Ortega annule les élections, le Nicaragua en voie de “nord-coréanisation”
En déclarant qu’“il n’y aura plus d’élections” au Nicaragua, le président nicaraguayen, Ortega a suscité une première vague de réactions de la part de la communauté internationale. Les États-Unis, le Panama et le Costa Rica figurent parmi les premiers pays à avoir condamné ce qui est considéré comme la “confirmation de la nature autoritaire du régime”.
Certes, on me dire que Ortega n’est pas un modèle susceptible d’inspirer des dirigeants européens et notamment Macron et que le parallèle, à première vue, est très forcé…
Certes, mais… depuis plus de 9 ans, Macron a pris les pires des décisions et on le voit placer ses hommes de main à tous les postes clé de la République et notamment au Conseil Constitutionnel, Conseil d’Etat… Certes également, avec tous les efforts que fait Macron pour que nous entrions en guerre contre la Russie, il n’a peut-être pas besoin de copier Ortega pour rester au pouvoir…
Mais quand même, cela vaut la peine d’examiner de près l’hypothèse Macron-Ortega. Un homme averti en vaut deux….
Ortega a explicitement déclaré vouloir en finir avec les élections au Nicaragua pour empêcher toute prise de contrôle du pouvoir par l’opposition (ou des forces externes qu’il qualifie de yankees et somozistes . L’Assemblée nationale, entièrement sous contrôle du régime, a aussitôt engagé un plan pour formaliser cette orientation. C’est la suite logique d’une dérive autoritaire de longue date : opposition muselée, candidats emprisonnés ou interdits en 2021, réforme constitutionnelle installant sa femme Rosario Murillo comme coprésidente, répression de 2018, etc. L’objectif est de consolider une dictature familiale.
Qu’est-ce qui empêcherait la transposition de ce coup d’Etat à l’Europe et/ou à la France ?
Les démocraties européennes disposent d’institutions encore relativement solides (parlements, cours constitutionnelles, presse libre -paraît-il, , partis d’opposition légaux, scrutins sous observation internationale, etc.) qui rendent l’abolition pure et simple des élections difficile et politiquement suicidaire. On peut penser/espérer… qu’un président français qui tenterait quelque chose d’équivalent se heurterait immédiatement à l’Assemblée, au Sénat, au Conseil constitutionnel, aux médias, à la rue et aux partenaires européens. Quoique… il se passe tant de scandales et d’horreurs depuis des lustres, sans révolution au pays de 1789 (covid, interdictions de se déplacer, vaccinations obligatoires, licenciements à défaut, libertés en berne, surveillance accrue, écologie dictatoriale…) qu’on peut finir par penser que tout est possible dans ce pays de moutons.
Macron, certes, est soumis à la limite de deux mandats consécutifs (article 6 de la Constitution). Il ne peut pas se représenter en 2027. Aucun signe crédible n’indique qu’il cherche à contourner cette règle par la force ou par une réforme autoritaire mais il répète souvent et avec acrimonie qu’il trouve scandaleuse la règle des 2 mandats… et il lui suffirait de faire comme Zelensky, ne pas organiser de nouvelles élections sous prétexte de guerre pour rester au pouvoir, non ? On peut noter malgré tout que les débats sur la réforme des institutions ou sur le « en même temps » restent pour l’heure dans le cadre démocratique.
L’idée d’une guerre avec la Russie comme prétexte pour rester au pouvoir, simple spéculation sans fondement factuel ? La position française (soutien à l’Ukraine, aide militaire, discours sur la dissuasion) s’inscrit a priori dans une ligne occidentale partagée, peut-on y voir une manœuvre personnelle de maintien au pouvoir ? Certes, les décisions de politique étrangère et de défense sont collectives (gouvernement, Parlement, alliés de l’OTAN et de l’UE) mais on a appris, en 10 ans, que le quidam décide et consulte ensuite. Et comme il a placé partout ses pions…
Le cas Ortega
C’est un cas classique de consolidation autoritaire dans un pays où les contrepouvoirs ont déjà été détruits. Journalistes et analystes, journalistes, universitaires… voient dans sa décision une erreur stratégique possible : cela renforcerait les critiques internationales sans garantir la survie du régime après Ortega. L’opposition interne a déjà été largement décimée ; la population est consciente du caractère factice des scrutins précédents.
Des dirigeants européens (ou d’ailleurs) peuvent évidemment être tentés par des dérives populistes, des restrictions de libertés ou des polarisations extrêmes. Mais passer de là à l’abolition pure et simple des élections à la Ortega suppose pour le moment un effondrement préalable des institutions démocratiques qui n’existe pas (encore ?) en France ni dans la plupart des pays de l’UE. Les mécanismes de protection (indépendance judiciaire, alternance réelle, presse, société civile) restent opérationnels. Au moins pour le moment.
Bref, Ortega agit en dictateur qui a déjà liquidé l’opposition. Macron opère dans un système où ce type de décision est pour le moment presque impossible à imposer sans provoquer une crise majeure. Mais on est dans une telle panade, avec un tel endettement, une telle invasion migratoire… que tout est possible à mon sens. Y compris le pire.
Christine Tasin
821 total views, 821 views today


on peut s attendre au pire !!!