
Pour Donald Trump, la bataille des élections de mi-mandat commence bien avant le jour du scrutin. Les listes électorales doivent être vérifiées afin d’identifier d’éventuelles inscriptions non autorisées, le vote par correspondance doit être davantage sécurisé et les règles électorales controversées doivent être tranchées par les tribunaux avant même le scrutin. Pour mener cette offensive juridique, Trump mise sur l’un de ses soutiens de longue date : son ancien avocat chargé des grâces, Ed Martin. La carrière de ce dernier illustre également un principe que Trump applique depuis son retour à la Maison-Blanche : il n’oublie pas ceux qui sont restés à ses côtés dans les moments difficiles.
Le 3 novembre, les Américains se rendront aux urnes pour les élections de mi-mandat, qui détermineront les majorités au Congrès. Pour Trump, l’enjeu est considérable. Si les républicains venaient à perdre leurs faibles majorités, les deux dernières années de sa présidence pourraient devenir nettement plus difficiles. C’est pourquoi la bataille autour des règles électorales a commencé très tôt.
Au cœur de cette bataille figurent les listes électorales, le droit de vote des non-citoyens et le vote par correspondance. Le ministère américain de la Justice cherche à obtenir des données détaillées sur les électeurs auprès de nombreux États. Le gouvernement souhaite également croiser les listes électorales des États avec des données fédérales afin d’identifier d’éventuelles personnes qui ne seraient pas habilitées à voter.
Parallèlement, Trump cherche à durcir les règles relatives au vote par correspondance. Selon les projets de son administration, les données des électeurs feraient notamment l’objet de vérifications croisées plus poussées, tandis que l’acheminement et le traitement des bulletins de vote par correspondance devraient être rendus plus facilement traçables.
Une partie de ces mesures fait déjà l’objet de batailles judiciaires. Des tribunaux ont limité ou bloqué certaines initiatives du gouvernement. La bataille autour des élections de mi-mandat se joue donc déjà devant les tribunaux, plusieurs semaines avant le jour du scrutin proprement dit.
C’est précisément pour ce combat que Trump mise désormais sur un homme qui connaît bien les affrontements politiques et juridiques.
Mettre fin à la fraude électorale
Pour cela, Ed Martin quitte son poste au sein du ministère américain de la Justice. Trump a personnellement annoncé que Martin mènerait désormais, depuis l’extérieur du gouvernement, les batailles judiciaires liées aux élections de mi-mandat, puis à l’élection présidentielle de 2028. Sa mission consiste à défendre, du point de vue du mouvement trumpiste, des élections libres, équitables et sûres.
Martin ne part pas de zéro. Alors qu’il était procureur fédéral par intérim à Washington, il s’était déjà penché sur les questions liées à l’intégrité électorale. La stratégie est avant tout préventive : les litiges concernant les listes électorales, le vote par correspondance ou le droit de vote doivent, dans la mesure du possible, être tranchés avant le jour du scrutin. Là où les républicains soupçonnent des violations du droit électoral ou des contrôles insuffisants, ils souhaitent que les tribunaux se prononcent avant que des millions de bulletins ne soient déposés et dépouillés.
Cette stratégie s’appuie sur l’expérience de l’élection présidentielle de 2020. Trump maintient encore aujourd’hui qu’il aurait été privé de cette élection en raison de fraudes. Toutefois, les procédures engagées par la suite n’ont pas établi formellement l’existence d’une fraude électorale généralisée qui aurait modifié le résultat en faveur de Joe Biden. Pour le mouvement MAGA, cette controverse a néanmoins eu une conséquence durable : il entend désormais faire trancher les différends concernant les règles électorales avant, et non après, une élection.
Les listes électorales se trouvent donc au cœur de cette stratégie. L’administration Trump veut déterminer si elles comportent des personnes qui ne sont pas habilitées à voter. Il s’agit notamment d’identifier d’éventuelles inscriptions de non-citoyens. Pour procéder à ces vérifications, les autorités souhaitent croiser des données provenant de différentes sources gouvernementales.
C’est précisément sur ce point que les tribunaux sont actuellement saisis. Les détracteurs de cette démarche mettent en garde contre le risque que des données erronées ou insuffisamment actualisées conduisent à exclure à tort des électeurs pourtant légalement habilités à voter. Le gouvernement rétorque que les États doivent garantir que seules les personnes ayant effectivement le droit de vote puissent participer aux élections.
Sur le plan factuel, les éléments concernant le départ d’Ed Martin et son rôle dans les batailles judiciaires électorales de 2026 et 2028 sont rapportés par l’Associated Press. Les contentieux sur les listes électorales et le vote par correspondance sont effectivement en cours devant les tribunaux.
Le vote par correspondance reste lui aussi au cœur des controverses. Depuis plusieurs années, Trump réclame un durcissement des règles et de meilleurs moyens de contrôle. Son administration tente désormais de faire adopter de telles dispositions avant les élections de mi-mandat. Là encore, le débat porte désormais moins sur les déclarations politiques que sur des recours concrets devant les tribunaux et sur la question des compétences dont dispose Washington à l’égard des différents États.
La mission de Martin se situe précisément à cette intersection. Plutôt que de formuler des accusations au lendemain de l’élection, il s’agit d’identifier en amont les éventuelles failles, de les documenter et, le cas échéant, de les contester devant la justice. La préparation juridique devient ainsi elle-même une composante de la campagne électorale.
Ne laisser personne de côté
Le fait que Trump ait choisi précisément Ed Martin pour cette mission n’est pas un hasard. Martin appartient depuis plusieurs années à l’entourage politique du mouvement MAGA et est resté aux côtés de Trump durant les années où un retour à la Maison-Blanche était loin d’être assuré.
Sous l’administration Biden, Martin a représenté des personnes poursuivies dans le cadre des événements du 6 janvier 2021. Après la victoire électorale de Trump, cette loyauté n’a pas été oubliée. Trump l’a d’abord nommé procureur fédéral par intérim à Washington, puis chargé des questions de grâce au sein du ministère de la Justice.
Martin avait alors fait de No MAGA left behind — Aucun membre du MAGA ne doit être laissé de côté — sa devise. L’idée était qu’après l’alternance politique, il ne fallait pas seulement prendre en considération les soutiens les plus connus. Les simples manifestants et militants condamnés en lien avec le 6 janvier ne devaient pas non plus être oubliés.
Trump a gracié ou commué les peines de nombreux condamnés du 6 janvier. Des militants anti-avortement condamnés en vertu du FACE Act ont également bénéficié de grâces. Martin a parlé à ce propos de l’ »année de la miséricorde de Trump » (« Year of Trump Mercy »).
Parallèlement, il s’est penché sur la question de l’instrumentalisation politique des administrations publiques. Au ministère de la Justice, il a dirigé pendant un temps la Weaponization Working Group , chargée d’examiner si l’appareil d’État avait été utilisé délibérément, sous les administrations précédentes, contre des adversaires politiques.
Un fil conducteur remarquable se dessine ainsi dans l’ascension de Martin. Il a soutenu le mouvement Trump lorsqu’il était dans l’opposition, s’est occupé, après son retour au pouvoir, de personnes considérées par le mouvement MAGA comme victimes de persécutions politiques et doit désormais veiller à ce que les conflits judiciaires autour des prochaines élections ne commencent pas seulement une fois les bulletins déjà dépouillés.
Ce que l’AfD pourrait en tirer comme enseignement
Le système électoral américain ne peut pas être transposé tel quel à l’Allemagne. Les compétences institutionnelles sont différentes, tout comme les règles relatives à l’inscription sur les listes électorales et au vote par correspondance. Il est toutefois intéressant de relever la stratégie consistant à ne pas attendre le lendemain du scrutin pour prendre au sérieux les éventuels conflits liés à l’intégrité d’une élection.
Lorsque des indices concrets d’irrégularités existent, ceux-ci peuvent être documentés en amont et faire l’objet d’un examen juridique. Les partis peuvent également professionnaliser leur observation électorale, préparer leurs assesseurs aux éventuels problèmes et veiller à ce que les questions juridiques litigieuses ne surgissent pas seulement une fois les résultats établis. Pour quiconque souhaite prévenir les manipulations, il est essentiel de disposer de preuves solides, d’observateurs formés et d’engager les procédures suffisamment tôt.
Pour l’AfD, un deuxième aspect de l’exemple américain pourrait également présenter un intérêt. Après son retour au pouvoir, Trump ne s’appuie pas exclusivement sur de nouveaux responsables, mais confie aussi des responsabilités à des compagnons de route de longue date. Martin en est un bon exemple. Il faisait déjà partie du mouvement conservateur à une époque où les fonctions et responsabilités qu’il occupe aujourd’hui étaient encore imprévisibles. Plus tard, il a défendu des personnes issues de l’entourage du mouvement, alors que cela était politiquement peu opportun.
Après sa victoire électorale, il s’est d’abord vu confier des responsabilités au sein du ministère de la Justice. Trump lui attribue désormais l’une des missions politiquement les plus sensibles à l’approche des élections de mi-mandat. Cela véhicule un message qui dépasse largement la seule question du droit électoral américain : après une victoire, un mouvement politique ne devrait pas oublier ceux qui l’ont soutenu durant les années difficiles.
Pour une AfD qui accéderait pour la première fois aux responsabilités gouvernementales, ce serait une leçon particulièrement pertinente. Un parti ne repose pas uniquement sur ses dirigeants, mais aussi sur les personnes qui le soutiennent à une époque où cela ne leur apporte encore ni postes, ni fonctions, ni reconnaissance sociale. Ne pas perdre de vue ces soutiens de la première heure après l’arrivée au pouvoir fait également partie de la stratégie politique de Trump.
Ed Martin incarne les deux aspects de ce principe. Sous la devise « No MAGA left behind », il s’est d’abord occupé de traiter les dossiers hérités des années précédentes. Il doit désormais empêcher que la prochaine grande bataille ne commence, une fois encore, seulement après le jour du scrutin. Pour Trump, la fidélité envers ses propres soutiens et la préparation du prochain combat politique semblent ainsi aller de pair.
Article transmis par l’AfD et traduit par Nicolas Faure
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