« La faim a augmenté de 58% » : l’échec de l’agrobusiness de Bill Gates en Afrique

Vingt ans après la création de l’Alliance pour une révolution verte en Afrique, les résultats de la stratégie agricole appuyée notamment par la Fondation Gates alimentent un débat de fond sur la souveraineté alimentaire du continent.

Agrobusiness de Bill Gates en Afrique – Une analyse récente, « Requiem for the Green Revolution in Africa » (Requiem pour la Révolution verte en Afrique, ndlr), fondée sur des données de la FAO relève une hausse de 58% du nombre de personnes en situation de sous-alimentation dans les 13 pays prioritaires de l’Alliance depuis 2006.
Ce constat ne permet pas, à lui seul, d’attribuer l’augmentation de la faim aux programmes agricoles financés par des fondations privées. Conflits, chocs climatiques, inflation alimentaire, pauvreté, croissance démographique et accès inégal aux marchés pèsent fortement sur la sécurité alimentaire.
Mais l’écart entre les ambitions initiales et les résultats disponibles interroge l’efficacité d’un modèle reposant largement sur les semences commerciales, les engrais de synthèse et la production orientée vers le marché.

Vingt ans de promesses et de résultats limités

L’Alliance pour une révolution verte en Afrique, connue sous l’acronyme AGRA, a été lancée en 2006 avec le soutien de la Fondation Bill & Melinda Gates et de la Fondation Rockefeller. Son objectif était de soutenir les petits producteurs africains, d’améliorer l’accès aux semences, aux engrais, au crédit, aux infrastructures et aux débouchés commerciaux.
La promesse affichée était ambitieuse: accroître fortement les rendements et les revenus agricoles tout en réduisant l’insécurité alimentaire. Or, selon une évaluation récente portant sur les 13 pays où l’organisation a concentré son action, les rendements des principales cultures vivrières n’ont progressé que de 25% entre 2006 et 2024, soit environ 1,2% par an.
Cette progression est jugée insuffisante par les critiques du programme, au regard de l’objectif de doublement des rendements. Les données montrent également que l’utilisation d’engrais a plus que doublé et que les surfaces cultivées ont augmenté de 46%, sans que le gain de productivité agricole ne suive au même rythme.

La faim progresse dans les pays ciblés

Le chiffre le plus marquant concerne la sous-alimentation. Dans les 13 pays étudiés, le nombre de personnes durablement sous-alimentées serait passé d’environ 94,6 millions sur la période 2004-2006 à 149,6 millions entre 2022 et 2024, soit une hausse de 58%.
Ces pays comprennent notamment le Kenya, la Tanzanie, l’Ouganda, le Rwanda, l’Éthiopie, le Nigeria, le Ghana, le Mali, le Burkina Faso, le Niger, le Malawi, le Mozambique et la Zambie. Le Nigeria, par son poids démographique, représente une part importante de cette aggravation régionale.
Selon Le Monde Diplomatique, les chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine, réunis à Malabo (Guinée-Équatoriale) en 2014, s’étaient ainsi engagés à « éliminer la faim » d’ici à 2025.
Pour y parvenir, ils recommandaient d’« accélérer la croissance agricole en doublant au moins » les niveaux de productivité grâce, entre autres, aux intrants : fertilisants, pesticides et semences dites « améliorées », une approche est également promue, depuis 2006, par l’influente Fondation Bill et Melinda Gates (BMGF) sous la bannière de l’Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA). Résultat : la faim a progressé dans les régions adoptant ce modèle.

Des cultures traditionnelles reléguées

Le débat porte aussi sur les choix de production encouragés. Les politiques agricoles inspirées de la révolution verte ont souvent privilégié le maïs, le riz et certaines cultures commerciales, avec des variétés améliorées et des intrants achetés. Cette orientation a pu favoriser l’accès à des marchés et à des technologies pour certains producteurs.
Mais elle a aussi suscité des critiques, notamment lorsqu’elle s’est traduite par une moindre place accordée au mil, au sorgho, aux légumineuses, aux racines et aux tubercules. Ces cultures sont pourtant essentielles dans de nombreuses régions pour leur résistance relative à la sécheresse, leur valeur nutritionnelle et leur adaptation aux pratiques paysannes locales.
L’analyse présentée à Dakar indique que les rendements du maïs ont augmenté d’environ 40%, mais dans un contexte d’extension de 71% des surfaces qui lui sont consacrées. Dans le même temps, les rendements du mil, des racines et tubercules ainsi que de l’arachide ont reculé dans les données citées, selon Off Investigation.

Les OGM, un bilan encore incertain

La question des organismes génétiquement modifiés occupe une place particulière dans cette stratégie. Une enquête de Reporterre rappelle que les financements consacrés à la recherche sur les semences génétiquement modifiées destinées à l’Afrique ont atteint au moins 400 millions de dollars entre 2001 et 2022, dont 223 millions provenant de la Fondation Gates.
Reporterre souligne que la majorité des projets n’a pas débouché sur des produits effectivement commercialisés ou largement adoptés par les agriculteurs. Selon le mBio project cité dans l’enquête, 60% des projets de recherche publique sur le continent auraient été abandonnés.
Joeva Sean Rock, chercheuse à l’université de Cambridge, résume l’une des difficultés: « Les projets sont souvent organisés en fonction de ce qu’une entreprise privée peut offrir — et pas nécessairement de ce dont les agriculteurs africains ont besoin ou veulent — et peuvent donc conduire à des priorités mal adaptées. »

Des défenseurs du modèle toujours mobilisés

Les partisans des biotechnologies et des semences améliorées répondent que l’innovation agricole reste indispensable face au dérèglement climatique, aux ravageurs et à la faiblesse des rendements. L’African Agricultural Technology Foundation défend notamment une « Afrique prospère et sûre sur le plan alimentaire, où les moyens de subsistance des petits exploitants sont transformés grâce à des technologies agricoles innovantes ».
Cette position souligne que les performances agricoles dépendent aussi de l’irrigation, des routes, du stockage, de l’assurance, de l’accès au crédit et de politiques publiques stables. Les technologies ne constituent donc qu’un outil parmi d’autres, et leur efficacité varie selon les territoires, les cultures et les conditions économiques.
L’enjeu, pour les gouvernements africains comme pour les bailleurs internationaux, consiste désormais à mieux articuler innovation, autonomie des producteurs, agroécologie, préservation des semences locales et adaptation climatique. La hausse de la sous-alimentation dans les pays ciblés ne prouve pas que chaque investissement a échoué, mais elle montre que les objectifs de transformation et de réduction de la faim n’ont pas été atteints à l’échelle annoncée.

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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3 Commentaires

  1. Le problème africain est le refus culturel de la contraception.
    Le Tchad voit la pluviométrie en hausse .
    Récoltes records