Quand l’enfance s’éteint sur la plage de Ceuta : de « Flipper le dauphin » à la fin d’un monde

Les images venues de Ceuta ont fait le tour des réseaux sociaux, suscitant une vague de rejet et un effroi légitime. Un dauphinau, égaré près du rivage, brutalement sorti de l’eau, roué de coups de bâton puis brandi comme un trophée de chasse sous les rires. Pour toute une génération d’Européens, au-delà de la cruauté gratuite de cet acte, ces vidéos agissent comme un révélateur brutal. Elles télescopent avec violence la réalité d’aujourd’hui et les souvenirs télévisuels de notre enfance.

Il fut un temps où la télévision du début de soirée savait transmettre l’émerveillement et le respect du vivant.

C’était l’époque des grandes séries animalières dominicales.

Comment ne pas revoir, en filigrane de ce drame, les bonds majestueux de Flipper le dauphin fendant les vagues de la Floride ?

Avec le berger allemand Rintintin, le colley Lassie, la jument Flicka, le kangourou Skippy et le lion Clarence, Belle et Sébastien,  le plus célèbre des dauphins trône en bonne compagnie dans le bestiaire du petit écran.

Créée dans les années 1960 et rediffusée durant des décennies sur nos chaînes nationales, cette série culte mettait en scène la complicité harmonieuse entre deux jeunes garçons, Sandy et Bud, et un grand dauphin doté d’une intelligence presque humaine. La musique du générique résonne encore dans les mémoires, symbole d’une Amérique insouciante et d’un rapport poétique à la nature.

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Réalisé par James B. Clark et produit par Ivan Tors, Flipper connaît le succès à sa sortie dans les salles le 14 août 1963. La machine est lancée : d’abord Les nouvelles aventures de Flipper, une suite sur grand écran pour l’été 1964 ; puis Flipper le dauphin, une série qui tiendra l’affiche durant trois saisons – 88 épisodes du 19 septembre 1964 au 15 avril 1967 – sur NBC.

Le générique des Nouvelles Aventures de Flipper le dauphin (lien de visionnage en ligne ici -qualité d’image très moyenne):

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Le film Flipper (1996) : l’amitié et les aventures d’un jeune garçon et d’un dauphin orphelin (lien de visionnage en ligne ici -bonne qualité d’image)

Film de Alan Shapiro · 1 h 36 min · 7 août 1996 (France) Fiche technique

Dans le même registre, Daktari et sa Land Rover zébrée nous emmenaient chaque semaine au cœur de la réserve de Wameru. On y suivait le docteur Marsh Tracy, sa fille Paula, le lion ClarenceJ et le chimpanzé Judy. Là encore, le propos du petit écran résidait dans l’apprentissage de la protection des animaux, l’émerveillement face à la faune sauvage et l’exigence d’une cohabitation fondée sur la bienveillance.

Ces fictions grand public ont forgé l’imaginaire de millions de téléspectateurs européens, ancrant profondément dans notre culture collective l’idée qu’un animal sauvage n’est ni une cible, ni une vulgaire matière consommable.

Le spectacle offert à Ceuta fonctionne comme le contre-pied absolu de ce bagage culturel. La rencontre entre le dauphin et l’homme ne donne plus lieu à la complicité de Flipper, mais à la barbarie d’une mise à mort gratuite. Le contraste est saisissant entre une civilisation façonnée par des décennies d’éducation au respect du vivant et des comportements cruels inspirés par l’islam (égorgement des agneaux… et des kouffars).

En regardant ces images de la plage du Trampolin, ce n’est pas seulement un mammifère marin que l’on voit succomber. C’est toute une part de notre nostalgie — cette innocence où l’on croyait encore que l’homme et l’animal pouvaient fraterniser à l’écran comme au bord de l’eau — qui s’échoue définitivement sur le sable de l’enclave espagnole.

Les différentes « actrices » de la série Flipper

Contrairement à l’idée reçue d’un dauphin unique nommé Flipper, le rôle était incarné par cinq dauphines différentes (les femelles étant privilégiées car plus calmes et arborant moins de cicatrices dues aux combats territoriaux) :

  • Mitzi : La star principale, vedette du film original de 1963 qui lança la franchise.

  • Suzy, Patty, Scotty et Kathy : Utilisées pour la série télévisée (1964-1967), chacune spécialisée selon les scènes (accélération, sauts, nage en arrière, câlins avec les enfants).

  • Clown (un mâle) : Utilisé uniquement pour la fameuse « nage sur la queue » (le tail-walk), une figure physique très exigeante qu’aucune des femelles ne voulait exécuter.

Leur dresseur principal s’appelait Ric O’Barry.

L’histoire de Kathy : la dauphine qui « décida de mourir »

La véracité de cette histoire repose sur le témoignage de Ric O’Barry lui-même, un récit qui a complètement changé sa vie et l’a poussé à devenir l’un des plus grands militants contre la captivité des cétacés (auteur du documentaire oscarisé The Cove).

Après l’arrêt de la série, la dauphine Kathy s’est retrouvée isolée dans un bassin du Miami Seaquarium. Souffrant de la captivité, du bruit des pompes et du stress, son état de santé s’est dégradé.

Selon le récit de Ric O’Barry :

« Un vendredi, Kathy était très dépressive. Je suis descendu dans l’eau avec elle. Elle a nagé directement dans mes bras, s’est appuyée contre moi, a pris une inspiration par son évent… et a simplement refusé de reprendre l’air. Son évent s’est fermé, elle s’est relâchée et s’est laissée couler au fond du bassin. »

Biologiquement, un dauphin ne peut pas « se suicider » au sens humain du terme, mais en raison de sa respiration volontaire, il peut choisir d’arrêter de respirer s’il abandonne l’effort nécessaire à sa survie. Privé de la stimulation de son environnement naturel et plongé dans un état de dépression profonde, l’animal cesse tout simplement d’effectuer la démarche consciente de remonter chercher de l’air.

Marqué à jamais par la mort de Kathy dans ses bras, Ric O’Barry a arrêté le dressage dès le lendemain pour consacrer le reste de sa vie à la libération des dauphins captifs.

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1 Commentaire

  1. C’est ce qui fait la différence entre un peuple civilisé et la Barbarie des Autres.
    Les dauphins sont des animaux particulièrement intelligents, et ils aiment communiquer avec les humains.
    Les massacrer est un geste odieux et blessant.