Ah, elle est belle, la France éternelle. Celle des Lumières, des barricades et des grandes idées. Celle qui, en 2026, semble surtout feuilleter Paris Match entre deux brushings et un rendez-vous chez le généraliste.
Rappelez-vous 2016-2017. Emmanuel Macron, jeune énarque ambitieux, et sa Brigitte, ex-professeur de théâtre de 24 ans son aînée. Pendant un an, impossible d’ouvrir un magazine people sans tomber sur leurs photos : regards enamourés, tenues assorties, confidences sur cet amour fou qui défie les convenances (et qui se termine par une tarte donnée de main de maîtresse Brigitte dans un avion).
Chez le coiffeur, chez le médecin, chez l’esthéticienne, le message était clair : la France moderne, c’était ça. Un couple non conventionnel, une première dame en Chanel, et un futur président qui avait l’air de sortir d’un casting pour une série Netflix sur l’Élysée. On n’a pas oublié que tout cela a été possible grâce à l’entremise de Mimi Marchand !
Le peuple, ce grand romantique, avait adoré. On votait moins pour un programme que pour une histoire d’amour un peu choquante, un conte de fées revisité où la belle (mûre) épousait le jeune prince (banquier d’affaires). Résultat : cinq ans de macronisme, puis cinq autres. Le tout saupoudré de « en même temps », de « start-up » et de leçons de morale données depuis le yacht d’un milliardaire.
Et aujourd’hui ? Jordan Bardella, le jeune loup du Rassemblement National, celui qui devait incarner la rupture avec le système, officialise sa relation avec Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles. 22 ans, duchesse de Calabre et de Palerme, descendante en ligne directe de Louis XIV, jet-setteuse entre Paris, Rome et Monaco, mannequin à ses heures. Photos exclusives dans Paris Match (encore ! c’est toujours les mêmes qui bénéficient de la poule aux oeufs d’or, qu’il y a séjour romantique en Corse, et, clou du spectacle : confirmation solennelle au 20 heures de France 2, comme s’il s’agissait d’une déclaration de guerre ou d’un remaniement ministériel.
Le parallèle est cruellement savoureux. Et il fait cruellement mal à la robespierriste que je suis… On a fait 1789 pour ça ,vraiment ?
Hier, on nous vendait le couple Macron comme la preuve que la France était moderne, ouverte, libérée des vieux carcans. Aujourd’hui, on nous sert le couple Bardella comme la preuve que le RN se normalise. Ou plutôt que Bardella aussi a compris la règle du jeu : pour séduire le peuple, il faut passer par la case people. Un beau gosse de 30 ans + une princesse en robe Chanel (ou équivalent haute couture), et hop, on humanise le danger, on l’apprivoise, et on remplace la guillotine par un bal avec les marquis et leurs belles dames.
Pendant ce temps, le pauvre peuple de France, celui qui galère avec l’inflation, l’insécurité et les services publics en déroute, continue de découvrir ses futurs dirigeants dans les magazines qui traînent dans les salles d’attente. On ne choisit plus un chef d’État sur sa vision de la nation, son courage face à l’immigration de masse ou sa capacité à redresser les comptes publics. Non. On valide le couple. On juge l’allure. On commente la robe.
« Il est mignon avec sa princesse », dira la dame sous le casque du coiffeur.
« C’est romantique », renchérira la voisine chez le podologue.
Et vlan, une élection se joue.
On est passé de « Vive la République ! » à « Vive le couple qui fait la une ! »
Bardella fait exactement ce que Macron a fait avant lui : il joue le jeu du spectacle. Il sait que dans une démocratie d’opinion, l’image et l’émotion priment sur le fond. Hier c’était l’amour transgressif et bourgeois-bohème. Aujourd’hui c’est l’amour glamour et aristocratique. Demain, qui sait ? Peut-être un candidat célibataire tombé amoureux de son IA ?
Le plus drôle (ou le plus triste), c’est que ça marche. Le peuple, gavé de télé-réalité et de réseaux sociaux, ne semble plus demander à ses dirigeants qu’ils soient compétents. Il leur demande d’être « likables ». D’avoir une histoire qui se vend bien en couverture. D’incarner un rêve, même factice.
Alors, ce pauvre peuple de France est-il vraiment devenu si vide, si vain, qu’il choisit ses dirigeants chez le coiffeur, entre deux pages de pub pour anti-rides et une chronique sur les robes de soirée ???
Apparemment oui.
Et le plus beau dans tout ça ? Les deux camps – macronistes et patriotes – se moquent l’un de l’autre en se servant exactement de la même recette people. Preuve que, au fond, ils se ressemblent plus qu’ils ne veulent l’admettre : tous les deux ont compris que la France de 2026 ne se gouverne plus depuis l’Élysée, mais depuis les kiosques à journaux et les salles d’attente.
Amusez-vous bien avec le prochain numéro de Paris Match, chers lecteurs. La politique, c’est fini. Les aventures de Trump, Poutine, et Zelensky n’intéressent plus grand-monde, au fond. Sauf les rabats-joie.
Place à la série sentimentale.
Christina Tasin
1,923 total views, 1,923 views today



Les Français votent mal parce qu’ils ne votent pas tous les trois mois pour s’entraîner à analyser.
Je suis toujours étonné comme ces journaux qu’on trouve chez les coiffeuses ont du succès et résistent depuis des générations.
Bien vu !
Bonjour Christine. Hé oui! Les publicitaires avaient déjà compris l’intérêt des français pour la mise en scène ! Quand on regarde un emballage de surgelés par exemple, c’est presque un repas de Noël, et quand on passe à table, les yeux encore rempli de l’image du fabuleux festin, on ne remarque plus la merde que l’on avale! Bonne journée.
Il faudrait absolument dénoncer haut et fort les multiples torchons de la « presse people »…les « Paris-Match », « Elle », « Grazzia » et consorts qui, depuis de longues années, nous infligent les articles les plus répugnants d’obséquiosité et de « lèche-bottisme » le plus servile…à la « gloire » de la « beauté sublime »(textuel!…)de la « Briquette » de l’Elysée!… Il faut vraiment lire ces immondes laïus, qu’on peut facilement trouver et lire chaque jour sur « Yahoo actus », pour le croire!