Les chiffres arabes ne sont pas arabes, Avicenne était perse…

Grande tromperie
Lu pour vous : « La grande tromperie ! » de Francis Sigrist

Quand l’histoire confond “arabe”, “musulman”, “persan” et “juif”

Les chiffres « arabes »  ne sont pas arabes,  le zéro est indien, Avicenne était Perse ainsi que Khayyam etc…

Depuis plus d’un siècle, les manuels scolaires occidentaux parlent de « civilisation arabe » pour désigner l’ensemble des avancées scientifiques, philosophiques, médicales et littéraires produites entre le VIIIᵉ et le XIIIᵉ siècle.

Cette expression, commode mais trompeuse, repose sur une erreur conceptuelle majeure :

La plupart de ces contributions ne sont pas “arabes”, mais “islamiques”, et proviennent d’un monde multiethnique où les Perses, les Juifs, les Syriaques, les Berbères, les Turcs et les chrétiens d’Orient ont joué un rôle déterminant.

L’arabe fut la langue savante, comme le latin en Europe, mais non l’identité des savants.

Cet article propose de rétablir la complexité réelle de cette période, en mettant en lumière trois points souvent occultés :

  1. Le rôle central des savants persans, qui ont façonné la philosophie, la médecine, les mathématiques et la poésie du monde islamique.
  2. La contribution essentielle des savants juifs, souvent arabisés pour des raisons de sécurité ou d’intégration.
  3. La diversité des sources des inventions attribuées à tort aux “Arabes” : indiennes, persanes, grecques, chinoises, syriaques…

I. Pourquoi cette confusion persiste-t-elle ?

1. L’arabe comme langue scientifique internationale

Du VIIIᵉ au XIIIᵉ siècle, l’arabe devient la langue de la science, de l’administration et de la théologie.
Ainsi, un savant persan, juif ou syriaque écrivant en arabe est souvent classé comme « arabe » dans les sources anciennes.

2. Un empire multiethnique

L’empire islamique n’était pas arabe :

  • les élites intellectuelles étaient majoritairement persanes
  • les traducteurs étaient syriaques et chrétiens d’Orient
  • les médecins et philosophes incluaient de nombreux juifs
  • les mathématiciens venaient souvent de Perse, d’Inde ou d’Asie centrale

3. Une simplification occidentale

Les premiers orientalistes européens ont parlé de « science arabe » par facilité, comme on parle de « chiffres arabes » alors qu’ils sont indiens.

II. Les savants persans : le cœur intellectuel du monde islamique

La contribution persane est immense. Elle structure presque toutes les disciplines majeures.

1. Médecine et philosophie

  • Ibn Sīnā (Avicenne) : auteur du Canon de la médecine, référence mondiale jusqu’au XVIIᵉ siècle.
  • Al-Rāzī (Rhazès) : pionnier de la médecine clinique, de la virologie, de la psychologie médicale.
  • Al-Fārābī : philosophe majeur, surnommé le Second Maître après Aristote.

2. Mathématiques et astronomie

  • Al-Khwarizmi : père de l’algèbre, dont le nom a donné “algorithme”.
  • Omar Khayyām : mathématicien, géomètre, réformateur du calendrier, poète.
  • Al-Bīrūnī : génie universel, auteur de travaux en géographie, astronomie, physique, anthropologie.

3. Poésie et mystique

  • Rūmī : figure majeure du soufisme, poète persan écrivant en persan.
  • Hafez, Saadi, Attar : piliers de la littérature universelle.

4. Administration, urbanisme, sciences sociales

Les Perses ont structuré l’administration, la fiscalité, la diplomatie et les institutions du monde islamique, héritage direct de l’empire sassanide.

III. Les savants juifs : une contribution majeure souvent invisibilisée

Beaucoup de savants juifs ont adopté des noms arabes pour vivre plus sereinement dans un monde où l’arabisation était un gage de sécurité et d’intégration.

1. Médecins et philosophes

  • Maimonide (Mūsā ibn Maymūn) : philosophe, médecin, juriste, figure majeure du judaïsme.
  • Ishaq ibn Hunayn : traducteur syriaque et juif, essentiel pour la transmission d’Aristote et Galien.
  • Masarjawayh : pionnier de la médecine juive en langue arabe.

2. Astronomie et mathématiques

  • Mashallah ibn Athari : astronome juif d’origine perse, influent dans la fondation de Bagdad.
  • Sahl ibn Bishr : mathématicien et astronome juif, auteur de traités d’astrologie scientifique.

3. Traduction et transmission

Les savants juifs ont joué un rôle clé dans :

  • la traduction du grec vers le syriaque puis l’arabe
  • la transmission des savoirs vers l’Europe latine
  • la constitution des bibliothèques et écoles de Bagdad, Cordoue, Kairouan

IV. Tableau comparatif des contributions par civilisation

Absolument Francis — voici une synthèse détaillée et rigoureuse des sources réelles des inventions souvent attribuées à tort aux “Arabes”, avec des exemples précis pour chaque civilisation. Cette clarification permet de mieux comprendre le rôle du monde islamique comme carrefour de transmission, de traduction et d’innovation, plutôt que comme source unique.

Diversité des sources des inventions dites “arabes”

1. Inde : mathématiques, astronomie, médecine

Invention / ConceptOrigine indienneTransmis via
Chiffres dits “arabes”Système décimal indienAl-Khwarizmi, traducteurs persans
ZéroBrahmagupta (VIIᵉ siècle)Traduit en arabe au IXᵉ siècle
TrigonométrieSinus, cosinus, tangenteAl-Bīrūnī les adapte
Médecine ayurvédiqueCharaka, SushrutaIntégrée dans les traités arabes
ÉchecsJeu indien chaturangaDiffusé via la Perse

Le rôle du monde islamique fut de traduire, adapter et diffuser ces savoirs vers l’Europe.

2. Perse : médecine, philosophie, poésie, mathématiques

Invention / ConceptOrigine persaneFigures clés
AlgèbreAl-Khwarizmi (Khwarezm)Père des algorithmes
Médecine cliniqueAl-Rāzī (Rhazès)Diagnostic, virologie
Philosophie néoplatonicienneIbn Sīnā (Avicenne)Synthèse d’Aristote et Plotin
Poésie mystiqueRūmī, Hafez, KhayyāmEn persan, pas en arabe
Calendrier solaireOmar KhayyāmPlus précis que le julien

La Perse fut le cœur intellectuel du monde islamique, bien que ses savants écrivaient souvent en arabe.

3. Grèce antique : philosophie, médecine, astronomie

Invention / ConceptOrigine grecqueTransmis via
Philosophie rationnelleAristote, Platon, PlotinTraduit par les Syriaques puis en arabe
MédecineHippocrate, GalienCanonisé par Avicenne
GéométrieEuclideBase des mathématiques islamiques
AstronomiePtoléméeAdapté par Al-Battani et Al-Bīrūnī
Logique formelleAristoteDéveloppée par Al-Fārābī

Le monde islamique a été l’héritier critique de la Grèce, non son inventeur.

4. Chine : papier, poudre, boussole, soie

Invention / ConceptOrigine chinoiseTransmis via
PapierDynastie Han (IIᵉ siècle)Introduit après la bataille de Talas (751)
Poudre noireAlchimie chinoiseTransmise aux Arabes puis à l’Europe
BoussoleNavigation chinoiseAdaptée pour les voyages maritimes
Porcelaine et soieArtisanat chinoisImporté via la Route de la soie
ImpressionBois gravéInspiré les techniques islamiques

Ces apports ont transformé l’administration, la guerre, et le commerce dans le monde islamique.

 5. Syriaques / Chrétiens d’Orient : traduction, médecine, philosophie

ContributionOrigine syriaqueFigures clés
Traduction du grecGrec → Syriaque → ArabeHunayn ibn Ishaq, Ibn al-Bitriq
MédecineSynthèse grecque et syriaqueMasarjawayh, Ibn Masawayh
PhilosophiePlaton, Aristote, PlotinTransmis via les écoles de Nisibe et d’Edesse
Théologie et logiqueInfluence chrétienne orientalePrésente dans les débats kalamiques

Sans les traducteurs syriaques, le monde islamique n’aurait pas eu accès au corpus grec.

Conclusion : une histoire plus riche que les clichés

La civilisation islamique médiévale fut un carrefour, non une source unique.
Les “inventions arabes” sont souvent des adaptations, synthèses ou transmissions de savoirs venus d’Inde, de Perse, de Grèce, de Chine ou de Syrie.Reconnaître cette diversité, c’est rendre justice à l’histoire réelle — et à tous les peuples qui ont contribué à l’héritage universel.

Réduire cet âge d’or à une « civilisation arabe » est une simplification qui masque la réalité :
le monde islamique fut un carrefour où Perses, Juifs, Arabes, Berbères, Syriens, Indiens, Turcs et Grecs ont co‑créé une culture scientifique unique.

Reconnaître cette diversité n’enlève rien à personne :
cela permet simplement de rendre justice à la vérité historique

Francis Sigrist

Passionné par les technologies et les grandes questions de la vie, je mêle sagesse, innovation et humour …

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2 Commentaires

  1. Il suffit de voir la ressemblance entre les chiffres sanscrit et les chiffres européens et les comparer a l’écrit des chiffres arabes pour voir qu’ils sont passé directement de l’inde à l’Europe.

  2. Rendons justice aux mathématiciens indiens ! Du Vème au XIIIème siècle, des mathématiciens comme Brahmagupta, Aryabhata I et II, Bhaskara I et II, Mahavira, … ont bouleversé les mathématiques héritées des Grecs. Ils sont découvert le zéro et les nombres négatifs, parachevé la numération décimale, ils ont inventé les formules d’addition en trigonométrie, les équations polynomiales. L’apothéose revient à Bhaskara II, qui a inventé l’analyse cinq cents ans avant Descartes et posé les fondements du calcul différentiel, bien avant Newton et Leibnitz !