Présidentielles en Biélorussie : Ivan le Médiatique se déchaîne


Présidentielles en Biélorussie : Ivan le Médiatique se déchaîne

Pologne vs Biélorussie via les fantasmes kaléidoscopiques russes. Ambiance…

 

Le Parlement biélorusse a fixé la date des présidentielles au dimanche 9 août 2020. À cette occasion, les doctes doctrinaires russes pointent du doigt de prétendues visées impérialistes polonaises.

 

Dès le mois de mai, de nombreux manifestants contre l’arrestation de candidats présidentiables ont été alpagués par les forces biélorusses, pas moins de 360 personnes du 18 au 21 juin. Les candidats temporairement arrêtés sont Siarhiej Cichanouski et Viktor Babaryka, ce dernier aux motifs de malversation et blanchiment d’argent. Ça fait tout de même beaucoup d’escrocs et de voyous candidats au détrônement d’Alexandre Loukachenko…

 

En Biélorussie, le président est élu au premier tour s’il recueille plus de 55% des suffrages. À défaut, un second tour est organisé avant de déclarer Loukachenko vainqueur.

Siarhiej Cichanouski

Viktor Babaryka

Alexandre Loukachenko, candidat à sa propre succession

Objectif : un 6ème mandat quinquennal

Pologne, nouvelle cible de la réinformation russe

Ces événements ont été relayés par la presse russe qui suggère une ingérence polonaise dans la campagne. Jamais à court d’énergie mal orientée, la propagande russe accuse la Pologne de s’immiscer entre les cuisses électorales biélorusses, elle qui rêverait même d’un Empire à l’Est !

Selon les médias et les politologues russes, la Pologne soutiendrait ainsi l’opposition radicale biélorusse à l’approche des présidentielles et souhaiterait attirer la Biélorussie dans sa sphère. À l’aide des troupes de l’OTAN, elle envisagerait même de « démocratiser à coups de poing » son voisin de l’Est. Qui a dit que la Guerre froide était (ter)minée ?

Selon le Kremlin, l’UE et l’OTAN ont déjà « directement interféré » dans le déroulement des précédentes campagnes présidentielles. On nous sert aussi la thèse selon laquelle la Pologne rêve de s’affirmer noyau géopolitique de l’Europe de l’Est et de reprendre toutes les anciennes possessions de l’alliance historique polono-lituanienne ou République des Deux Nations (1569-1795)

LREM ou La Russie en marche médiatique

Sur le site www.politnavigator.net, le correspondant Maxim Shevchenko affirme que la Pologne tente de désolidariser la Biélorussie de la sphère d’influence russe. Son objectif serait de bâtir une Fédération incluant Pologne, Lituanie, Biélorussie et Ukraine, ceci en prévision d’une guerre contre Popov, rien que ça !

Maxim : « La capacité de mobilisation de ces quatre pays, que l’OTAN soutiendra, dépassera les ressources militaires – hors armement nucléaire – de la Fédération de Russie ». Il mentionne également le transfert d’armes nucléaires américaines de l’Allemagne vers la Pologne. Une belle sensation médiatique digne de l’ancien mécanisme de la propagande soviétique !

« Avant les élections, l’OTAN masse ses troupes à la frontière polono-biélorusse »

Veronika Kraszeninikowa, du Conseil de politique étrangère et de défense de la Russie, déclare sur www.rubaltic.ru : « La Pologne cherche à attirer la Biélorussie sur l’orbite de l’OTAN ». Cette brave dame a publié en 2020 l’ouvrage La Pologne dans la lutte pour l’Europe de l’Est 1920-2020. On y parle du Drang nach Osten polonais et du vilain néo-atlantisme sous la houlette de Washington.

Veronika Kraszeninnikowa ou le poutinisme incarné

RuBaltic.ru du 24 juin 2020 : « La campagne anti-biélorusse commence en Occident, la Pologne et les États baltes y adhèrent ». Toujours selon nos génies russes, c’est à cette fin que le président polonaisAndrzej Duda s’est rendu le 24 juin dernier à Washington, les échanges avec Trump devant permettre l’admission en Pologne des troupes américaines retirées d’Allemagne.

Un auteur RuBaltic.ru suggère que l’accumulation de forces offensives à la frontière polono-biélorusse pourrait indiquer la Biélorussie – et non la Russie – comme objet des opérations de l’OTAN. Il met en garde contre « l’intervention démocratique et la démocratisation brutale de la Biélorussie ». Le but est clair : la rupture de l’alliance militaire entre Minsk et Moscou, sans laquelle la Biélorussie serait « un petit État d’Europe orientale sans armes nucléaires ni sans parapluie de sécurité »

Quant au « dernier dictateur d’Europe » Loukachenko, il parle de « fake news dégoûtants » visant à discréditer les autorités de Minsk et accuse « les marionnettistes des deux côtés » de soutenir les opposants : « Nous assistons à des ingérences étrangères dans nos choix et nos affaires intérieures ». Dans son chef, les « deux côtés » sont Moscou et Varsovie : 1-1.

Une Pologne déstabilisatrice, vraiment ?

Dès avril 2020, la Pologne lance son programme d’aide Covid-19 à la Biélorussie en y acheminant respirateurs, médicaments et gel désinfectant. Le jour où le convoi (de type humanitaire et non militaire comme le fameux coup du Kremlin en Italie) est arrivé à Minsk, RuBaltic.ru a publié l’article « La Pologne tente d’attirer la Biélorussie vers elle »

On signalera également que Spoutnik News est dispo en langue polonaise déstabilisatrice https://pl.sputniknews.com

Polska pomoc : aide polonaise

Acheminement de matériel sanitaire vers la Biélorussie

https://polskapomoc.gov.pl/Polska,pomoc,dla,Bialorusi,w,walce,z,COVID-19,3150.html

Du calme Poutine, du calme…

Il faut rendre à César ce qui est à César : Poutine a probablement épargné à la Russie une dérive post-Eltsine qui aurait peut-être mené le pays vers une dictature militaire à économie libérale de type Amérique du Sud. Je pense qu’il marquera l’Histoire de la Russie d’une empreinte forte, au contraire de Donald Tweet dont l’empreinte frappe 140-280 caractères.

Nous sommes en 2020 et la Pologne n’exporte pas la démocratie « à coups de poing » comme exprimé par des propagandistes russes qui auraient tout intérêt à revoir l’Histoire de Pologne, plus précisément celle de 1949 à 1989. Ces quatre décennies furent entièrement court-circuitées par les Soviets, à tel point qu’il a fallu mobiliser un électricien gdanskois pour rétablir le courant politique.

Richard Mil+a

 

Complément de Rinocero

Richard Mil est pro atlantiste et l’exprime très clairement dans cet article, ce qui est au demeurant son droit. Que la Russie s’inquiète des résultats de la future élection présidentielle en Biélorussie cela peut se comprendre même si cela peut agacer légitimement l’actuel président bielorusse Lougachenko mais vouloir faire croire que l’aide apportée par la Pologne à la Bielorussie dans le cadre de la crise du coronavirus aurait été purement à but humanitaire c’est prendre les lecteurs de RR pour des grands naïfs. Certes la Pologne n’envisage pas d’envahir ses voisins mais croire que son aide est dénuée de toutes considérations politiques c’est s’aveugler volontairement pour ne pas parler de désinformation. Oui, la Pologne comme les Pays Baltes d’ailleurs cherchent à attirer la Bielorussie dans le bloc atlantique et si possible faire rentrer ce pays dans l’OTAN rejoignant ainsi la volonté des américains de parachever l’isolement de la Russie du reste de l’Europe à défaut d’avoir pu encore, via une révolution colorée, installer en Russie un pouvoir assujetie à Washington et Bruxelles, c’est à dire de fait à un alignement de la Russie sur le modèle multiculturaliste, immigrationiste et maintenant en plus « décolonial » des pays occidentaux.
Et vous savez d’ailleurs très bien que tout rapprochement avec l’Union européenne se traduit pour les pays européens non encore membres de l’UE, par une adhésion préalable à l’OTAN. Donc oui les appréhensions du gouvernement russe ne sont pas illégitimes et de la simple paranoïa.
Que le gouvernement polonais qui a tellement souffert de la Russie tsariste, puis soviétique veuille affaiblir la Russie cela est humainement compréhensible même si c’est une politique à courte vue et dangereuse. La nature a horreur du vide. Une Russie plus faible , c’est une montée en puissance de la Turquie d’Erdogan et de son influence sur les peuples musulmans de la Fédération de Russie. Est-ce dans l’intérêt des peuples européens y compris ceux de l’Est? J’en doute franchement.

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Richard Mil

Belge passionné de sciences humaines, amoureux de la culture française, gaulliste, athée, partage totalement les convictions de l’initiative citoyenne Résistance Républicaine


3 thoughts on “Présidentielles en Biélorussie : Ivan le Médiatique se déchaîne

  1. AvatarRinocero

    Richard Mil est pro atlantiste et l’exprime très clairement dans cet article, ce qui est au demeurant son droit. Que la Russie s’inquiète des résultats de la future élection présidentielle en Biélorussie cela peut se comprendre même si cela peut agacer légitimement l’actuel président bielorusse Lougachenko mais vouloir faire croire que l’aide apportée par la Pologne à la Bielorussue dans le cadre de la crise du coronavirus aurait été purement à but humainitaire c’est prendre les lecteurs de RR pour des grands naïfs. Certes n’envisage pas d’envahir ses voisins mais croire que son aide est dénuée de toutes considérations politiques c’est s’aveugler volontairement pour ne pas parler de désinformation. Oui, la Pologne comme les Pays Baltes d’ailleurs cherchent à attirer la Bielorussie dans le bloc atlantique et si possible faire rentrer ce pays dans l’OTAN rejoignant ainsi la volonté des américains de parachever l’isolement de la Russie du reste de l’Europe à défaut d’avoir pu encore, via une révolution colorée, installer en Russie un pouvoir assujetie à Washington et Bruxelles, c’est à dire de fait à un alignement de la Russie sur le modèle multiculturaliste, immigrationiste et maintenant en plus « décolonial » des pays occidentaux.
    Et vous savez d’ailleurs très bien que tout rapprochement avec l’Union européenne se traduit pour les pays européens non encore membres de l’UE, par une adhésion préalable à l’OTAN. Donc oui les appréhensions du gouvernement russe ne sont pas illégitimes et de la simple paranoïa.
    Que le gouvernement polonais qui a tellement souffert de la Russie tsariste, puis soviétique veuille affaiblir la Russie cela est humainement compréhensible même si c’est une politique à courte vue et dangereuse. La nature a horreur du vide. Une Russie plus faible , c’est une montée en puissance de la Turquie d’Erdogan et de son influence sur les peuples musulmans de la Fédération de Russie. Est-ce dans l’intérêt des peuples européens y compris ceux de l’Est? J’en doute franchement.

  2. AvatarRinocero

    Quelques erreurs de frappe, je reprends mon texte : Richard Mil est pro atlantiste et l’exprime très clairement dans cet article, ce qui est au demeurant son droit. Que la Russie s’inquiète des résultats de la future élection présidentielle en Biélorussie cela peut se comprendre même si cela peut agacer légitimement l’actuel président bielorusse Lougachenko mais vouloir faire croire que l’aide apportée par la Pologne à la Bielorussie dans le cadre de la crise du coronavirus aurait été purement à but humanitaire c’est prendre les lecteurs de RR pour des grands naïfs. Certes la Pologne n’envisage pas d’envahir ses voisins mais croire que son aide est dénuée de toutes considérations politiques c’est s’aveugler volontairement pour ne pas parler de désinformation. Oui, la Pologne comme les Pays Baltes d’ailleurs cherchent à attirer la Bielorussie dans le bloc atlantique et si possible faire rentrer ce pays dans l’OTAN rejoignant ainsi la volonté des américains de parachever l’isolement de la Russie du reste de l’Europe à défaut d’avoir pu encore, via une révolution colorée, installer en Russie un pouvoir assujetie à Washington et Bruxelles, c’est à dire de fait à un alignement de la Russie sur le modèle multiculturaliste, immigrationiste et maintenant en plus « décolonial » des pays occidentaux.
    Et vous savez d’ailleurs très bien que tout rapprochement avec l’Union européenne se traduit pour les pays européens non encore membres de l’UE, par une adhésion préalable à l’OTAN. Donc oui les appréhensions du gouvernement russe ne sont pas illégitimes et de la simple paranoïa.
    Que le gouvernement polonais qui a tellement souffert de la Russie tsariste, puis soviétique veuille affaiblir la Russie cela est humainement compréhensible même si c’est une politique à courte vue et dangereuse. La nature a horreur du vide. Une Russie plus faible , c’est une montée en puissance de la Turquie d’Erdogan et de son influence sur les peuples musulmans de la Fédération de Russie. Est-ce dans l’intérêt des peuples européens y compris ceux de l’Est? J’en doute franchement.

    1. Christine TasinChristine Tasin

      Merci Rinocero pour cette belle analyse que je confirme je n’avais pas eu le temps de signaler ces faits avant, merci. Je vais ajouter à l’article

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