Le directeur de L’Orient-Le Jour, Anthony Samrani, écrit depuis Beyrouth: « La France se regarde dans le miroir et ne se reconnait plus ».
Il a mille fois raison. Mais pas pour les raisons qu’il croit.
Quand un Libanais vous dit ça, il faut l’écouter très attentivement. Le Liban, c’est la préfiguration de ce que la France est en train de devenir. C’était la Suisse du Moyen-Orient, l’État multiculturel par excellence, maronite, sunnite, chiite, druze, orthodoxe, tous ensemble, banques, universités francophones, dette pour acheter la paix sociale. Ça vous rappelle quelque chose?
Et puis un jour, le miroir s’est brisé. L’État n’a plus été capable de dire qui est Libanais et qui ne l’est pas. De lever l’impôt. De couper le courant. D’assurer la sécurité. Chaque communauté a fait sa loi, sa milice, son frigo, son école. On a appelé ça la « diversité ». C’était la libanisation.
Alors quand Samrani nous regarde, qu’est-ce qu’il voit?
Il voit une France qui doute, qui râle, qui a peur. Il voit des Français qui touchent encore des allocs, qui ont encore la Sécu, et qui osent se plaindre. Il se dit: enfants gâtés !
Moi, je vois l’inverse. Je vois des Français qui se regardent dans le miroir et qui ont enfin le courage de dire : ce visage n’est plus le mien. Ce n’est pas de l’ingratitude, c’est de la lucidité.
Ils ne se reconnaissent plus dans les 80% de repas halal en prison pendant le Ramadan. Ils ne se reconnaissent plus quand on leur explique que dire qu’il y a un problème avec les codes vis-à-vis des femmes ce serait de l’extrême droite. Ils ne se reconnaissent plus quand leur pouvoir d’achat fond mais que la facture de l’État-providence pour 6 millions de chômeurs et d’immigrés récents explose.
On leur dit : vous êtes gâtés, baissez la tête, ouvrez vos maisons, ouvrez vos frigos, et surtout ne dites rien.
Mais le Libanais devrait être le premier à nous dire : ne faites pas comme nous. N’achetez pas la paix sociale à crédit. Ne laissez pas vos politiques vous dire que tout va bien aller parce que vous avez encore des allocs.
Le jour où le Liban n’a plus eu de dollars pour payer, il n’y a plus eu d’électricité. Le jour où la France n’aura plus de quoi emprunter à 3%, il n’y aura plus d’allocs du tout.
Samrani croit nous donner une leçon de morale. En réalité, il nous tend un miroir brisé. Et dans ce miroir brisé, on voit notre avenir si on continue.
Non, nous ne sommes pas des enfants gâtés. Nous sommes des enfants en train de comprendre que leurs parents ont hypothéqué leur maison pour faire croire qu’ils étaient encore riches.
Et c’est bien pour ça qu’on se plaint. Avant qu’il ne soit trop tard.
Christine Tasin
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Votre conclusion pleine de bon sens est lumineuse. Merci de tous nous éclairer !