Le sirop de limaces rouges contre la toux, c’était efficace, paraît-il !

MÉDECINE, REMÈDES, PHARMACIE…  AU TEMPS DE MADAME BOVARY.

   Je vous invite à quitter notre monde pour un instant, et revenir au temps lointain de la Normandie profonde, celui de madame Bovary,  dans les bourgs où l’on s’ennuie, où le perruquier attend la pratique en marchant de long en large devant sa boutique, où la tranquillité des villages n’est troublée que par le grincement des charrettes et  de la diligence, le  hennissement des chevaux, les cris des cochers, le  meuglement des vaches dans les pâtures, le bruit du marteau du forgeron  sur son enclume, et les cloches qui sonnent à toute volée.
   En ce temps-là, il y avait  deux sortes de médecins, ou plutôt trois. Les plus prestigieux, ce sont ceux qui exercent dans les métropoles importantes. Ainsi, le père de Gustave Flaubert est médecin-chef à l’Hôtel-Dieu, à Rouen. Après vient le médecin de campagne,  qui exerce souvent au chef-lieu de canton; il a fait de solides études médicales, sans pour autant être un aigle dans sa profession. Ainsi, le docteur Canivet, au chevet d’Emma Bovary mourante , se fait humilier  par Larivière, chirurgien à l’hôpital de Rouen. Au bas de l’échelle, l’officier de santé, qui n’a reçu qu’une formation  restreinte et qui ne peut exercer que dans les limites du département où il a obtenu son diplôme.
   Il y a aussi deux sortes de pharmaciens : ceux qui suivent des cursus universitaires sur huit semestres, et les plus pauvres sur huit années par apprentissage en officines. Ces derniers, tout comme les officiers de santé, ne peuvent exercer que dans le département où ils ont obtenu leur diplôme. Pour les médicaments,  les pharmaciens élaborent les préparations magistrales sur ordonnance des médecins, et doivent aussi en préparer selon les prescriptions du Codex. Ce qui n’empêche pas les titulaires d’une officine  de proposer une foule de spécialités. Ainsi Homais, le pharmacien de madame Bovary,  vend  des chocolats de régime, des bandages, du Racahout des Arabes (sorte de bouillie alimentaire), des eaux minérales, des pastilles de Vichy, des Robs purgatifs ( pâtes de fruits laxatifs),   ou des chaînes  hydro-électriques Pulvermacher.
   Dans la profondeur des campagnes,  on ne fréquente guère le médecin qu’en cas d’absolue nécessité. Le Normand est méfiant et près de ses sous. Dame, un sou est un sou.  Les remèdes de bonne femme abondent. Chacun sait que l’eau rouillée, préparée avec de vieux clous, est souveraine contre l’anémie. Mon arrière -grand- mère  corrézienne en usait en sa prime jeunesse,, mais mon aïeule parisienne, cafetière de son état, mémé Fernande, lui préférait le Porto. J’avoue aussi préférer ce remède.
  Pour les brûlures, huile d’olive, blanc d’œuf et vin , le tout mélangé, font merveille. Les bouillies d’orties avec du jus d’oignon font repousser les cheveux. Si vous vous déboîtez un genou ou si vous vous  foulez un autre membre, les excréments de chat sont indiqués, ou bien un emplâtre fait  de jaune d’œufs et de fourmis. Pour la coqueluche, usez du sirop d’escargots. Ma mamie corrézienne m’avait signalé qu’à son époque, le sirop de limaces rouges venait à bout de tous les problèmes de toux. Bien sûr, suite à ce traitement, on avait tendance à se retrouver avec le foie en dégueulis  de putois crevé. Bon, ami lecteur, si tu cherches la petite bête… Pour les hémorragies, les toiles d’araignées, l’épilepsie se soigne avec de la poudre de crapaud séché. Les maux de gorge, un linge  rempli de cendres chaudes et enroulé  autour du  cou. Un rhume, vite un flip, mélange de cidre brûlant et d’eau de vie, le tout relevé par du poivre et des clous de girofle. Gueule de bois assurée et maux d’estomac aussi. Pour les caries et les abcès dentaires , l’arracheur de dents opérera pendant qu’un violoneux jouera des airs endiablés pour masquer vos cris. Vous vous rincerez ensuite la bouche avec de la gnôle. Et enfin, le rebouteux, dit l’ossier, vous remettra vos entorses, vos foulures ou même une fracture.
   En cas d’échec, on consent à appeler le médecin. Si ce dernier n’arrive pas à remettre le malade sur pied, on sollicite l’intercession d’un saint guérisseur, ou de la Vierge.  Pour cela, il faut péleriner.  Saint Mathieu pour les maladies nerveuses, saint Mathurin pour l’épilepsie, et tant d’autres encore. Si malgré tout ça vous ne guérissez pas, il faut faire son testament et appeler le prêtre dans les cas les plus graves.
   De nos jours, la médecine a fait d’immenses progrès, reléguant ces pratiques d’un autre âge au rayon du folklore. Par contre, avec la crise des hôpitaux, la difficulté de trouver un médecin référent, la santé des Français semble bien compromise. L’automédication a de beaux jours devant elle.

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21 Commentaires

  1. La langue française étant en grand danger, n’ en rajoutons pas. « Les remèdes de bonnes femmes »! et non, de bonne FAME!!! Fameux, quoi! Quelques gouttes de liqueur de Chartreuse sur un sucre et tout baigne , pas de problème. ( j’étais souvent malade en vacances chez ma grand-mère savoyarde. Je lui ai coûté cher en liqueur!) Et c’ est vrai que la loche ( la limace bordelaise) a une très bonne réput contre les affections pulmonaires . (le covid?) Beurkkkkk!

    • L’expression remède de bonne fame est erronée. Remède de bonne femme indique qu’un remède populaire est concocté par une personne étrangère à l’art de guérir (la médecine). Mathiole, médecin italien de la renaissance évoquait déjà les remèdes de bonne femme.

  2. Je n’ai jamais gouté de limaces rouges, non, vraiment, sans façon.
    Mais un bon plat d’escargots à la bourguignonne ou au vin et tomates, je suis preneur.

  3. J’ai connu le cône de papier journal, la pointe dans l’oreille et l’extrémité enflammée, contre les otites …

    • Il y a actuellement les bougies, ce serait un remède ancien mais j’en ai entendu parler avec succès pour les otites, j’étais pourtant un peu sceptique.

  4. je confirme: quand ma maman était au pensionnat chez les soeurs, il y avait des compagnes qui venaient de la ville et qui … tenez-vous bien… mangeaient les limaçes rouges, toutes crues, car elles étaient considérées remède contre les affections pulmonaires… – on rigole… et si les médicaments venaient vraiment à manquer?

  5. « Pour la coqueluche, usez du sirop d’escargots. Ma mamie corrézienne m’avait signalé qu’à son époque, le sirop de limaces rouges venait à bout de tous les problèmes de toux. »

    j en ai bu…..en fait les escargots mis dans un panier a salade laissaient leur bave s écouler dans une assiette au dessous et mamère y ajoutait du miel….

    POUR LA TOUX J AI AUSSI CONNU LE PAPIER JOURNAL TREMPE DANS DU PETROLE QU ON T APPLIQUAIT SUR LE DOS ET LA POITRINE ET CONSERVE SOUS TES HABITS …
    L HORREUR EN IRRITATIONS ET BRULURES DERMATO

  6. Belle évocation des remèdes d’antan. Les réclames n’étaient pas mal !

    « Chocolat de régime » : je pense au chocolat Dardenne. Tout une histoire !
    Ludovic Dardenne, pharmacien chocolatier, créa la chocolaterie DARDENNE en 1897 à Bagnères-de-Luchon…
    https://chocolatdardenne.com/lhistoire-de-dardenne/

    PS Tous les sirops antitussifs sont en rupture à la pharmacie en ce moment (véridique). Alors après tout, la limace rouge est peut-être une piste !

  7. Ces pratiques étaient basées sur l’expérience et donnaient de bons résultats pour la plupart. Nos ancêtres n’étaient pas tous des imbéciles et certains étaient capables de tirer de bonnes conclusions des expériences faites.

    Il n’y avait pas que ces recettes de grand mère, certains avaient recours aux prières spécialisées plus ou moins secrètes. Et aujourd’hui encore, certains coupeurs de feu après une brûlure douloureuse rendent de grands services.

    • Je me souviens, dans les années 53 ou 54, mes parents tenaient un café dans un village près de Lille et il était courant pour des clients qui souffraient de la gorge ou des poumons de gober des limaces plutôt que d’aller au médecin.
      Dans le même genre, à l’époque il n’y avait pas ou très peu de tout à l’égout et la fosse septique était majoritaire. Il fallait bien sûr la faire vider régulièrement. Dans mon village, c’était un fermier qui s’en chargeait et les excréments étaient répandus sur les champs afin de les fertiliser. Pour éviter de rendre le sol trop acide, ce même fermier trempait le doigt dans ce qu’il venait d’enlever de votre fosse et suçait son doigt pour déterminer sur quel champ épandre son butin

    • Oui tout à fait, vous avez raison. Beaucoup sont utilisés mais décriés par la Médecine en France. Je note par ex la crème à la bave d’escargot à la mode actuellement, que quelqu’un de mon entourage à tenté avec étonnement quant aux résultats surprenants.

      Scientifiquement cela se tient vu les compositions avérées de produits de la nature qui finalement a prévu beaucoup de choses.

      Il y a même des médecins, spécialistes aussi, qui ont recours à certains guérisseurs (coupeurs de feu notamment avec des résultats que l’empirie ne peut contredire) reconnaissant leur bienfait même si ils ne peuvent l’expliquer (qu’on ne parle pas du fourre-tout « effet placebo » bien commode, personne ne peut le démontrer). J’ai vu un témoignage à ce sujet… à Genève bien sûr, en France il faut se cacher.

      La médecine du Moyen-Age exercée par les moines, notamment à travers les plantes, a produit des écrits riches et était plus performante qu’on ne le pense.

      J’ai même entendu un médecin spécialiste ayant vécu en Afrique, dire devant un panel de chirurgiens à Paris (moqueurs bien sûr) qu’il y aurait des chamans qui peuvent tout guérir.

    • PARFAITEMENT EXACT:
      Des sirops médicaux étaient fabriqués à base d’HELICIDINE, dérivée de la bave d’Escargot (en latin escargot est dit HELIX POMATIA) et la digitaline est dérivée de la fleur dite DIGITALE etc, etc

      • Oui et j’avais vu un documentaire qui disait que les travaux des moines durant le Moyen-Age avait servi de référence à la médecine.

  8. Chacun fait ce qu’il veut.

    Pour ma part, ça fait trente ans que je ne vois plus aucun médecin. Avec ou sans crise sanitaire c’est grâce à mon hygiène de vie, et mes connaissances en naturopathie, je pète la forme. Si la médecine allopathique a fait des progrès, la naturopathie en a fait aussi. A chaque fois, que j’ai eu un petit problème, je m’en suis sortie avec la naturopathie et j’ai pu éviter, de perdre mon temps, de faire la balle de ping pong entre généraliste et spécialiste, les examens médicaux qui sont parfois sont très désagréables et les médicaments de l’allopathie aux multiples effets secondaires. Après, il faut faire preuve de bon sens et démêler le vrai et le faux. Il y a bien sûr des arnaques dans les médecines alternatives. Il faut bien se renseigner et garder son esprit critique. Certes, je pratique « l’automédication », mais c’est mon choix, c’est mon droit, c’est mon corps. J’irai chez le médecin lorsque j’aurai une pathologie qui résistera à toutes mes thérapies naturelles, mais jusqu’à présent, en trente ans, je n’en ai pas eu besoin.

    • À cette époque et jusqu’à la fin du 19 ème siècle, la mortalité infantile était effrayante. La médecine moderne, avec les antibiotiques, la chirurgie, et d’autres médicaments ont permis de sauver des vies. Les pontages coronariens sauvent des patients, la coloscopie et l’endoscopie, que je subis tous les cinq ans, préviennent l’apparition de cancers des voies digestives. Les malformations infantiles sont opérées, la recherche progresse pour la mucoviscidose, et bien d’autres affections. Pour ce qui est du vaccin COVID, là je suis plus qu’opposé. Mais il ne faut pas jeter le bébé et l’eau du bain. Je dois à des médecins, juifs, d’être encore en vie. Les grelis grelos des guérisseurs n’auraient pas pu accomplir cela. Et même une bonne hygiène de vie.

      • « À cette époque et jusqu’à la fin du 19 ème siècle, la mortalité infantile était effrayante »

        Il fallait voire les conditions de vie et d’hygiène.

        « la coloscopie et l’endoscopie, que je subis tous les cinq ans, préviennent l’apparition de cancers des voies digestives »

        Vous ne savez peut-être pas les effets de l’anesthésie faite qui ne se voient pas (il y a des interactions qui évoluent à bas bruit). Les mammographies ont aussi leurs limites (cf les cancers dits « induits »).

        Maintenant chacun voit, il faut juste un équilibre rien n’est parfait, la maladie a souvent des causes multiples, et ce n’est pas facile d’y voir clair quand on est malade.

        Pour les antibiotiques oui c’est bien, sauf que maintenant les médecins refusent de les utiliser bien souvent malgré des surinfections post-virales qui n’a plus rien à voir avec le virus et nous fait trainer avec des toux épuisantes voire des récidives (cf peut-être la prime de fin d’année.. car l’accoutumance n’est pas vérifiée pour tous et pas forcément vérifiée non plus).

      • Beaucoup de gens prennent des médicaments (je suis effarée parfois des quantités) pour tension, asthme, etc… en oubliant de regarder les effets secondaires d’autres médicaments qui provoquent ces pathologies. Bizarrement, les médecins bien souvent ne les regardent même pas, j’ai plein d’exemples pour moi et pour mes proches qui ont évité de graves désagréments en refusant de prendre la prescription.

        Bref, la médecine n’est pas un Dieu et il faut garder bon sens même si bien sûr ce n’est pas facile. Et y avoir recours est bien sûr indispensable dans certaines situations, rien n’est manichéen. On peut cependant tenter les médecins douces avant (pour voir si ça marche, si ce n’est pas grave) ou pendant pour se soutenir (je ne sais pas pourquoi, les médecins n’aiment pas généralement).

        L’hygiène de vie et la nourriture est bien aussi essentielles, la santé étant aussi le fait d’un équilibre à tous les niveaux.

      • Mon propos n’est pas d’opposer l’allopathie à la naturopathie. Les deux sont utiles et complémentaires. Je veux juste souligner qu’on peut soigner énormément de pathologies avec la naturopathie qui elle permet non seulement de soigner mais également d’améliorer la santé et renforcer l’organisme. Si les médecins allopathes peuvent guérir en supprimant le symptôme et même sauver des vies, ils ne savent pas fortifier la santé de leurs patients.

        Je ne souhaite pas non plus rentrer dans un système de surdiagnostic préventif. Certains examens peuvent même générer de faux positifs. La mammographie, par exemple, c’est niet pour moi. Mais là c’est également mon choix. Personnellement, j’irai faire des examens médicaux seulement en cas de symptôme qui me fasse vraiment souffrir et seulement si je n’arrive pas à me à soigner avec ma naturopathie. Je n’ai aucune envie de passer mon temps chez les médecins et me soumettre à tous leurs examens « préventifs ». Chacun fait ce qu’il veut de son corps.

    • Le problème c’est que la médecine généralise alors que chacun réagit biologiquement différemment.

      Un documentaire sur l’évolution des vaccins sur la chaine 5 excellent montrait justement cette tentation en France de généralisation qui n’était pas une bonne réponse, certains vaccins étant même inactifs chez certaines personnes pourtant soumises aux vaccins « obligatoires ». On y voyait aussi les intérêts des laboratoires.

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