Rémi Brague : on sait avec certitude que le récit sur le début de l’islam ne tient pas debout !

En avant première dans un livre sulfureux à paraître le 26 août prochain, Rémi Brague, professeur émérite de l’ Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, nous livre son analyse embarrassante   remettant en cause une vérité coranique déstabilisante pour le monde islamique dans son rapport à la vérité : coran créé ou incréé, et récit fabulateur inventé  par les califes successeurs du guerrier Mahomet pour stabiliser et accréditer un pouvoir  politique  assis sur une pseudo transcendance d’ordre divin !
Ce livre deviendra-t-il un  facteur de polémiques et de scandales, ou sera-t-il occulté pour ne pas « stigmatiser une  population importée », dont la majorité est implantée dans nos banlieues ? Le pas de  vagues médiatiques ou même la peur de remous étouffera-t-elle la liberté conquise et  chérie par nos ancêtres du siècle des lumières, liberté en voie d’ extinction ?
Résistons inlassablement !
Juvénal 
À l’occasion de la parution d’un livre qui entend bouleverser plusieurs certitudes historiques, Rémi Brague (1) distingue les acquis et la recherche des hypothèses qui restent encore à démontrer

Peut-on remettre en question l’histoire des débuts de l’islam sans céder à la polémique ? 

C’est précisément la question que soulève un ouvrage qui promet déjà d’alimenter de nombreux débats. La parution, le 28 août 2026, de « La Mecque, ville imaginaire. Comment les califes ont inventé l’islam » suscite déjà un vif intérêt bien au-delà des cercles spécialisés.

S’appuyant sur les travaux de philologues, d’archéologues et d’historiens, ses auteurs remettent en question plusieurs éléments du récit traditionnel des origines de l’islam. Pour éclairer cette thèse controversée, Tribune Chrétienne a interrogé le philosophe et historien des religions Rémi Brague. Membre de l’Académie des sciences morales et politiques, il examine les arguments avec la rigueur qui caractérise son œuvre, distinguant ce qui relève désormais des acquis de la recherche de ce qui demeure encore au stade des hypothèses.

Dans « La Mecque, ville imaginaire. Comment les califes ont inventé l’islam« , Odon Lafontaine et le Collectif Nour Al Aalam soutiennent que la Mecque décrite par la tradition ne correspondrait pas aux données historiques, géographiques et économiques disponibles. Après avoir lu cet ouvrage, quel regard portez-vous sur cette démonstration ? Vous paraît-elle convaincante ?

Odon Lafontaine présente dans un style simple et avec beaucoup d’illustrations des observations qui ont été faites par des savants fort compétents chacun dans sa discipline : philologues spécialistes des langues sémitiques, archéologues. Je pense notamment au septième volume collectif édité en 2014 par l’association Inarah, intitulé « la ville sainte de La Mecque, une fiction littéraire » et plus particulièrement au début de cet épais volume, avec les travaux de Robert M. Kerr—malheureusement en allemand.

La Mecque est le coeur battant de l'islam. Cinq fois par jour, les musulmans se tournent tous vers elle pour la prière. Des millions s'y rendent en pèlerinage chaque année, convaincus qu'elle est le berceau de la révélation de l'islam.  Pourtant, mener l'enquête sur la Mecque révèle une toute autre histoire : climat désertique, isolement, ressources limitées qui permettraient à peine l'établissement d'une bourgade insignifiante, proclamation du Coran adressées à une population d'agriculteurs et de pêcheurs impossible à imaginer dans cet environnement hostile, et des descriptions qui correspondent bien davantage à Jérusalem qu'à la ville arabe païenne de la tradition...  Menée tambour battant, croisant recherche historique, islamologie, économie, agronomie, l'enquête impose une relecture radicale de l'islam et de ses origines. Elle entraîne le lecteur au coeur de questions vertigineuses, plus actuelles que jamais, même après 1 400 ans : qui a créé la ville imaginaire de la Mecque ? Qui a réécrit l'histoire de l'islam, et pour quelles raisons ?

Par ailleurs, les archéologues saoudiens n’ont rien trouvé dans le sol du site de La Mecque qui soit antérieur au IXe siècle. Dans quel bâtiment se réunissait le Conseil des notables (Mala) qui aurait gouverné la cité ? Comment supposer une nombreuse population dans cet endroit où l’eau est rare—sauf quand une inondation balaie tout sur son passage ? Pourquoi, sur une route commerciale dont on sait par ailleurs qu’elle avait été remplacée par du cabotage, faire une étape dans un endroit aussi inhospitalier ?

Les auteurs avancent que plusieurs descriptions contenues dans le Coran évoqueraient davantage les paysages du Levant, voire de Jérusalem, que ceux de la péninsule Arabique. Cet argument vous semble-t-il solide sur le plan historique et philologique, ou appelle-t-il de sérieuses réserves ?

Il s’agit de détails, or ce sont justement les détails que l’on voit le plus difficilement, et que les auteurs pensent le moins à dissimuler. Or, effectivement, on trouve dans le Coran la mention de faits concrets qui ne sont pas possibles dans le Hedjaz, où la geste de Mahomet est censée s’être déroulée. Là, c’est surtout la regrettée Patricia Crone (m. 2015), une danoise d’expression anglaise, de l’Institute of Advanced Studies de Princeton, qui a posé les bonnes questions.

Parmi les dons pour lesquels il faut remercier Dieu, il y a l’olivier (Coran VI, 141), un arbre méditerranéen qui ne peut pousser dans le Hedjaz, où le climat est trop chaud et trop sec. Comment la riche végétation que mentionne le Coran pourrait-elle pousser dans ce que le Livre lui-même appelle « une vallée stérile » (XIV, 37) ?

Les interlocuteurs du Prophète sont dits passer « matin et soir » devant les ruines de Sodome (Coran XXVII, 137-138), lesquelles ruines se trouvent juste au sud de la Mer Morte, donc à plus de sept-cents kilomètres de Médine. Parmi leurs activités, « il y a la pêche en mer en eau douce », qui leur procure du poisson frais (Coran XVI, 14 et XXXV, 12) ; or, La Mecque est à quatre-vingt kilomètres de la Mer, et Médine à cent. Tout pointe vers un endroit situé près de la Méditerranée, non loin de la Terre Sainte.

L’une des thèses centrales du livre est que les premiers califes auraient progressivement déplacé le centre spirituel de l’islam vers La Mecque afin de consolider leur pouvoir politique et religieux. Cette hypothèse vous paraît-elle compatible avec les connaissances actuelles sur les débuts de l’islam ?

Ce qui est sûr, c’est que, même selon les plus anciens historiens musulmans, le politique fut présent dès le début de l’islam, et il se mêlait inextricablement à des aspects que nous appellerions religieux. Pensez par exemple au problème de la succession de Mahomet. Fallait-il choisir sa famille proche, et donc son cousin et gendre Ali ? Fallait-il choisir son compagnon d’armes et beau-père, Abu Bakr ? Bien malin qui pourra tracer une limite nette entre les luttes claniques de pouvoir et les spiritualités.

Il est d’emblée plausible qu’un des motifs principaux des Califes ait été politique. Il semble que l’islam ait voulu oublier le cadre originel de la prédication islamique et gonflé La Mecque, qui était peut-être un petit sanctuaire isolé, où on sacrifiait, mais sans y séjourner, en un centre religieux majeur. Pourquoi ? Comment ? Tout cela reste au niveau des hypothèses.

Le livre s’appuie sur des sources historiques, mais aussi sur la géographie, l’archéologie, l’agronomie et l’économie. Cette approche pluridisciplinaire constitue-t-elle, selon vous, une véritable avancée pour comprendre les origines de l’islam, ou risque-t-elle parfois de conduire à des conclusions allant au-delà de ce que permettent les sources ?

Longtemps les commentateurs du Coran se sont contentés de se demander ce que les mots voulaient dire exactement. Ils ont cherché à expliquer certaines déclarations par les « circonstances de la descente (révélation) ». Mais ils n’ont à peu près « pas tenu compte de ce que nous apprennent les sciences » que vous citez. Ils se concentraient sur le message religieux, le reste ne les intéressait pas.

Quant aux résultats de l’approche pluridisciplinaire dont vous parlez, « ils sont pour l’instant solides uniquement de façon négative : on sait désormais avec certitude que le récit traditionnel sur les débuts de l’islam ne tient pas debout ». Mais on n’a pas encore pu proposer un récit alternatif suffisamment attesté et cohérent pour qu’il puisse convaincre et réaliser l’accord des spécialistes.

Si la thèse développée dans cet ouvrage était un jour largement confirmée par la recherche, quelles en seraient, selon vous, les conséquences les plus importantes, tant pour l’historiographie de l’islam que pour le dialogue entre chrétiens et musulmans ?

On ne réfute pas une religion, si l’on entend par là le rapport du croyant à son Dieu. Mais on peut montrer que certaines affirmations portant sur la nature de la Révélation sur laquelle cette religion s’appuie ne résistent pas à un examen un peu sérieux.

C’est aux musulmans de se demander comment se passer de l’idée d’un Coran qui serait une œuvre entièrement divine, une dictée surnaturelle. Les chrétiens peuvent leur poser la question, mais ce n’est pas à eux d’y répondre.

(1) Professeur émérite de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

source

Juvénal de Lyon

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6 Commentaires

  1. Bonjour, aucune religion ne résiste à un examen minutieux, les incohérences apparaissent partout. Il faut se poser plutôt la question, dans ces termes :peut on accepter dans une société laïque une religion dont le dogme est contraire aux lois et qui s’affiche outrageusement dans l’espace public ? La reponse est : NON. Bonne journée

    • Pas d’accord le Chti, même moi qui suis une athée affirmée je considère que si des gens ont besoin de croire, s’ils ont la foi on n’a pas à les empêcher de croire ni d’avoir des lieux de culte. A condition que la religion et ses dogmes ne jouent aucun rôle dans nos lois et la vie quotidienne ce qui n’est pas le cas avec l’islam et qui était devenu le cas avec catholicisme et protestantisme

  2. La théologie historico-critique a toujours été, à la différence du christianisme, à toujours été rejetée par les « savants de l’islam » (sic). Demandons-nous pourquoi ! CQFD..

  3. Ce livre sera-t-il décrété blasphématoire et objet de scandale lors de sa parution ou bien étouffé par les médias pour ne pas nuire à ‘idéologie musulmane par peur de la réaction dans les banlieues manipulées par l’ intégrisme des imams ou par Bally-Ballot Yakamoto ?

  4. Peu importe l ‘histoir l ‘islam est un cancer dangereux qui j ‘espère ne prendra jamais le contrôl en Europe.Cette idéologie satanique que je hais de toute mon âme prend peu à peu le pouvoir et envenime notre existance.Cette idéologie est un véritable fléau auquel
    nous devrions pas nous soumettre.

    • En effet nous ne pouvons rester les bras croisés. Seules l’intelligence, la rationalité pourront venir à bout de cette supercherie idéologique et de cette farce tragique qu’est l’islam, fléau de l’humanité…