Musique en 35 mm

Il y a toujours eu de la musique au cinéma ; au temps du muet, un pianiste jouait pendant la projection. Des compositeurs célèbres comme Prokofiev, Chostakovitch, Auric ont écrit de la musique pour le grand écran. On va s’intéresser dans cet article aux réalisateurs qui fait appel au répertoire classique, avec uniquement des extraits de film ou des bandes annonces. En guise de prologue, quoi de plus logique que de citer 2001, l’Odyssée de l’Espace, de Stanley Kubrick ? (Ainsi parlait Zarathoustra (Richard Strauss) )

En 1971, trois ans après 2001, Kubrick nous revient dans un film totalement différent Orange mécanique. Ambiance ultra-violente pour l’époque, hélas notre quotidien de 2022 est bien pire que ça, voici donc Alex et sa bande sur une musique de Rossini, La pie voleuse :

Deux ans après Orange mécanique, sortait sur les écrans français Soleil vert, un film de Richard Fleischer avec Charlton Heston et Edward G. Robinson dont c’était le dernier rôle. L’histoire se déroule en 2022 (tiens ?), les ressources de la Terre sont épuisées. Les vieux, ou si vous préférez les inutiles, sont « invités » à se faire euthanasier dans un centre spécialisé (tiens ? (bis), en France on n’a pas attendu 2022 pour traiter nos aînés au Rivotril). Sol, Un vieux juif qui a connu la Terre « d’avant » se rend à ce centre pour y mourir en paix. Son ami ne peut plus rien faire, sinon contempler les images d’un monde qu’il n’a jamais connu (Tchaïkovski, Symphonie Pathétique, Beethoven, Symphonie Pastorale, Grieg, Au matin). Les corps de toutes les personnes euthanasiées sont utilisés pour fabriquer des plaquettes alimentaires « Soleil vert« . (Tiens ? (ter), ne nous a-ton pas conseillé de consommer de la chair humaine ?)

Retour à Stanley Kubrick, en 1975 avec Barry Lyndon, musique de Schubert, le Second trio opus 100.

1979 : Sortie du film de Francis Ford Coppola, avec Marlon Brando, Apocalypse now et la Chevauchée des Walkyries, de Richard Wagner, bien sûr !

Remarque strictement personnelle : et ce sont les Américains qui accusent les Russes de crimes de guerre ? C’est l’hôpital qui se moque de la charité !

Continuons à avancer dans le temps avec un film de 1986 d’Oliver Stone, Platoon. Nous sommes toujours au Vietnam : pour éviter de passer en cour martiale, le sergent-chef Barnes abat froidement le sergent Elias. Mais ce dernier n’est pas mort, blessé il est poursuivi par les Vietcongs et finalement tué par eux. Du haut d’un hélicoptère, Barnes et le jeune Taylor assistent à la scène sans pouvoir intervenir. Plus tard Barnes sera tué par Taylor, qui le rendait responsable de la mort d’Elias.

C’est au-dessus de l’Atlantique, bien installé dans mon Airbus A330, que j’ai découvert le film Les panneaux de la vengeance (Three Billboards Outside Ebbing, Missouri), l’histoire d’une mère qui veut venger le viol et le meurtre de sa fille. Pour cela elle interpelle la police locale par le le biais de trois panneaux publicitaires. Lorsque j’ai écouté la musique d’introduction, j’ai eu un choc, cela faisait plus de 30 ans que je n’avais plus entendu cette mélodie, sans connaître son auteur ! J’ai parcouru le générique de fin pour apprendre qu’il s’agissait au départ d’un poème de Thomas Moore, écrivain irlandais. La musique a été greffée sur un air traditionnel et elle a subi de nombreuses variations (Beethoven, Mendelssohn, Britten, Nina Simone). Son titre ? The last rose of summer. La voici chantée, comme dans le film, par la sublime Renée Fleming (il y aura deux liens).

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Au moment où j’arrive à la fin de cet article, j’ai appris sur RR ce que l’on avait fait à une fillette de huit ans au Pakistan, violée et les yeux arrachés, je n’ai donc pas vraiment le cœur à chercher un flash mob. Cette gamine ne verra plus jamais la beauté du monde qui l’entoure, en particulier les fleurs. Je lui rends hommage à ma façon avec ces deux derniers liens consacrés à la reine des fleurs, autrement dit la rose.

On va terminer avec Le spectre de la Rose, extrait des « Nuits d’été de Berlioz ». Une magnifique mélodie chantée avec beaucoup de sensibilité par Anne Sofie von Otter, d’origine suédoise, mais qui a acquis un français parfait :

Et le même air dans une version de 1976 avec Pierre Boulez dirigeant l’orchestre philharmonique de New York, soliste Yvonne Minton. Cette interprétation est absolument sublime et me touche toujours énormément. C’est interprété plus lentement (7’07 » contre 6’40 » précédemment), mais c’est un grand moment d’émotion et de beauté, sentiments totalement étrangers aux islamistes.

« Ce léger parfum est mon âme et j’arrive du Paradis ». Il n’y a rien à ajouter.

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10 Commentaires

  1. Toutes ces musiques ont sublimées ces films, par ailleurs,tous autant de chefs-d’œuvre. Merci fille.

  2. Merci Filoxe.
    Dans Platoon et Elephant Man il y a l’Adagio de Samuel Barber qui est une pure merveille et si méconnu.
    Dans le registre russe, la musique de Prokofiev qui accompagne le film Alexandre Nevski de Sergueï Eisentein nous fait voyager dans les steppes et tutoyer l’âme des russes.

    • J’ai dû faire un choix difficile, dans « 7 ans de réflexion » on a le deuxième concerto de Rachmaninov, dans « les choses de la vie » le concerto La Notte de Vivaldi, même dans « 58 minutes pour vivre » on a Finlandia de Sibelius, etc, etc, il faudra penser à une suite un de ces jours !
      Merci pour votre commentaire.

  3. Merci Filoxe pour ce très bel article.

    Je vais déborder un peu mais j’ en ai besoin. Vers 57/58 j’avais un p’tit instit’ à blouse grise, Monsieur LAUNOIS.
    Le grand Monsieur LAUNOIS dans mon coeur.
    Le samedi matin (nous avions cours) il amenait son électrophone personnel et nous décryptait, décortiquait, la « grande musique ».
    Extraordinaire. Grace à lui nous entendions l’eau couler, le vent dans les branches, au gré des mélodies et des instruments. Idem pour les sentiments, nous étions devenus capables de déceler de la joie ou de la tristesse dans une oeuvre.
    La musique était un roman, un livre, un conte, une histoire… et plus seulement un assemblage de notes, joli mais incompréhensible.

    Merci Monsieur LAUNOIS. Il y a environ 65 ans vous ouvriez les oreilles et les cerveaux d’une trentaine de garnements.

  4. Hier Orange mécanique, aujourd’hui pamplemousse décapité. Les temps ont bien changé. Merci cher Filoxe pour ce moment d’évasion et d’enchantement. La musique, qui chaque fois me donne les clés du ciel, compagne fidèle des jours heureux ou malheureux, qui berce mon âme et qui transcende ma mélancolie, musique, esprit de toutes les saisons. Encore merci Filoxe, de tout mon coeur!

  5. Merci, cet exposé est un enchantement. Quelqu’un de ma famille m’avait dit un jour qu’il détestait la musique classique; le sachant passionné de cinéma, j’avais évoqué les musiques de films, de Disney aux films classiques et actuels. Il n’avait pas fait le rapprochement. Quel dommage de passer à côté.

  6. C’est un très beau panorama des musiques de films, chefs-d’œuvre en eux-mêmes, utilisées pour des films qui sont également des chefs-d’œuvre en eux-mêmes. Merci amis patriotes Filoxe de ce beau travail de synthèse.
    « Soleil vert » est le film qui m’a le plus marqué dans ma vie. L’intrigue que l’on ne connaît pas tout au long du film et la découverte de ce qui se passe à la fin m’ont marqué et j’y pense souvent.
    Le passage ou le vieillard qui va mourir visionne toutes les beautés extraordinaires de notre planète sur la musique de la Symphonie Pathétique de Beethoven m’a littéralement fait pleurer quand je l’ai vu. J’ai revu ce film plusieurs fois et à chaque fois à ce passage ma gorge se serre très fort et mes yeux s’humidifient.
    Je me dis comment le monde a pu en arriver là qu’il n’y ait plus aucune nature et aucune beauté et qu’il faille les montrer en film aux gens, en échange de leurs morts, tel quel est le sujet du film. Mais tel est le projet mondialiste actuellement et dont tout le monde s’en fout.
    En regardant ton extrait, comme toujours ma gorge s’est sacrément serrée.

    • J’ai vécu la même expérience et la même émotion… Aujourd’hui, le Rivotril nous attend dans les Ehpad de France. Elle est pas belle, la mort ?

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  1. Musique en 35 mm (suite) – Résistance Républicaine

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