J’ai critiqué la façon dont la guerre a été menée par Trump contre le régime des mollahs, car je pense que Trump a commis des erreurs graves, et est allé à l’encontre des recommandations de l’état-major des armées américaines.
Je n’ai pas critiqué la décision de Trump d’entrer en guerre contre le régime iranien, et je pense que Trump a pris avec courage, la décision qui s’imposait. Cela doit être souligné parce que les médias de gauche américains, et quasiment tous les médias en Europe traitent du sujet en semblant dire que Trump a « choisi » de mener la guerre parce qu’il le voulait, et sans raison valable.
La réalité est différente : Trump a décidé de mener la guerre parce que mettre le régime iranien hors d’état de nuire était impératif et urgent. Laisser un régime abject et aux visées génocidaires accéder à l’arme nucléaire serait strictement impensable, et le régime iranien était dangereusement proche de l’acquisition de l’arme nucléaire. Trump le savait. Les dirigeants d’autres pays le savaient aussi, tout particulièrement les dirigeants israéliens, qui savent qu’empêcher cet accès est pour Israël une question de vie ou de mort. Les dirigeants européens font comme s’ils ne savaient pas ce qu’ils savent en réalité parfaitement et ils sont lamentables, comme toujours.
Certains d’entre eux osent encore dire que la diplomatie avait fonctionné et citent le JCPOA (Joint Comprehensive Plan of Action) de juillet 2015, en ajoutant qu’il était « efficace », et ils se moquent ainsi, sans le dire explicitement, de ceux qui les écoutent : le JCPOA n’a pas empêché une seule seconde le régime iranien d’avancer vers l’arme nucléaire, et a au contraire donné au régime iranien l’opportunité d’accélérer cette avancée car le JCPOA lui a permis de disposer de milliards de dollars supplémentaires qui lui ont aussi donné en outre l’opportunité de financer davantage le terrorisme islamique. Trump a expliqué tout cela en sortant du JCPOA en 2018, et en replaçant le régime iranien sous des sanctions que l’administration Biden a supprimées ensuite, tout en versant ou dégelant à nouveau des milliards au régime iranien, sous le regard bienveillant et complice des dirigeants européens. Trump a hérité de la situation catastrophique résultant des années Biden. Ce doit être dit car Biden et les membres de son administration, dont Kamala Harris, ne sont jamais incriminés. Ils doivent l’être.

Trump avait pour objectif, dès janvier 2025, au côté d’Israël, de remédier à la situation que lui a laissé Biden, et d’empêcher l’accès de l’Iran à l’arme nucléaire. Il savait qu’il n’y avait rien à attendre du régime iranien, sinon le pire. Il n’est, hélas, pas allé jusqu’au bout. Il n’a pas voulu la destruction du Hamas, ni celle du Hezbollah, je l’ai déjà dit et expliqué. Il a agi d’une même façon face au régime iranien.
Il a mené la guerre au côté d’Israël en juin 2015 contre le régime en place en Iran, et il a eu raison. Il a détruit les bases nucléaires de Natanz, Fordow et Ispahan. Il a malheureusement arrêté la guerre au bout de douze jours, sans faire tomber le régime, en pensant, semble-t-il, que celui-ci allait négocier, et abandonner son programme atomique. Il a eu tort de penser ce qu’il a pensé. Le régime n’a rien abandonné du tout. C’était très prévisible, je l’ai dit.
Il a, au côté d’Israël encore, repris la guerre fin février 2026 avec le même objectif. Et il a eu raison, là encore. Il a, je l’ai dit, arrêté la guerre trop tôt (l’armée américaine voulait deux semaines de plus) et a refusé que des frappes aient lieu sur des cibles stratégiques essentielles aux fins de garder des éléments pour négocier sans infliger au régime une défaite totale. Il a eu tort à nouveau. Le régime iranien insuffisamment frappé a bloqué le détroit d’Ormuz, détérioré les bases américaines du Proche-Orient, bombarde plusieurs émirats du Golfe et l’Arabie Saoudite. Trump a mis en place un blocus à la sortie du détroit, ce qui n’aurait pas été nécessaire si les frappes avaient auparavant été décisives. Il a gaspillé des Patriot et des THAAD.
Il a voulu négocier à nouveau, après avoir promulgué un cessez-le-feu le 8 avril. Il a fait des concessions au régime en guise de gestes de bonne volonté, ce qui a été une grave erreur découlant de ses erreurs précédentes. Les négociations ont échoué une fois encore, et Trump ne pouvait ignorer qu’elles allaient échouer.
Mais contrairement à ce que dit la gauche américaine, contrairement à ce que disent les médias de gauche américains et quasiment tous les médias européens, le régime iranien n’a pas gagné la guerre, non : Trump s’est placé lui-même et a placé Israël et les Etats-Unis en position d’échec en ne cessant de faire des erreurs graves. Ce qui est différent.
Trump aurait pu écraser le régime : il en avait tous les moyens. Il aurait pu ne pas gaspiller des missiles Patriot et des THAAD.
Le résultat est qu’il a placé Israël en situation difficile et ébranlé la confiance envers les Etats-Unis des dirigeants saoudiens et des émirs du Golfe.
Mon explication : il a beaucoup trop cru à son art du deal, qui ne marche pas du tout avec des fanatiques islamiques.
Quelles solutions lui reste-t-il aujourd’hui ?
Le déblocage du détroit d’Ormuz n’est pas une solution. Le détroit n’était pas bloqué avant la guerre, et le déblocage serait un simple retour à la situation antécédente.
Il y a aujourd’hui un déblocage partiel, mais pas total. Et depuis quelques jours, davantage de bateaux sortent du détroit par la route d’Oman, et du pétrole venu d’Arabie Saoudite, des Émirats Arabes Unis, du Bahreïn, du Koweït, et même d’Irak est acheminé hors du détroit. Les bateaux coupent leur transpondeur pendant la traversée, ce qui les rend invisibles pour l’armée iranienne et ils sont escortés par la US Navy. Ce ne sont pas des supertankers, et leur cargaison est transvasée dans des supertankers dans le golfe d’Oman. Le Bab el-Mandeb reste dangereux et n’est plus utilisé. Quelques supertankers passent par le canal de Suez et la Méditerranée, et contournent l’Afrique pour rejoindre l’Asie.
Ce n’est pas un retour à la situation antécédente et ce n’est pas une situation optimale et durable. C’est tout juste mieux que rien. Le prix du pétrole reste élevé (entre 80 et 86$ le baril). Le prix du carburant à la pompe reste au-dessus de 4$ le gallon aux Etats-Unis. La population accepterait un prix plus élevé encore s’il y avait la perspective d’une victoire américaine sur le régime iranien, ce n’est, pour l’heure, pas le cas.
Trump opte pour l’asphyxie économique et financière du régime aux fins de parvenir à une victoire, je l’ai déjà dit. Il voudrait que cette asphyxie soit totale et fasse tomber le régime.
Peut-il parvenir à une asphyxie totale ? Je l’ai déjà dit aussi, je voudrais le souhaiter mais j’en doute. Peut-il ainsi faire tomber le régime ? J’en doute tout autant.
Scott Bessent, secrétaire au Trésor, qui se charge de l’asphyxie, a décrit l’opération comme “la plus grande offensive financière jamais mise en œuvre contre un adversaire”. Tous les secteurs sont visés : celui du transport, y compris le transport aérien, celui de l’énergie, bien sûr, celui des cryptomonnaies, qui sont beaucoup utilisées par le régime iranien dans le cadre d’une économie parallèle, celui de la finance et des transactions bancaires. Rien n’est laisse de côté.
Les Etats-Unis ont un atout majeur, que trop de commentateurs malveillants ont tendance à sous-estimer.
Le dollar américain est toujours, et de loin, la plus importante monnaie de réserve mondiale. Il est présent dans 90 % des transactions financières mondiales. Il représente 58 % des réserves de toutes les banques centrales du monde, et 54% de tous les échanges commerciaux mondiaux. Entre 80 et 90 % des transactions pétrolières se font en dollars, et le dollar reste indispensable pour acheter du pétrole, du gaz et du savoir-faire électronique aux Etats-Unis, première puissance du monde dans le secteur de la hi tech. Les Etats-Unis dominent aussi massivement le secteur des crypto-monnaies.
Dès lors que les Etats-Unis bloqueront et sanctionneront tout échange avec l’Iran pour les pays utilisant le dollar américain pour de nombreuses transactions, de nombreux pays ne voudront pas courir le risque de blocage et de sanctions. Et cela concerne, outre les pays d’Europe, la Turquie, le Qatar, le Pakistan et nombre d’autres pays.
Cela montre l’importance du statut du dollar américain et la dangereuse stupidité des récents propos de J.D. Vance sur le sujet.
Les pays qui se passent complètement de dollars américains et ne les utilisent pour aucune transaction sont très rares et, en général, très pauvres.
La Russie n’utilise plus le dollar en raison des sanctions américaines qui la frappent, mais ses dirigeants ont dit qu’ils l’utiliseraient à nouveau si les sanctions sont levées. La Chine n’a pas du tout renoncé au dollar. Elle proteste contre les décisions américaines et continue et continuera sans doute à aider l’Iran, mais les Etats-Unis vont exercer des pressions plus intenses sur elle, et le quasi-monopole chinois sur les terres rares est en train d’être remis en cause par l’administration Trump.
La Chine reçoit bien moins de pétrole iranien : elle en reçoit présentement quatre fois moins qu’avant la guerre et le paie en yuan, ce qui ne permet pas à l‘Iran d’acheter ailleurs qu’en Chine.
Les Émirats Arabes Unis permettaient aux banques iraniennes de convertir le yuan en d’autres monnaies et en dollars américains, ce n’est plus le cas. Les banques iraniennes faisaient des transactions en crypto-monnaies qui passaient par les Émirats Arabes Unis et le Qatar. Ce ne sera plus le cas non plus.
Une plateforme d’échange de crypto-monnaies non agréée (Shelbit), basée à Dubaï, transférait des fonds numériques pour le compte de la Banque centrale d’Iran, et gérait des portefeuilles pour les Gardiens de la révolution. Ce n’est plus le cas là encore.
Les décisions américaines vont donc avoir des effets très lourds pour le régime iranien. L’asphyxie va avoir des effets.
Elle pourrait néanmoins prendre des mois avant d’être effectivement et entièrement une asphyxie.
Et même si le régime est asphyxié, cela ne signifiera pas du tout qu’il tombera.
Les éléments civils du régime tels que Masoud Pezeshkian et Mohammad Bagher Ghalibaf voudraient que le régime transige, mais ils ne disposent pas des armes et n’ont aucun poids. Ceux qui disposent des armes et sont prêts à les utiliser sont des fanatiques qui n’ont plus rien à perdre et les exécutants sous leurs ordres ont le sang de nombreux iraniens sur les mains. Ces gens, en général, ne cèdent pas et se battent en général jusqu’au bout.
La victime la plus immédiate de l’asphyxie sera, hélas, le peuple iranien, qui est confronté à des pénuries croissantes et à la chute vertigineuse de la valeur de la monnaie iranienne.
Certains disent qu’ils se soulèvera à nouveau. J’en doute fortement. Le Bassij est prêt à faire des massacres. Ses membres savent qu’ils se feront lyncher s’ils baissent leurs armes. Les Gardiens de la Révolution sont dans la même situation.
Le régime, en outre, et c’est préoccupant, a repris pendant les négociations la production de missiles et de drones. Il a poursuivi ses activités nucléaires militaires dans le site de la montagne de la Pioche.
Il reste deux mois avant les élections de mi-mandat. Cela me semble, de toute façon, être un délai trop bref pour que le régime tombe, et il est tout à fait possible que le régime décide de frapper avant celles-ci. Pour montrer qu’il n’est pas mort, que Trump ne l’a pas abattu et pour influer sur le résultat.
Les meilleurs spécialistes de l’Iran (des gens tels que Majid Rafizadeh, qui travaille comme moi pour le Gatestone Institute) pensent, en outre, que l’asphyxie ne pourra fonctionner que si elle est accompagnée de frappes supplémentaires sur le régime et sur ses dirigeants, et si une aide est apportée à ceux qui sont regroupés autour de Reza Pahlavi, que Trump a choisi d’ignorer jusqu’à présent.
Je doute qu’il y ait des frappes supplémentaires dans l’immédiat, et je doute que Trump aide ceux regroupés autour de Reza Pahlavi, mais je peux me tromper.
Trump a choisi de laisser Israël de côté concernant le dossier iranien depuis le 8 avril, et a préféré parler avec le Qatar, le Pakistan et la Turquie : ce ne sont pas des alliés fiables des Etats-Unis, et ce ne sont pas de bons interlocuteurs. Et le site nucléaire de la montagne de la Pioche reste intact. Je suis donc pessimiste.
La seule et unique bonne nouvelle qui puisse être annoncée dans ces circonstances est que même si les démocrates l’emportent en novembre, et c’est, hélas, possible, voire probable, ils ne pourront pas bloquer les actions de l’administration Trump, qui restera en place et aura encore deux ans pour agir. Le fera-t-il ? Il est trop tôt pour le dire.
Comment résumer la situation ? Très simplement.
Oui, Trump a pris avec courage, la décision qui s’imposait en février 2026, mais oui encore, il a commis de graves erreurs qui ont privé les Etats-Unis d’une victoire totale.
Il lui reste à finir le travail, et il n’est pas certain qu’il le finisse. Il croit beaucoup trop à sa capacité de faire des deals et s’obstine à ne pas comprendre le fanatisme islamique.
Il est positif qu’il recherche l’asphyxie économique ou financière mais si celle-ci n’est pas accompagnée de frappes et d’une aide à des groupes iraniens voulant renverser le régime, elle sera insuffisante.
Il reste à dénucléariser le régime, et ce n’est pas fait.
Il reste à vraiment libérer le détroit d’Ormuz, et ce n’est pas fait non plus.
Ce ne sera fait que si le régime tombe, et il n’est pas du tout certain que Trump le fera tomber. Il faudrait pour cela qu’il comprenne le fanatisme islamique.
S’il n’agit pas pour dénucléariser le régime et frapper le site de la Montagne de la Pioche, Trump devra au minimum aider Israël à agir. Israël le peut et le fera si c’est la seule issue. Il serait regrettable qu’Israël ait à le faire contre l’avis de Trump.
Si le régime iranien devait survivre jusqu’en 2028, il représenterait un danger majeur pour Israël et pour tout le monde libre, et ce serait un échec qui entacherait toute la présidence Trump, et signifierait, de fait, que Trump aura été faible et aura perdu géopolitiquement le Proche-Orient pour les Etats-Unis, et le monde arabe musulman se cherchera d’autres protecteurs. Ce qui serait une catastrophe.
Mais fort heureusement, nous n’en sommes pas là. Il reste deux ans à Trump pour se ressaisir, oui.
Le fera-t-il ? Je répète la question sans y répondre.
L’alliance défensive Arabie Saoudite, Turquie, Pakistan récemment signée à La Mecque montre néanmoins que la crédibilité américaine est très entamée et doit être restaurée. Vite.
© Guy Millière pour Dreuz.com. Toute reproduction interdite sans l’autorisation écrite de l’auteur
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