On leur a fait croire que si tu tues un homosexuel, tu vas aller au paradis » : au Sénégal, arrestations et lynchages se multiplient |

L’Assemblée nationale sénégalaise a adopté à une très large majorité une loi durcissant fortement les sanctions visant les actes homosexuels, qualifiés de « contre nature ». Depuis son entrée en vigueur fin mars 2026, les interpellations se multiplient dans le pays.  

Au Sénégal, au cours des dernières semaines, le climat social s’est considérablement tendu pour les hommes soupçonnés d’être homosexuels. Plus d’une centaine de personnes ont ainsi été interpellées par les forces de l’ordre dans la capitale, d’après un reportage de France Télévisions. Cette vague d’arrestations s’accompagne d’une montée des violences populaires. Des témoins ont rapporté plusieurs cas de lynchages dans les rues de Dakar.

Un arsenal législatif durci 

Le nouveau gouvernement a présenté un texte de loi particulièrement répressif, soutenu par l’immense majorité de la classe politique. L’Assemblée nationale sénégalaise l’a en effet adopté sans voix contre, avec 135 voix pour et trois abstentions. Les nouvelles dispositions prévoient désormais des peines allant de cinq à dix ans de prison ferme pour les actes homosexuels.  
Lors des débats parlementaires, certains élus ont affiché une hostilité marquée. Une députée de la majorité a notamment déclaré : « Les homosexuels ne respireront plus dans ce pays. » Un autre parlementaire a qualifié les valeurs LGBTQ de « poison culturel » inoculé au peuple sénégalais. 

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Des profils divers parmi les détenus 

La répression touche toutes les strates de la société, incluant même des ressortissants étrangers. Un ingénieur français d’une trentaine d’années a été arrêté à son domicile dakarois à la mi-février. La police a par la suite diffusé une photographie de cet homme entouré de trois autres personnes interpellées le même jour.  
Malgré les efforts de ses proches, le trentenaire demeurait toujours détenu au moment du reportage. Ses amis décrivent une méthode d’intervention s’apparentant à une « rafle ». « Ils ont frappé à la porte, il a ouvert, ils l’ont chopé », ont-ils expliqué à nos confrères. Parallèlement, un ouvrier sénégalais de 24 ans a déjà été condamné à six ans de prison ferme à la mi-avril. 

Un climat de peur généralisé 

Ceux qui ont jusque-là réussi à échapper aux interpellations limitent désormais tous leurs déplacements à l’extérieur. Un habitant de Dakar, témoignant sous couvert d’anonymat, confie son désespoir : « À tout moment, tu te dis qu’on peut venir t’attraper. Tu ne peux pas vivre. Tu es obligé de vivre caché de tout le monde. »  
Cette peur viscérale pousse de nombreux citoyens à ne plus quitter leur domicile. « Tu vis dans une peur que tu ne peux pas expliquer », expliquait au micro de Radio France le 28 avril dernier un autre témoin. Dans un tel contexte, la paranoïa s’installe au moindre regard croisé dans la rue.  

Entre arrestation et lynchage populaire 

Le 13 février dernier, un homme a notamment été arrêté en plein Dakar alors que ses voisins l’accusaient d’être un « góor-jigéen », terme wolof utilisé de manière insultante pour désigner un homme perçu comme efféminé. La vindicte populaire accompagne régulièrement ces opérations policières, et des cas de lynchages ont été signalés par des témoins directs. 
Face à l’hostilité de leur voisinage ou de la foule, de nombreux individus privilégient désormais une interpellation officielle plutôt que de risquer une agression physique motivée par de simples rumeurs. Le témoin interrogé par France Télévisions analyse ainsi ce climat de tension : « C’est de la haine. On les a nourris comme ça. On leur a fait croire qu’il faut détester un homosexuel pour être plus croyant. Que si tu tues un homosexuel, tu vas aller au paradis. Que tu aimes les femmes ou tu aimes les hommes, c’est un truc personnel, ça ne concerne que toi et Dieu. » 
Depuis la promulgation du texte, l’association française Stop Homophobie a déjà enregistré plus de 1000 demandes d’aide. 

Une menace sanitaire imminente 

Les conséquences de cette politique répressive dépassent le cadre judiciaire et touchent désormais la santé publique. De nombreux patients porteurs du VIH n’osent plus se rendre à l’hôpital pour récupérer leur traitement. Face à la désertion des centres de soins, le Conseil national de lutte contre le sida au Sénégal a exprimé une vive inquiétude par la voix de sa secrétaire exécutive, le docteur Safiathou Thiam.  
Le nouveau texte prévoit de surcroît des sanctions pénales contre les soignants qui porteraient assistance aux homosexuels. Le docteur Safiathou Thiam rappelle pourtant son devoir professionnel : « Soigner quelqu’un de séropositif, qu’il soit homosexuel ou non, c’est quelque chose qui relève de notre devoir de médecin. » Les spécialistes cités par France Télévisions redoutent désormais une recrudescence de l’épidémie de sida sur l’ensemble du territoire sénégalais.  

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