pourtant, quel résistant ! Il y a deux ans, il avait fait un discours mémorable sur l’immigration. Savourez-le, il a tout dit.
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Il s’ investira dans d’autres combats. On n’éteint jamais la flamme du patriotisme. Peut-être député au printemps prochain ??