Les hommes se regroupent dans leurs cavernes et l’obscurité règne de nouveau

Dans ma grotte, à grelotter de froid et de peur, je me serre contre mes compagnons d’infortune. Les éclairs qui zèbrent le ciel me terrifient et me rassurent. Ce tonnerre qui claque et rebondit sur les parois de mon refuge me déchire les oreilles et s’installe jusque dans mon ventre. Les fauves ont encore plus peur que moi et ne sortiront pas cette nuit pour venir dévorer un de ma tribu ou moi. Une nuit de cauchemar mais une nuit de gagnée sur la mort. Un fracas épouvantable, une déchirure du temps et de l’espace, une odeur de soufre et d’ozone et soudain… Le feu !

Le soleil a chassé l’obscurité et les nuages. Nous n’osons approcher de cet arbre qui se tortille encore dans les couleurs de rouge, de jaune, d’orange et de vert. Le chef se décide, il tend la main et la retire vivement avec un cri de douleur. De son os de défense, il frappe et refrappe le nouveau monstre qui vient de le mordre. Aucune réaction, alors il s’engaillardit, il tend à nouveau la main vers  les flammes et sent cette chaleur qui monte vers son poignet, vers son sang. Il nous crie de nous approcher et, serrés les uns contre les autres, nous obéissons malgré nos jambes flageolantes et notre ventre contracté. Plus tard nous emporterons notre nouveau dieu dans notre grotte, il nous protégera du froid, des bêtes féroces. Il nous donnera la lumière. Notre dieu Feu nous éclairera.

Le disque solaire est partout autour de nous. L’Egypte lui est entièrement consacrée, ainsi l’a voulu notre maître Akhenaton bien après que notre empire eut été soumis aux dizaines de dieux voulus et imposés par les prêtres qui y voyaient une source inépuisable de profits. Des dieux partout, des dieux innombrables, des dieux partout, pour tout, des dieux pour tous, comme en Mésopotamie, comme au royaume hittite, comme chez les Hourrites et les peuples au-delà des mers.

Tellement de dieux. Partout des dieux, dans chaque pays, chaque ville, chaque quartier, chaque maison, des dieux, encore des dieux. Les uns grands et puissants, les autres petits mais détenant aussi des pouvoirs. On ne savait pas trop lesquels ils avaient car c’était très complexe, mais ils en avaient. Les hommes ont toujours cru que les dieux avaient des pouvoirs sur eux. Les dieux n’avaient-ils pas fabriqué les hommes ? En ces temps des ancêtres, chaque peuple honorait ses propres dieux et tous les peuples respectaient les dieux des autres peuples. Les guerres avaient lieu pour la terre, pour l’eau, pour le bétail et le métal ou pour les femmes. Elles étaient terribles et les massacres étaient chose commune. La vie des hommes n’avait pas de valeur, seule la vie des dieux était importante. Des villes étaient construites, des villes étaient rasées jusqu’au sol. Des moissons naissaient, des moissons brûlaient. Des hommes voulaient créer mais des hommes ne voulaient que détruire. Certains vénéraient les dieux d’autres se vouaient aux démons. Des êtres bons, des êtres mauvais. L’humanité en marche, la bestialité encore. Femmes, enfants, bétail, nul n’était épargné. Mais sur la terre entre la mer du sud et la mer intérieure, de Memphis à Syène, de Babylone à Harran, jamais personne, non jamais personne, n’avait encore fait de guerre au nom de Dieu.

Puis vinrent des hommes qui ne savaient pas lire mais qui croyaient qu’un livre leur avait été envoyé par leur dieu. Un livre parfait, splendeur des splendeurs qui les guiderait vers leur dieu à condition de respecter tout ce qui était écrit dans le livre qu’ils n’avaient pas lu, à condition de croire tout ce que ceux qui avaient lu le livre leur disaient de croire. Pour être certains d’être crus, ces derniers créèrent  un monde simple de licite et d’illicite. Un monde simple pour des gens simples. Ils décidèrent que leur monde devrait être le monde de tous, que tous devaient vivre dans leur monde ou mourir. Ils firent des guerres au nom de leur dieu. Depuis ce temps, le monde meurt. Depuis ce temps les hommes se regroupent dans leurs cavernes et l’obscurité règne de nouveau.

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8 Commentaires

  1. merci hoplite.parfois je me dis qu’a lascaux je serai plus heureuse.quant à ce livre fait pour des paresseux et fornicateurs à detruire.

    • 🙂
      surtout si vous avez un tempérament artistique !
      Certains de ces  » préhistoriques  » artiste ont peint des chef d’œuvre sur les parois de pierre
      IIs avaient le temps et la possibilité de chercher , de découvrir, les ingrédients dans la nature,pour composer leur couleurs, en faisant fi des prédateurs féroces
      Ils avaient du temps pour ça ! Et la tribu ( si tenté qu’il y avait une tribu ?!… ) approuvait
      Et ils ont peint cela de main de maître, dans une quasi obscurité ! ( comment ont ils fait pour peindre ? …)
      Et ces peintures ont résistées des milliers d’années !
      ( Aujourd’hui le vrai Lascaux est fermé au public,car les émanations carbonique de la respirations des visiteurs corrodent les peintures rupestres.. )
      Mais le plus extraordinaire, est que certaine de ces peintures rupestres sont des code astrologiques, des représentations symboliques de partie ( constellations ) du ciel de l’ époque !…
      Vachement fort pour des caverneux préhistoriques, casseurs de cailloux…

  2. merci hoplite pour ce texte.souvent je me dis que les humains de lascaux étaient plus heureux que nous .quant à ce livre fait pour les males paresseux et fornicateurs la chienlit de l’humanité à supprimer.

    • malgré tout ma chère Pirlouit je préfère vivre en 2016 avec les acquis de la civilisation qu’être une bête préhistorique avec la vie que cela suppose…

  3. merci hoplite votre texte est magnifique. et merci la foudre et le ou les humains qui ont compris que la viande cuite soit plus gouteuse au milieu de l’incendie.quant à ce livre pathétique l’interdire point .

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