Le cas de la jeune Huma Younus pourrait, selon l’ONG Aide à l’Église en détresse (AED), « devenir le symbole de la pratique des enlèvements de jeunes chrétiennes par des musulmans ».

Cette jeune fille, née le 22 mai 2005, a été enlevée le 10 octobre dernier par un homme musulman, Abdul Jabbar, et mariée avec lui, comme cela se pratique souvent au Pakistan.

Privée de tout contact avec sa famille, Huma réside désormais à 600 km de sa maison natale. Mais ses parents ont porté son cas devant la Haute Cour de Karachi, capitale de la province du Sindh où ils habitent.

Ils espéraient que le « Child Marriage Restraint Act » (Loi limitant les mariages avec des mineurs), adopté par la province du Sindh en 2014, s’appliquerait. Pour appuyer leur requête et attester l’âge de leur fille, ils avaient produit à l’audience du 3 février un certificat d’école et le certificat de baptême de la paroisse Saint-Jacques de Karachi.

La charia prévaut sur la loi pakistanaise 

Mais les deux juges de la Haute Cour, Muhammad Iqbal Kalhoro et Irshad Ali Shah, ont décidé que même si Huma était mineure, le mariage entre la jeune chrétienne et son ravisseur, est toujours valide puisque, comme le stipule la charia (loi islamique), quel que soit son âge, une fille peut se marier après ses premières règles.

Selon l’avocate des parents de Huma Younus, Tabassum Yousaf, le Child Marriage Restraint Act aurait été formulé et approuvé au Pakistan « dans le seul but d’améliorer l’image du pays dans l’opinion internationale, d’obtenir des fonds d’aide au développement et de pouvoir commercialiser librement des produits pakistanais sur le marché européen».

La déception des parents Younus est d’autant plus grande qu’ils n’ont pu voir leur fille à la Haute Cour de Karachi. Pourtant, lors de l’audience précédente du 16 janvier, les juges avaient expressément demandé au policier responsable de l’enquête, Akhtar Hussain, de faire comparaître Huma devant le tribunal.

Soupçons de collusion avec le ravisseur

Interrogé sur l’absence de la jeune fille, ce policier s’est contenté de dire que celle-ci avait été convoquée. Depuis le début de l’affaire, Akhtar Hussain maintient une attitude ambiguë qui suscite de forts soupçons de collusion avec le ravisseur, Abdul Jabbar.

Déjà, le 16 janvier, l’avocate Tabassum Yousaf avait appris du policier que Huma avait été convoquée au tribunal le 9 janvier pour signer une déclaration indiquant qu’elle était majeure. « Ni moi ni ses parents n’étions au courant, alors qu’une telle procédure ne peut pas avoir lieu en l’absence des deux parties. Il est clair que la police aide le ravisseur », avait alors déclaré l’avocate à l’AED.

« C’est la énième défaite de la justice et une autre preuve que l’État n’attache guère d’importance aux chrétiens en tant que citoyens pakistanais », a commenté de son côté Nagheena Younus, mère de Huma, à la sortie de l’audience du 3 février.

Le jugement de la Haute Cour de Karachi était également très attendu dans la minorité chrétienne du Pakistan. Forte d’environ trois millions de personnes, soit 2 % de la population, celle-ci est la cible d’attentats et souffre de diverses persécutions.

« Nous en appelons à la communauté internationale »

Parmi ces persécutions, de nombreuses jeunes filles chrétiennes sont enlevées par des musulmans qui les épousent de force puis les obligent à se convertir à l’islam. Selon l’avocate Tabassum Yousaf, interrogée par l’AED peu après l’audience du 16 janvier, « jusqu’à présent, aucune famille n’avait pu demander justice, parce que les chrétiens sont majoritairement pauvres et peu instruits et qu’ils n’ont pas les moyens de se payer une assistance juridique ».

Dans l’affaire Huma Younus il s’agissait donc du premier cas de conversion et mariage forcés dont se soit saisie la Haute Cour de Karachi. Et de la première fois qu’était demandée l’application du Child marriage restraint act, encore jamais appliqué depuis 2014.

À la sortie de l’audience du 16 janvier, les parents de Huma s’étaient adressés avec émotion aux médias : « Nous en appelons à la communauté internationale et vous demandons d’élever la voix pour la défense d’Huma. Si votre fille de 14 ans traversait tout ça, que feriez-vous ? À quel point souffririez-vous ? Considérez notre fille comme votre fille. S’il vous plaît, aidez-nous ! ».

Soupçons de collusion avec le ravisseur

Interrogé sur l’absence de la jeune fille, ce policier s’est contenté de dire que celle-ci avait été convoquée. Depuis le début de l’affaire, Akhtar Hussain maintient une attitude ambiguë qui suscite de forts soupçons de collusion avec le ravisseur, Abdul Jabbar.

Déjà, le 16 janvier, l’avocate Tabassum Yousaf avait appris du policier que Huma avait été convoquée au tribunal le 9 janvier pour signer une déclaration indiquant qu’elle était majeure. « Ni moi ni ses parents n’étions au courant, alors qu’une telle procédure ne peut pas avoir lieu en l’absence des deux parties. Il est clair que la police aide le ravisseur », avait alors déclaré l’avocate à l’AED.