Israël redessine-t-il les contours de sa frontière maritime avec le Liban ?

Un navire de guerre israélien au large de la localité frontalière de Rosh Hanikra, à proximité de Ras el-Naqoura au Liban-Sud, le 7 octobre 2022. Photo d’archives Jalaa Marey/AFP

Une fois n’est pas coutume, examinons l’arrière-plan du conflit libano-israëlien et les tentatives de faire évoluer les lignes de délimitations des champs pétroliers en cours d’exploration au large à la limite des frontières maritimes réciproques des deux pays. Un consortium a été créé entre les  compagnies franco-italiennes TOTAL et ENI et le Qatari QATAR ENERGY pour leur exploitation.
Quelques secousses israéliennes viennent bousculer les lignes ou tentent de le faire car elles  résultent d’un accord sous tutelle américaine, entériné et enregistré par l’ ONU.
Un imbroglio assez complexe pour un non initié à résoudre prochainement dès la fin des hostilités à moins qu’il ne s’agisse que d’une gesticulation stratégique avant l’issue du conflit en cours ?

 Juvénal

La « ligne jaune » établie par l’armée israélienne au Liban-Sud s’étend dans les eaux territoriales méridionales. L’ Orient le Jour / Par Layal DAGHER, le 24 avril 2026
o

Israël redessine-t-il les contours de sa frontière maritime avec le Liban, délimitée en 2022 ? 

La question se pose depuis que l’armée israélienne a défini, dimanche, sa « ligne jaune » en territoire libanais, qui ne se limite pas à des villages du Sud, mais s’étend dans les eaux territoriales méridionales. Si les experts divergent dans leur lecture de cette « zone tampon », déjà établie dans la bande de Gaza durant la guerre suivant le 7-Octobre, le ministère libanais de l’Énergie la considère comme « nulle et non avenue ». Cette ligne « n’a aucune valeur légale », a ainsi décrété le ministre de l’Énergie, Joe Saddi, à L’Orient-Le Jour. Et de rappeler : « Le Liban a signé un accord qui prévaut toujours aujourd’hui. C’est le seul texte qui a une valeur juridique internationalement reconnue. »

Conclu en octobre 2022 sous médiation américaine, l’accord avait fixé la ligne 23 comme frontière entre les Zones économiques exclusives (ZEE) respectives du Liban et d’Israël. Il avait permis de trancher le différend autour des champs gaziers de Karish et de Cana, ouvrant la voie à l’exploitation par Israël du premier et reconnaissant au Liban des droits sur le second, qui traverse les blocs 9 (libanais) et (72) israélien. 

« Le texte, enregistré auprès des Nations unies, repose sur un engagement des deux parties à ne pas modifier unilatéralement les coordonnées convenues ».

Mais alors, jusqu’où va cette « ligne de défense avancée » israélienne et dans quelle mesure menace-t-elle la ZEE du Liban, ainsi que l’accord de délimitation de la frontière maritime avec Israël ? L’OLJ fait le point.

Une « ligne jaune » à 37 km des côtes libanaises

Analysée par notre publication, la « ligne jaune » tracée par l’armée israélienne s’étend clairement jusqu’à environ 37 km des côtes libanaises, enjambant le bloc 8 et une partie du bloc 9 de la ZEE, avant de s’estomper en mer. Son prolongement pourrait toutefois atteindre le champ gazier de Cana, situé à 57 km des côtes, ainsi que le bloc 10. Ce cas de figure ne semble toutefois pas inquiéter le ministre Saddi, qui affirme que le gouvernement se réserve le droit « de porter plainte auprès des Nations unies ou des cours internationales compétentes afin de défendre ses droits ». Même son de cloche du côté du général à la retraite Bassam Yassine, chef de la délégation libanaise qui a négocié l’accord sur la frontière maritime en 2022. Pour lui, la mise en place de cette ligne par l’armée est « d’ordre sécuritaire et ne suggère pas de modification de la frontière maritime. Lorsqu’une zone tampon est établie, il faut également sécuriser son prolongement maritime en interdisant l’entrée des pêcheurs et des barques ».

Cette mesure s’oppose toutefois à la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, qui autorise le « passage inoffensif » des navires dans les 12 premiers milles nautiques (environ 19 km), une circulation libre mais soumise à un contrôle réglementaire entre 12 et 24 milles nautiques (environ 38 km), et une liberté totale de navigation au-delà de 24 milles.

Si l’armée israélienne ne modifie donc pas formellement l’accord maritime, « elle fragilise toutefois l’exploitation des champs gaziers au large du Liban-Sud ». « Il est important de comprendre ce que cette ligne signifie pour les Israéliens : est-ce qu’ils vont interdire toute activité liée aux hydrocarbures dans cette zone ? », s’interroge Laury Haytayan, directrice pour la zone MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord) de l’association Natural Resource Governance Institute (NRGI). Un point également soutenu par Marc Ayoub, chercheur associé à l’Institut Issam Farès de l’Université américaine de Beyrouth, estimant qu’« aucune société ne va mener des travaux dans les blocs libanais s’ils se trouvent dans la zone tampon israélienne dans un contexte de guerre ».

« Occupation offshore »

Quels travaux ont été menés depuis 2022 dans la ZEE qui serait incluse dans la zone tampon israélienne ? En 2023, la société TotalEnergies a procédé à un forage dans le bloc 9 (qui inclut le champ de Cana) qui n’a pas donné de résultats concluants, et les activités ont depuis été suspendues. Pour le ministre de l’Énergie, cela ne veut pas pour autant dire qu’une autre société « ne trouvera pas dans l’avenir quelque chose dans le bloc ». Alors que le bloc 10 n’a jusqu’à présent pas été attribué, le bloc 8 a récemment été assigné au consortium formé par le français TotalEnergies, l’italien ENI et Qatar Energy. Selon M. Saddi, les travaux, qui sont toujours dans la phase préparatoire, nécessitent encore « plusieurs mois » avant que les équipes n’interviennent dans la ZEE.

Et si l’armée israélienne maintenait sa « zone tampon » d’ici là ? « Pour l’instant, personne ne conteste l’accord. Mais si c’est le cas, nous allons certainement défendre nos droits », assure Joe Saddi. De son côté, Mme Haytayan estime aussi que « le gouvernement doit protéger sa ZEE (…) alors que les Israéliens procèdent à une occupation offshore de la même manière qu’ils le font sur terre ». Déjà, près d’un mois avant d’avoir établi ce périmètre sécuritaire, le ministre israélien de l’Énergie, Eli Cohen, avait affirmé que le cabinet examinait la possibilité de mettre fin à cet accord conclu avec le gouvernement libanais, en raison, selon lui, de l’incapacité de ce dernier à empêcher des attaques menées depuis son territoire contre Israël.

Mais Israël a-t-il vraiment intérêt à annuler cet accord ? Les experts sont sceptiques à cet égard. « C’est Israël qui a surtout tiré profit de l’accord maritime. Il produit déjà (de l’énergie) à partir du champ de Karish et procède à des exportations » depuis 2022, souligne Marc Ayoub. « S’ils veulent annuler l’accord, nous reviendrons à la ligne 29 », affirme de son côté le général Yassine. Cette ligne, avancée en 2020 par la délégation libanaise lors des négociations indirectes, étendait la zone disputée avec Israël à environ 2 290 km², contre 860 km² avec la ligne 23, et incluait une partie du champ gazier de Karish. Lors de l’accord de 2022, Beyrouth avait finalement accepté de revenir à la ligne 23 comme base de délimitation, en échange de la reconnaissance de ses droits sur le champ de Cana. Pour le général Yassine, « il n’est donc pas dans l’intérêt d’Israël de faire de la ‘‘zone tampon’’ au large du Liban-Sud une zone de litige ». source       

 Juvénal de Lyon

 226 total views,  226 views today

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


1 Commentaire

  1. Si Israël annexait le Sud Liban jusqu’au fleuve Litani, ipso-facto il accaparerait la totalité du champ gazier et pétrolier maritime Libanais. Voilà le véritable enjeu, je crois !