Des chaires universitaires de Harvard aux pelouses de football, l’argent du Moyen-Orient achète le silence des élites occidentales. En acceptant de troquer leurs principes universels contre des flux financiers, les nations européennes tolèrent le développement d’un « islamisme d’atmosphère » destructeur. Se croyaient-ils invulnérables, inattaquables ? Ou alors, leur prétendue puissance les a-t-elle aveuglés au point d’ignorer qu’ils ne sont que des colosses aux pieds d’argile ?
En 1994, l’Afrique du Sud abolissait l’Apartheid sous la pression de sanctions économiques orchestrées par l’Occident.
Trente ans plus tard, un constat géopolitique interroge : pourquoi ce même Occident, si prompt à ériger « droits de l’homme » en conditionnalité politique, tolère-t-il les discriminations structurelles et l’entrisme idéologique des pétromonarchies ? Derrière cette passivité se cache le pouvoir coercitif des pétrodollars.
En acceptant une interdépendance financière totale, les démocraties occidentales se sont prises à leur propre piège : elles se retrouvent paralysées face à un islamisme politique qui utilise leurs propres lois et leur démocratie pour subvertir leurs modèles de société.
Sous le bouclier des pétrodollars, c’est l’économie au détriment de la souveraineté. Là où l’Afrique du Sud de l’Apartheid était économiquement vulnérable, les monarchies du Golfe (Arabie saoudite, Qatar, Émirats arabes unis) ont su se rendre indispensables. La manne pétrolière a été convertie en un outil de neutralisation politique à travers trois leviers majeurs.
Le premier levier est la dépendance aux contrats d’armement pour des pays comme la France, le Royaume-Uni ou les États-Unis. Les exportations d’armes vers le Golfe (avions Rafale de Dassault, blindés, missiles) représentent un pilier de l’autonomie stratégique française. En 2015, le contrat de vente de 24 Rafale au Qatar pour 6,3 milliards d’euros a illustré cette diplomatie économique où les critiques sur les droits de l’homme s’effacent devant la préservation des emplois industriels nationaux.
En outre, l’influence financière du Qatar et de l’Arabie saoudite, via des investissements massifs dans l’immobilier, l’armement et l’académie, crée une dépendance économique qui paralyse la réaction politique des démocraties occidentales. Cette stratégie d’entrisme, combinée au détournement de l’État de droit pour protéger un agenda religieux, affaiblit le modèle laïque et culturel européen. Exiger des réformes démocratiques ou la fin du financement de l’islamisme radical, équivaudrait à saborder des pans entiers de l’industrie de défense occidentale.
Le deuxième levier est, bien entendu, la colonisation financière par les fonds souverains. Des entités comme la Qatar Investment Authority (QIA) ou le Public Investment Fund (PIF) saoudien possèdent des parts massives dans les fleurons industriels occidentaux, l’immobilier des capitales (Paris, Londres, New York) et les clubs de sport d’élite.
Ce capitalisme d’État achète une respectabilité internationale et transforme les dirigeants politiques en obligés.
S’ensuivent la diplomatie académique et le lobbying.
En finançant des chaires d’études à coups de dizaines de millions de dollars dans les universités d’élite (Harvard, LSE, Sciences Po), ces régimes ont réussi à influencer la recherche et à lisser l’image de l’islam politique dans les cercles décisionnels. C’est le cas de la LSE et de Harvard : en 2008, la fondation de Saif al-Islam Kadhafi (fils du dictateur libyen) a versé 1,5 million de livres à la London School of Economics (LSE), provoquant un immense scandale sur l’indépendance académique. De même, l’Arabie saoudite et le Qatar figurent parmi les plus grands donateurs étrangers des universités d’élite américaines (Harvard, Georgetown), finançant des centres d’études du Moyen-Orient qui lissent l’image de l’islam politique.
Comme lors de l’assemblage d’un puzzle, nous aboutissons au sabotage juridique, quand l’État de droit protège ses détracteurs. Inutile de hurler sur les toits que la justice a pris la poudre d’escampette, elle a été payée pour.
Le cœur du danger réside dans l’asymétrie totale du modèle/régime. Alors que les pays du Golfe maintiennent des verrous juridiques stricts (interdiction du prosélytisme non musulman, criminalisation de l’apostasie, législation sur la citoyenneté ultra-restrictive), ils profitent des libertés totales offertes par les démocraties pour s’installer et les intervertir en théocraties…
L’islamisme politique a appris à retourner l’État de droit occidental contre lui-même par l’instrumentalisation des libertés fondamentales : les mouvements fréristes ou salafistes utilisent la liberté d’association, la liberté de culte et la liberté d’expression pour implanter des structures confessionnelles. Dès qu’un État démocratique tente de dissoudre une association séparatiste ou de fermer une mosquée radicale, ces groupes mobilisent des armées d’avocats pour contester les décisions devant les tribunaux au nom des « droits de l’homme » que les contestants n’appliquent pourtant jamais dans leurs pays d’origine.
À cela s’ajoute le chantage moral. Comment ne pas accuser d’islamophobie les Occidentaux ? En important le concept d’islamophobie dans le débat public et judiciaire, l’islamisme d’atmosphère a réussi à paralyser la critique. La peur d’être étiqueté comme raciste ou colonialiste pousse une partie des élites intellectuelles et politiques occidentales à la complaisance, confondant la protection légitime des croyants avec la tolérance envers un projet politique théocratique. Ce vide juridique et cette lâcheté politique permettent la création de contre-sociétés et le développement d’un « islamisme d’atmosphère » qui rejette les lois civiles au profit de normes religieuses (dans les clubs sportifs, les écoles privées hors contrat ou le milieu associatif), créant une rupture civique progressive mais profonde. Qui d’entre nous n’est pas resté interdit face aux prières collectives tenues dans les grandes artères des villes principales européennes ? Ces rassemblements religieux modifient l’usage neutre des rues et contreviennent aux principes de neutralité des espaces publics.
L’absence de réciprocité entre les démocraties occidentales et les puissances financières arabo-musulmanes met en lumière un affaiblissement moral majeur. En troquant leurs principes universels contre des parts de marché et la stabilité énergétique, les nations occidentales ont toléré les germes de leur propre fragmentation identitaire, creusant ainsi leur propre tombe.
Pourtant, un sursaut reste possible. Si les démocraties veulent survivre à la poussée islamiste, elles doivent de toute urgence réaffirmer un principe simple : aucune liberté ne doit être accordée aux ennemis de la liberté. Cela implique l’application d’une réciprocité géopolitique et migratoire absolue — légitime puisque pratiquée par les pays arabo-musulmans eux-mêmes : Fermeture stricte des frontières, refus des demandes d’asile détournées, et sélection rigoureuse des flux.
La réforme immédiate de la souveraineté juridique et culturelle doit impérativement reprendre le pas sur la logique des flux financiers.
Thérèse Zrihen-Dvir
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Malraux aurait pu dire : Le vingt-et-unième siècle sera islamiste ou pas. Ou comment deux milliards de personnes ont pu assujettir six milliards d’êtres humains. Merci Thérèse pour cet article lucide et plein de bon sens.