Sergueï Karaganov : comment la Russie compte gagner la nouvelle guerre mondiale

Le professeur Sergey Karaganov est président honoraire du Conseil des affaires étrangères et de la défense et conseille les élites politiques russes depuis des décennies.

Le professeur Karaganov a rédigé des discours pour Brejnev et a conseillé Gorbatchev, Eltsine et Poutine. Il soutient que nous sommes déjà engagés dans une nouvelle guerre mondiale et affirme que la Russie ne peut l’emporter qu’en poursuivant une escalade massive, incluant l’usage d’armes nucléaires.

Video de 36 minutes

Transcription  en français (toutes nos excuses pour la mise en page maladroite, par faute de temps pour faire toutes les justifications, mais ça permet d’avoir une idée à ceux qui n’ont pas temps -35 minutes- d’écouter ou de lire les sous-titres)… 

Bienvenue à nouveau. Aujourd’hui, nous recevons le professeur Serge Karagov,
président du conseil pour la politique étrangère et de défense et l’un des chercheurs russes les plus influents en
matière de politique étrangère. Le professeur Caraganov a rédigé des
discours pour Brejnef, conseiller Gorbatchev, Elzin et bien sûr le président Poutine. Il a aussi été l’undes principaux défenseurs d’un changement dans la doctrine nucléaire de la Russie. Si j’ai bien compris, le président Poutine s’y est d’abord opposé avant d’adopter bon nombre de ces propositions.
Merci donc d’avoir pris le temps d’être avec nous.
Merci, c’est un vrai plaisir. Je suis votre podcast depuis un bon moment et
bien sûr, je me souviens de nos conversations à Moscou et ailleurs. C’est un plaisir.
Merci. Je voulais vous interroger sur la façon dont ce conflit a évolué et changé parce que au cours des quatre dernières années, on a vu des développement incroyable, impensable à l’époque de la guerre froide. Par exemple, on a vu des pays de l’OTAN participer à des frappes de missiles contre la Russie. On voit aussi des pays de l’OTAN
soutenir l’invasion de Kursk, donc sur le territoire russe et apparemment aider
aussi dans les attaques contre la triade nucléaire russe ainsi que contre le système d’alerte précoce. Tout cela aurait été inimaginable, du moins pendant la guerre froide. Donc, j’aimerais vraiment entendre le point de vue russe sur ce que vous observez aujourd’hui et sur la direction que tout cela prend parce que malheureusement en Occident en ce moment, on ne parle plus vraiment des préoccupations de sécurité des
adversaires. Il n’y a pas non plus beaucoup de débats sur la direction prise, ni sur les
risques qu’on est en train d’assumer en suivant cette voie. Alors, comment ces évolutions sont-elles perçues aujourd’hui au Kremelin ?
Et bien, on a trop tardé et j’ai souvent reproché à mes collègues du gouvernement d’avoir trop longtemps toléré l’agression occidentale en espérant qu’on pourrait trouver une solution.
Mais à ce stade, il n’y en a aucune en vue. Alors, je reviens à ce que je propose depuis 2023-24 et cette fois, j’espère que mes suggestions se concrétiseront, même si ce n’est pas entièrement.
Nous devons intensifier nos actions et punir nos Cette fois européens des ennemis mènent une guerre totale contre la Russie. Il y a différentes façons de calculer
les choses, mais moi je pense qu’il s’agit de la 4e guerre mondiale.
Si l’on considère la guerre napoléonienne, quand 25 nations se sont jointes à Napoléon pour envahir la Russie comme la première, alors oui, c’était la première. Ensuite, il y a eu la deuxième et maintenant nous en sommes à la troisième. Le problème ne se situe pas exactement sur les champs de bataille en Ukraine. Le vrai problème, c’est que le changement systémique de l’ordre mondial provoque quelque chose qui ressemble à une seconde guerre mondiale. En réalité, elle a déjà commencé.
Elle a commencé d’abord en Ukraine quand les Américains ont voulu affaiblir la Russie, ont tout déclenché et que les Européens par ravidité se sont précipités dans l’abîme. Mais aujourd’hui, cela touche aussi le Moyen-Orient et l’Asie du Sud. Et nous voyons bien que cela prend la forme d’une troisème guerre mondiale.
J’ai décidé d’écrire là-dessus ouvertement et vous avez sans doute déjà lu l’un de mes premiers articles.
D’autres suivront sous forme de série.
Oui. Bien, je dis toujours que nous vivons une période très dangereuse parce qu’à chaque fois qu’on assiste à un grand bouleversement de l’ordre mondial, ça entraîne souvent beaucoup d’instabilité.
Donc, alors que le monde passe de ce moment unipolaire dominé par l’Occident collectif vers un système multipolaire, on espère que les pays feront preuve de prudence, qu’ils sauront navigués sans tomber dans la guerre ou le conflit.
Et c’est pour ça que l’absence de diplomatie et disons-le, très inquiétante.
J’ai lu votre article d’ailleurs, comment gagner une guerre mondiale ? Et je me demandais si vous pouviez développer un peu votre argument parce que encore une fois, j’entends souvent cette idée selon laquelle nous serions déjà engagés dans une nouvelle guerre mondiale. Alors, selon vous, quelle est la position de la Russie dans cette guerre mondiale ? Et surtout, comment la Russie pourrait-elle la gagner ?
Et bien le problème c’est qu’il faut qu’on gagne et il faut qu’on gagne pour deux raisons. D’abord pour mettre fin à
cette guerre sanglante en Ukraine qui ne mène nulle part sinon vers toujours plus de violence.
des victimes de notre côté et 10 fois plus, c fois plus trois fois plus du
côté ukrainien et ainsi de suite. Et ça n’en finit pas mais tôt ou tard ça
allait et ça devait s’intensifier.
Le deuxième aspect de cette guerre, c’est la prévention d’une escalade
horizontale qui a déjà commencé. Parce que comme je l’ai dit il y a quelques
mois, nos partenaires américains ou nos ennemis, peu importe comment on les appelle, ont commencé, comme on pouvait s’y attendre à déstabiliser leur Asie du Sud, c’est-à-dire le Moyen-Orient.
Il ne s’agit pas des armes nucléaires iraniennes, il s’agit de la déstabilisation d’une immense région qui va du Maghreb jusqu’à l’Asie du Sud-Est. Et c’est ce qu’ils ont commencé à faire. Nous devons donc réfléchir à la manière d’arrêter cela. Sur le front ukrainien, c’est relativement clair pour moi, mais c’est une tâche bien plus vaste et plus profonde qui concerne tout le système international.
Tout au long de ce conflit ou du moins depuis environ 4 ans, il semble qu’il y ait toujours eu un dilemme en Russie.
À chaque fois que le camp de l’OTAN monte d’un cran et le camp de l’OTAN a bien reconnu cette escalade, je rappelle souvent que Joe Biden avait dit un jour qu’envoyé des F16 reviendrait à déclencher la troisème guerre mondiale. Mais en réalité, on a franchi toutes ces lignes une à une.
Pour les Russes, j’imagine qu’ils doivent toujours choisir. Est-ce qu’ils veulent maintenir une certaine stabilité ou bien prendre le risque d’une guerre mondiale en ripostant ? ou au contraire ne pas riposter mais alors encourager l’autre camp et voir l’escalade continuer.
Vous vous avez soutenu qu’il fallait en fait utiliser l’arme nucléaire justement pour rétablir la dissuasion. C’est bien ce que vous dites ?
Cette guerre a apporté beaucoup d’avantages à la Russie. Elle s’est remise de son inertie.
Nous avons retrouvé notre âme et notre honneur. Nous avons recommencé à apprécier les personnes vraiment précieuses dans notre société, les élites méritocratiques, les chercheurs, les médecins, les officiers et le pays devient plus sain. Mais pour cela, nous payons avec trop de vies.
Alors, mon conseil à mon gouvernement à ce stade, c’est d’arrêter cette guerre au moins en Europe, en montant les échelons de l’escalade. D’abord, frapper avec des armes conventionnelles certains points symboliques ou logistiques sur le sol européen, nous pas un cenmètre de l’Europe comme vous pouvez le comprendre.
Et ensuite, s’il ne cède pas, nous devrions poursuivre avec des frappes nucléaires relativement massives tout en proposant bien sûr une forme d’ultimatum.
S’il ne cè pas et bien certains pays d’Europe devraient périr. C’est ma suggestion même si je prie Dieu
et je suis croyant pour que cela n’arrive pas. Mais je pense que ces gens ont perdu la
tête, qu’ils ont perdu tout sens de l’histoire. Ces élites, elles sont totalement
responsables et elles devraient être punies. C’est pourquoi, en plus de beaucoup d’autres choses, je propose que notre
doctrine nucléaire militaire ne se limite pas à dissuader les attaques contre la Russie elle-même, mais qu’elle
vise aussi à punir les élites européennes, y compris avec des munitions spéciales capables d’anéantir
leur bunker et les premières frappes devraient aller là-bas. Les élites européennes, insensées et coupables,
devraient souffrir les premières, pas les peuples européens. Mais nous débattons encore de cette
question et plus tard,
je me souviens que vous aviez déjà avancé cet argument il y a quelques temps, mais est-ce que vous avez l’impression que l’ambiance au Kremlin
évolue maintenant davantage dans le sens de vos arguments ou bien ça n’a pas tellement changé ?
Je ne suis pas là pour parler de l’ambiance au Kremelin. Quand j’ai commencé il y a 3 ans à
mettre cette idée sur la table, j’étais la voix fière d’une minorité. Aujourd’hui, je suis la voix d’une
majorité écrasante, aussi bien dans l’armée, dans les cercles politiques que dans la société.
Mais encore une fois, je ne plaide pas pour des frappes nucléaires massives parce que je sais qu’elles ferait perdre
toute innocence. Le problème, c’est qu’il faut arrêter cette guerre au moins en Europe.
D’autant plus que, comme je l’ai déjà dit, la guerre est en train de s’étendre. Elle engloutit l’Asie du Sud
et l’Asie du Sud-Ouest. Et ensuite, elle se propagera parce que l’attaque contre l’Irak et l’Iran a
entraîné non seulement une réduction des anciens échanges, mais aussi une diminution du flux d’engrais et de bien
d’autres choses
et c’était absolument prévisible. Cela veut dire qu’on va avoir une nouvelle vague d’instabilité aussi dans
le tiers monde, le soi-disant tiers monde. Je dois dire que de mon point de
vue, ce qui se passe, c’est que l’Occident historique qui a perdu sa prédominance dans la culture, la
politique et l’économie, prédominance qui lui a permis de piller le monde pendant 5 siècles,
est en train de chercher sa revanche. Et les Européens ne comprennent pas vraiment ce qu’ils font.
Mais les Américains, eux, je pense qu’ils le savent très bien. Et même si monsieur Trump, avec toutes
ces blagues et ses maladresses peut sembler être un personnage amusant, il dirige son pays exactement comme on le
lui a demandé dans la direction de cette revanche historique. Nous ne le permettrons pas.
Je voulais aussi vous interroger là-dessus parce qu’il a semblé pendant un moment que les États-Unis
cherchaient, comme la guerre en Ukraine ne tournait pas en leur faveur, à s’en débarrasser ou du moins à la confier aux
Européens tout en essayant d’améliorer leur relation bilatérale avec la Russie.
Mais tout ça n’a pas vraiment avancé et d’ailleurs les négociations sur l’Ukraine non plus n’ont pas beaucoup
progressé. Comment voyez-vous ces négociations aujourd’hui et ce qu’ils appellent
l’esprit de l’Alaska ? L’esprit de l’Alaska, c’est une blague.
Bien sûr, à un moment donné, au cours de la poursuite de cette guerre, on pourrait accepter une trêve, une sorte
de trêve. Mais ce ne serait pas la paix. La peine pourrait être atteinte que
lorsque et seulement si au moins les élites européennes seront renversées par leur peuple et par leurs propres
appareils d’état parce qu’elles sont devenues folles et qu’elles entraînent leur pays vers une grande guerre.
Je me demandais ce que j’avais dit au départ à propos de l’invasion de Kursk et est-ce que vous avez été surpris par
le soutien, disons très ouvert qu’elle a reçu au moins sur le plan rhtorique mais
aussi comme on le sait en matière d’armes et de renseignement pour la soutenir. Comme je l’ai dit, ça aurait
été impensable pendant la guerre froide. Oui, je me demandais comment voyez-vous
cette évolution ?
C’est mon propre gouvernement, ma propre classe politique. Nous n’avons pas compris dans quel type de conflit nous
sommes engagés. J’espérais que ce serait quelque chose de superficiel, que ça concernerait
simplement l’Ukraine et ainsi de suite. Mais non, c’est une guerre mondiale et
c’est une tentative de revanche de l’ancien Occident. Ce serait 20 parce
que si l’ancien Occident continue dans cette voie, il sera détruit ou alors
c’est le monde entier qui le sera. Espérons que non. Mais nous, on réfléchissait à la manière
d’éviter le pire, à comment trouver un accord, comment avancer par petit pas.
On a joué avec le processus de Minsk pendant 3 ans et ça c’était une erreur incroyable.
Et maintenant, c’est de tout cela dont on parle.
L’esprit de l’Alaska, je souris. L’esprit de l’Alaska, c’est du vent. Parce que si un jour on s’accorde sur
quelque chose qui ressemble à ce que le président Trump avait proposé en Alaska, et bien ça voudra dire qu’en un an
environ, la guerre refera surface à grande échelle et bien sûr avec des armes nucléaires.
Donc l’esprit de l’Alaska, c’est soit un piège, soit une erreur. Je ne fais pas
confiance à cet esprit de l’Alaska, même si j’espère qu’un jour les américains de
s’entendre s’entendre sur certaines règles de conduite entre eux. Mais les Européens, eux ne feront pas
partie de jeu.
Bon, au moins, c’est déjà quelque chose. Les États-Unis et la Russie essayent au moins d’améliorer leur relation, même si
pour ma part, j’ai un optimisme assez limité sur la portée réelle de ces efforts.
Il y a deux jours, je parlais avec le professeur John Mirchimer et il m’a dit que je devrais vous poser cette
question. Je crois que c’est un sujet qui le préoccupait depuis un moment, l’attaque contre le système radar
d’alerte précoce de la Russie, ceux qui servent en gros à détecter une frappe
nucléaire et qui donnent à la Russie un peu de temps avant une éventuelle repost. C’est intéressant parce qu’il
semble que ce soit dans l’intérêt de tout le monde que chaque camp dispose d’un temps d’alerte.
sauf bien sûr si on envisage une première frappe. Et puis il y a aussi eu en juin de
l’année dernière l’attaque contre la force de dissuasion nucléaire russe dont j’ai entendu dire de la part du FSB
qu’elle aurait bénéficié de l’aide du M6 britannique. Je voulais simplement
savoir comment vous interprétez tout ça parce que pour moi c’est une évolution vraiment inquiétante.
Il pousse les choses à l’extrême. Ce gouvernement russe voulait éviter une confrontation sans issue et je pense
qu’on arrive à un point où il faut commencer à punir nos ennemis à grande échelle en espérant ne pas déclencher
une guerre nucléaire totale. Mais d’abord, bien sûr, je veux dire, ces crimes qu’ils ont commis, des crimes
qu’on avait jamais vu, même au pire moment de la guerre froide, doivent être
punis et il y a beaucoup de façons de le faire et nous les préparons.
D’abord évidemment en frappant des cibles importantes sur le territoire même de l’Europe. Mais je vous rappelle
que nous n’avons pas besoin d’un seul centimètre de l’Europe. Nous voulons être aussi loin que
possible de cette Europe.
Mais avant tout, bien sûr, il faudra sans doute écraser ce régime à Kiev et
sans monter les marches de l’escalade nucléaire. Cela semble impossible ou alors beaucoup trop coûteux en vie
humaines, en homme d’élite. Donc mon conseil à mes compatriotes et je l’assume pleinement, c’est
d’escalader d’abord en frappant avec des armes conventionnelles des cibles à la
fois symboliques et stratégiques comme des centres logistiques ou des bases militaires. Et ensuite si ne s’arrête
pas avec passer une série de frappes limitées.
Avant tout, il faut changer notre doctrine qui date d’il y a 40 ou 50 ans.
Je vous rappelle que notre doctrine nucléaire part du principe qu’il n’y aura pas de vainqueur dans une guerre nucléaire.
C’est absurde. Il y aura des victoires. Il pourrait y avoir des victoires et il
y aura des victoires dans une guerre nucléaire. Je prie le Tout-Puissant pour que cela se produise, surtout en Europe. Je pense
qu’à terme, nous pourrions même adresser un ultimatum à certains voisins européens, en particulier dans la partie
occidentale de l’Europe pour qu’ils cèdent ou se rendent. Mais avant cela, nous pourrions sans doute envisager des
moyens de limiter
peu de perte du côté européen, mais on en a assez de sacrifier nos meilleurs hommes pour ce truc qui je suis désolé,
vous êtes européen et moi aussi pour ce truc qu’on appelle l’Europe.
Dans votre article sur la façon de gagner une guerre mondiale, vous avez quand même plaidé pour plusieurs
changements de politique afin que la Russie commence à modifier sa trajectoire et à rétablir sa capacité de
dissuasion qui s’est un peu affaibli au fil des quatre dernières années. L’une
de vos propositions, c’était aussi de se retirer des accords de contrôle des armements. Je me demandais comment cela
s’intègre-t-il dans votre argumentation plus large.
Et bien maintenant, il faut changer nos politiques dans plusieurs domaines. L’un d’eux que je n’ai pas encore
évoqué, c’est bien sûr la nécessité de revoir notre doctrine sur l’usage des armes nucléaires.
Et pour cela, il faudrait mettre en place.
Je pense que si nous sommes attaqués par un groupe de pays qui ont sur nous une supériorité économique, technologique et
démographique, nous n’avons pas seulement le droit, mais aussi le devoir d’utiliser l’arme nucléaire.
La deuxième proposition que j’ai avancé, c’est que le commandant en chef délègue une partie de ses pouvoirs au commandant
en chef du théâtre européen. Ce général appuyé par des officiers ayant une
expérience du terrain serait responsable d’évaluer la possibilité, voir la
nécessité d’employer tous les moyens, y compris les armes nucléaires, contre
certains pays européens qui ont déclenché et continu de mener une guerre agressive contre la Russie.
Je ne veux pas que l’Europe disparaisse parce que je suis culturellement européen.
Mais je rappelle à mes compatriotes que contrairement à beaucoup de nos rêves, l’Europe est la source de tous les mots,
de toutes les guerres, de tous les génocides, de tout ce qu’il y a eu de pire dans l’histoire humaine.
Elle revient aujourd’hui à sa situation normale et j’espère que nous pourrons empêcher cela pour le bien de l’Europe,
pour le nôtre et pour celui des peuples européens. Mais les Européens doivent comprendre que que les Rent vers le
politique.
Oui, c’est justement l’un des points que j’ai souvent du mal à comprendre. On a
l’impression que cette escalade, si on suit la trajectoire claire des quatre dernières années, nous conduit très
logiquement vers un conflit total avec la Russie. Et pourtant, il ne semble pas
y avoir beaucoup de discussions ni d’efforts pour corriger le cap. Au contraire, on exige un consensus
autour d’une seule politique et tout le reste est rejeté comme absurde, voire
comme une prise de position pruss dès qu’on appelle à un peu de retenu ou
qu’on reconnaît les préoccupations de sécurité de l’autre camp. Mais un collègue à moi, Jeffrey Sax attribue
souvent une grande part de la responsabilité de la guerre en Ukraine à l’Allemagne et au Royaume-Uni, en plus
bien sûr des États-Unis. Vous aussi, vous avez tendance à insister sur le rôle de l’Allemagne et
du Royaume-Uni comme étant, disons, les principaux agresseurs vis-à-vis de la Russie. J’aimerais savoir si vous pouvez
développer un peu votre point de vue là-dessus.
Et bien, cette guerre autour de la Russie, elle a été déclenchée par les États-Unis. Oui, déclenché.
Vous pouvez lire toute une série de mes articles depuis 2003-2004. Ensuite, ça s’est intensifié. Puis les
Européens sont entrés dans le jeu.
Les Allemands et les Britanniques bien sûr jouent leur jeux habituel. Déclencher une guerre en Europe pour
affaiblir le continent, attiser les tensions entre voisins et les affaiblir.
C’est une mauvaise habitude qu’il traîne depuis plusieurs siècles. Malheureusement, nous en Russie, nous
n’avons pas encore compris que nous revenons aux pires périodes de notre histoire.
Quant à l’Allemagne, quand, comme je l’ai déjà dit, un chancelier allemand appelle à avoir la plus forte armée
d’Europe, cela veut dire qu’il appelle à la disparition de l’Europe, à la disparition totale de l’Allemagne, je
veux dire, à son évaporation. Et les bourgeois allemands et vous savez, nous avons des amis allemands en
commun, il devrai le comprendre.
Tu disais tout à l’heure que l’esprit de l’Alaska, c’est une blague, qu’il est mort.
Mais est-ce que tu vois quand même d’autres voies possibles vers une solution diplomatique ? Parce que bien
il y a un an, quand l’administration Trump est revenue, on entendait des voix aux États-Unis dire qu’il fallait
trouver la paix. Il reconnaissait que l’élargissement de l’OTAN jusqu’aux frontières de la Russie
avait été une erreur. À ce moment-là, il plaidait pour une Ukraine neutre et pour accepter
certaines concessions territoriales. Mais encore une fois, tout ça n’a mené nulle part. En fait, on a même
l’impression qu’ils ont fait marche arrière. Alors, est-ce qu’il reste malgré tout une voie vers une paix
diplomatique plutôt que cette guerre ? Bien sûr, il faut laisser une chance à la diplomatie.
Mais de mon point de vue, l’objectif final devrait être l’élimination du régime de Kiev.
Premièrement. Deuxièmement, la restauration de nos terres dans le sud et l’est de
l’Ukraine. Nous ne voulons pas prendre et nous ne devrions pas vouloir prendre toute l’Ukraine car c’est un grenier à
blé. Mais l’essentiel maintenant, en plus de ce qui a déjà été proposé, c’est de
briser la volonté des élites européennes d’agresser. Ce sont elles qui ont commencé cette
agression. Elles l’amènent encore aujourd’hui et elles doivent être punies pour cela ou écarté par leur propre
gouvernement. Espérons que les États profonds obéissent à leur peuple.
Quand le président de la France parle d’étendre la dissuasion, la dissuasion française à d’autres pays, il n’est pas
seulement un menteur et honté et stupide. Les Français devraient le considérer comme un traître parce que cela veut
dire qu’il veut ou qu’il est prêt à sacrifier Paris ou Lyon pour disons la
Grande-Bretagne.
Berlin Berlin ou Posnagne, ces idiots ont perdu
le sens de l’histoire. La réponse enfin cette simple recherche du diable devrait être punie ou éliminée
et de préférence pas par des missiles russes ni par des troupes. Nous n’envahirons pas l’Europe en aucune
circonstance parce qu’il n’y a rien de bon dont nous ayons besoin là-bas. Mais ce sont les peuples européens eux-mêmes
qui ont aussi perdu leur instinct de survie qui devraient s’en charger. Ils sont dirigés par des fous.
Espérons que les Européens sauront les écarter. Mais je ne cherche pas à mimisser dans les affaires intérieures
des pays européens. C’est à vous d’en décider.
Il me semble qu’une des voies possibles vers une escalade menant à une guerre directe de grande ampleur pourrait bien
se déclencher en mer Baltique. Ces derniers mois, on a vu des blocus contre le Venezuela, contre Cuba et même des
pétroliers iraniens détournés. Et bien sûr, tout a commencé quand on a commencé à qualifier la flotte civile
russe de flotte fantôme. Ensuite, il y a eu des tentatives d’araisonnement et maintenant on parle
d’une alliance navale, le Royaume-Uni plus neuf autres pays. En gros, leur
mission serait d’affronter ce qu’ils appellent aujourd’hui la flotte fantôme de la Russie.
Est-ce que vous voyez ça comme une possibilité ? Dans nos discussions interne, je
critique mon gouvernement parce qu’il est trop indulgent face aux actes de piraterie.
Et si un jour les chaînes danoises venaient à être fermées ou pouvaient l’être, et bien ça voudrait simplement
dire qu’il n’y aurait plus de Danemark. Mais moi, j’aime le Danemark. C’est un beau pays proche du vôtre et aussi de la
Suède. Il faut qu’on soit sérieux. et qu’on ramène ces idiots à la raison.
Oui. Et bien encore une fois, j’espère qu’il y aura un moyen de rétablir la dissuasion. Comme vous l’avez dit, Dieu
nous en garde sans aucun échange nucléaire.
Et bien un échange nucléaire même limité, si ça devait arriver et si ça
pouvait ramener ces chiens fous à la raison, ça pourrait presque être un sauveur pour l’humanité.
Parce qu’au fond, on vit dans un monde en crise multiple où beaucoup notales de
notre existence sont en train de s’effondrer. Le capitalisme moderne arrive au bout de
sa vie. On voit bien que ce capitalisme moderne combiné à la révolution de l’information
est en train de miner le sens même de l’humain, de déshumaniser l’être humain
et c’est très profond. Maintenant, passons au niveau géopolitique.
Sur ce plan-là, on voit cette revanche de l’Occident qui essaie de retrouver la position dominante qu’il avait autrefois
dans le monde, celle qui lui permettait de le piller. Mais ça, ça n’arrivera plus jamais.
Espérons qu’en chemin on puisse construire un monde multipolaire fondé sur le respect mutuel, un monde beaucoup
plus pacifique. Mais il faut être lucide. On en a pour 20 ans de guerre.
Ma dernière question, c’est comment voyez-vous l’avenir de la Russie après cette guerre ? Parce que vous savez,
depuis Pierre le Grand, depuis environ 3 siècles, la Russie s’est modernisée en
regardant vers l’ouest. Et d’ailleurs, Gorbatchev avait aussi cette idée d’une grande maison européenne. Mais comme
vous l’avez dit, avec la montée de l’Orient aujourd’hui, la modernisation n’est plus l’apanage de l’Occident.
Et la Russie a désormais tous ses partenaires à l’est aussi. Oui.
Comment voyez-vous l’avenir de la Russie ? D’abord, je suis bien sûr aussi historien de la Russie.
La Russie n’a jamais été un pays européen. Dès l’origine, c’était un pays eurasiatique.
Nos racines culturelles extérieur ne viennent pas d’Europe. Elles viennent de Palestine, de la brillante Byzance, dumonde musulman et du monde bouddhiste. Et les fondements politiques, les structures extérieures de notre société et de notre culture viennent du grand empire mongol. Le voyage européen de Pierre le Grand a été utile parce qu’à ce moment-là, il nous manquait le progrès technologique et le savoir-faire technique. Notre armée n’était pas très bien organisée alors que les Européens l’était beaucoup mieux.
Mais ce voyage européen de Pierre le Grand aurait dû s’arrêter vers la fin du 19e siècle, au début du 20e.
À cette époque, nous avions déjà pris tout ce qu’il y avait de positif à prendre de l’Europe. Sur le plan militaire, par exemple, en matière d’artillerie et de tactique, nous étions devenus à la fin du siècle le premier pays d’Europe. Nous avons aussi absorbé la grande culture européenne. Sans l’Europe, nous n’aurions pas eu Dostoyevski, Tolstoy, Mousski, Tikowski et bien d’autres, mais
nous aurions dû arrêter ce voyage à la fin du 19e siècle. Après cette période, malheureusement, nous avons continué et cela nous a mené à deux guerres mondiales et au communisme.
Il faut mettre un terme à notre parcours européen. Mozart, Beethoven et Shakespeare sont nos auteurs, noscompositeurs et ils font profondément partie de notre âme. Mais l’Europe, elle doit être écartée de notre histoire tout en restant un élément intéressant et utile.
Oui, vous avez mentionné Dostoyevski. Je me disais que vous aviez un ton un peu à la Fiodor Dostoyevski parce que dans la seconde moitié du 19e siècle, il faisait un constat assez similaire. Les Russes avaient pendant trop longtemps essayé de se modeller sur l’Europe et les Européens. Et tout ce qu’ils en avaient retiré, c’était le mépris des Européens. En somme, ils disaient la même chose, les Russes devaient prendre leur
distance.
Oui, je vais plus loin que Dostoyevski, même si c’est mon écrivain préféré en Russie. Bien sûr, j’aime aussi Tolstoy et Pkin. Ce que je dis c’est que les europhiles et les occidentalistes en Russie aujourd’hui après tout ce qui s’est passé sont soit intellectuellement impuissants soit moralement corrompus.
C’est de la folie. Il faut être un idiot moral en Russie pour suivre la voix européenne.
Et bien merci d’avoir pris le temps. J’apprécie votre point de vue. Absolument.
Cependant, professeur Dien, vous savez que j’ai beaucoup d’amis en Europe et j’y tiens beaucoup.
Je ne veux pas rompre complètement nos liens avec l’Europe. Maintenant, il y a encore en Europe des gens qui sont disons complètement conditionnée. J’espère quand même que certains marchés pourront être établis. Mais l’Europe pour la Russie, c’est du passé. C’est quelque chose dont il vaut mieux se tenir à distance. Nous n’avons pas besoin d’une Europe garantie ou assurée. Plus nous nous éloignons de l’Europe aujourd’hui, mieux c’est pour la Russie pour son développement futur. Now the better is for Russia for future
of Hop.

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