Aetius (2) : Nos Wisigoths, la coalition qui ne veut pas mourir

En 451, Aetius n’a pas convoqué un colloque. Il a pris son cheval et il est allé voir Théodoric. Et il lui a dit une phrase simple: « Si tu ne viens pas, demain Attila sera chez toi. Et après-demain, il n’y aura plus ni Romains ni Wisigoths. »
Nos Wisigoths modernes ne sont pas un parti. C’est le grand malentendu  ou plutôt la grande erreur des éditorialistes parisiens de croire que tout se jouerait à l’Assemblée. Nos Wisigoths, c’est une France qui ne se parle plus mais qui souffre de la même chose.
Je vois 5 tribus qui constituent l’armée des wisigoths 
Les légionnaires ? Nos forces de l’ordre et nos pompiers.
Ce sont les premiers à prendre les pierres lors des blocages. Gazés, insultés, filmés, puis traînés devant l’IGPN parce qu’un député LFI a tweeté sa haine et sa rage. Eux savent ce qu’est une horde. Ils l’affrontent sans bouclier médiatique. Sans eux, il n’y a plus de Champs Catalauniques, il n’y a que le pillage.
Les intendants ? Les petits patrons, les commerçants, les artisans.
Ceux que les medias ont montré, à qui ils ont donné la parole. Le type qui a vu son magasin à Bordeaux  ou à Paris pillé au nom d’une prétendue  « justice sociale ». Pour qui 150 commerces détruits, ce n’est pas une statistique, c’est 20 ans de crédit. Ce sont les vrais écologistes : ils ne brûlent pas, ils construisent. Attila déteste les bâtisseurs.
Les vecteurs de la transmission, les gardiens du temple de la connaissance, de la culture, de l’histoire  ? les profs et les maires.
Les instits qui veulent faire apprendre à lire sans qu’on les accuse d’être des « réactionnaires ». Les maires ruraux qui voient leur mairie taguée « ACAB » par des gamins qui n’ont jamais labouré un champ. Ils tiennent les temples, l’école et la mairie, les deux derniers endroits où on dit encore « Vous » et « Merci ».
Les paysans de la plaine ? le monde agricole.
Eux n’ont jamais été dupes. Quand on explique à un éleveur que la viande c’est un crime et que la frontière c’est une idée fasciste, il rit. Il sait ce que c’est qu’une frontière : c’est ce qui empêche le loup d’entrer dans la bergerie. Sans eux, Rome meurt de faim en trois jours.
La surprise ? les Wisigoths de gauche.
C’est la tribu la plus précieuse. Le prof de gauche qui a quitté LFI quand il a vu qu’on applaudissait les blocages de lycées. L’ouvrier qui votait communiste et qui ne supporte plus qu’on lui explique que son drapeau français est d’extrême droite. Le laïque de 1905 qui voit sa laïcité piétinée au nom d’une nouvelle religion. Eux sont comme Théodoric : hier adversaires de Rome, aujourd’hui indispensables pour la sauver.
Le pacte d’Aetius
Aetius n’a pas demandé aux Wisigoths de devenir Romains. Il n’a pas demandé aux Romains de porter des peaux de bêtes. Il a dit: « On règle nos comptes après. D’abord, on sauve le champ.« 
C’est notre pacte. Il ne s’agit pas d’être d’accord sur tout. Il s’agit d’être d’accord sur l’essentiel :
On ne pille pas son propre pays au nom de sa colère.
On ne bloque pas un lycée au nom de la liberté d’apprendre.
On ne hait pas la police qui vous protège quand vous manifestez contre elle.
Si ces cinq tribus acceptent de chevaucher ensemble, comme en 451, Attila perd. L’histoire l’a prouvé. La horde est bruyante, mais elle n’est jamais majoritaire. Elle ne gagne que quand les Romains et les Wisigoths préfèrent se haïr entre eux.
Alors, qui sera notre Aetius ? Celui qui saura aller voir chaque tribu, non pour lui faire la morale, mais pour lui dire: 
« Viens. Demain il sera trop tard. »

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