Marina Vlady s’en est allée : adieu à une immense figure du cinéma français

Marina Vlady vient de nous quitter à 88 ans, jeudi 24 septembre 2026, laissant derrière elle près de 80 films, une vingtaine de pièces de théâtre et un prix d’interprétation à Cannes. Avec elle disparaît l’une des dernières grandes silhouettes du cinéma d’après-guerre, une actrice dont la beauté slave et le talent ont traversé plus d’un demi-siècle d’écran. 

Née Catherine Marina de Poliakoff à Clichy en 1938, benjamine des « sœurs Poliakoff » — quatre filles d’émigrés russes toutes vouées au métier d’artiste — elle grandit dans le sillage de l’Opéra de Paris avant de basculer très tôt vers le cinéma. Elle n’a que seize ans lorsqu’elle décroche le prix Suzanne-Bianchetti pour Avant le déluge d’André Cayatte. La suite est celle d’une carrière fulgurante : la France, puis l’Italie, où elle devient l’une des grandes égéries du cinéma transalpin.

Marina Vlady entre dans la légende à 23 ans en interprétant «La Princesse de Clèves» dans le film de Jean Delannoy en 1961.

1963 restera l’année de la consécration : elle reçoit le prix d’interprétation féminine à Cannes pour Le Lit conjugal de Marco Ferreri, face à l’immense Ugo Tognazzi.

Marina VladyPrix d’interprétation féminine pour Le Lit conjugal (Una storia moderna: l’ape regina) de Marco Ferreri en 1963.

Deux ans plus tard, Orson Welles — qui l’a courtisée — lui offre l’un de ses très rares rôles anglophones, celui de Lady Percy dans son Falstaff. On se souvient aussi d’elle, sublime et énigmatique, dans Deux ou trois choses que je sais d’elle, où Godard, qui aurait voulu l’épouser, la filme comme une icône de son époque. Entre ces tournages, les hommes de sa vie se bousculent : Robert Hossein, son premier mari, avec qui elle tourne plusieurs films noirs signés Frédéric Dard ; puis, plus tard, le poète et chanteur soviétique Vladimir Vissotski, grand amour de sa vie, dont la mort en 1980 lui inspirera un livre bouleversant, Vladimir ou le vol arrêté. 

Marina Vlady dans  Que la fête commence

Marina Vlady et Jean Pierre Marielle dans Climats

Dans ses mémoires, 24 images/seconde, elle résumait son existence avec une pudeur émouvante : « J’ai eu quatre maris, beaucoup d’amants et trois fils. J’ai vécu à côté d’eux et, donc, quand j’écris, c’est pour eux, parce qu’ils sont près de moi, avec moi ». Une phrase qui dit tout de cette femme qui aura donné sa vie au cinéma sans jamais cesser de la vivre pour ceux qu’elle aimait.

Il faut hélas dire un mot, en passant, de l’autre versant de sa vie publique — celui que nous ne pouvons ni oublier ni cautionner. Adhérente au Parti communiste français dès 1968, élue députée européenne sur les listes du PCF en 1989, compagne pendant plus de vingt ans du militant Léon Schwartzenberg, elle s’était engagée à ses côtés contre les expulsions de travailleurs étrangers, une cause bien éloignée de nos convictions. Cet aveuglement idéologique, hérité d’une jeunesse fascinée par l’URSS et prolongé jusque dans ses dernières prises de position publiques, restera la part d’ombre d’une trajectoire par ailleurs éblouissante. On regrettera ces égarements répétés d’une artiste que son immense talent aurait dû, à nos yeux, éloigner des impasses du communisme et de l’angélisme migratoire.

Mais c’est bien l’actrice, et non la militante, que le cinéma français retiendra. Avec Marina Vlady s’éteint un peu de la lumière d’une époque où le grand écran savait encore faire naître des légendes.

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3 Commentaires

  1. Pouvons-nous séparer l’artiste de ses convictions et actions politiques? Je ne sais pas. Le cinéma est une fiction, les actes politiques, une réalité.