Des connaissance me demandent régulièrement: vous qui avez pratiqué la médecine tant d’années quels examens de dépistages, pour votre santé, avez-vous fait une fois ou régulièrement?
Aucun sauf un seul que, du reste, jamais aucun généraliste ne m’a recommandé, pas plus qu’à un proche, à ma connaissance. Expérience faite et observant l’évolution de la médecine ces dernières 25 années, je reste convaincu que l’élitisme est vital en médecine parce que, bien que fondée sur des sciences comme la biologie, la biochimie, la physiologie, la physiopathologie, l’anatomie, l’histologie, la pharmacologie, la statistique… la médecine reste un art qui commence par une anamnèse et un examen clinique soigneux, non pas en arrosant le patient d’examens de laboratoire, d’examens histologiques, d’examens d’imagerie médicale, de biopsies… Tant que je n’ai pas de symptômes cliniques et/ou de signes physiques à l’examen clinique, je choisis de ne rien faire et de profiter de la vie.
Vu que j’ai été opéré de cataracte de mon bon et de mon mauvais oeil, je vois de temps à autre l’ophtalmologue qui m’a opéré pour contrôler l’évolution de mes deux implants artificiels et surtout pour qu’il contrôle ma pression oculaire, soit un simple examen clinique. Pourquoi ? Parce que le glaucome étant une maladie asymptomatique, à ses débuts le dépistage régulier tous les deux trois ans est la seule arme pour le prévenir et stopper la perte de vision irréversible qu’il provoque.
En outre, vu que moi-même et mon épouse également médecin sommes octogénaires nous faisons régulièrement le test de Amsler pour lequel nous avons une impression de sa grille dans notre salon. Le test de la grille d’Amsler est un outil d’auto-évaluation rapide, simple et gratuit utilisé pour dépister et suivre les anomalies de la vision centrale. Il sert principalement à détecter précocement la Dégénérescence Maculaire Liée à l’Âge (DMLA) ou d’autres affections de la macula, la zone centrale vitale de notre rétine. Lorsque vous faites ce test, il est indispensable de tester un œil à la fois, car lorsque les deux yeux sont ouverts, le cerveau compense et masque les anomalies visuelles d’un œil défaillant.
Tendance commune observée pour ces nombreux et coûteux dépistages
Elle est en gros la suivante:
1. Le seuil
La limite qui sépare les personnes en bonne santé des malades est fixée par un comité, et non par la biologie. Pour chaque catégorie de dépistage, ce seuil a été progressivement abaissé par des groupes d’experts dont les membres entretiennent des liens financiers avec les industries des médicaments et des techniques utilisées pour traiter la pathologie ainsi redéfinie: groupe d’experts concernant le cholestérol en 1988, groupe d’experts de l’OMS concernant la densité osseuse de 1994, seuil fixé en 2003 par l’Association américaine du diabète pour l’intolérance au glucose à jeun, révision successives de l’American College of Cardiology pour l’hypertension, seuil abaissé du PSA, OMS pour la généralisation du test PCR en 2020, un test que son inventeur lui-même ne recommandait pas pour diagnostiquer une maladie! Chacune de ces révisions transforme du jour au lendemain des millions de personnes en bonne santé en patients, alors que rien ou pas grand chose n’a changé à l’intérieur des corps de ces derniers. Bref, les valeurs seuil manipulées, le surdiagnostic, les effets en cascade et les faux marqueurs ne sont le plus souvent pas ce que votre médecin croit et vous affirme.
En 1960 quand, je faisais mon deuxième propédeutique à la Faculté de médecine, notre célèbre Professeur de physiologie Alfred Fleisch, (médecin et ingénieur EPFL) nous a donné un cours d’introduction aux statistiques médicales en nous soulignant que les futurs médecins devraient se perfectionner dans ce domaine, sans quoi on leur ferait faire bien des erreurs. Visionnaire, il avait raison. J’ai alors compris qu’il n’est pas donné à tous d’interpréter les statistiques de manière correcte, et même dans ce cas les solutions avancées peuvent en fait être complètement fausses. Ces dernières années, en milieu hospitalier, comme patient, j’ai eu affaire à des médecins en formation postgraduée qui ne lisent et n’analysent plus des publications scientifiques. Ils m’ont paru addicts à l’intelligence artificielle et à Tik Tok.
2. L’argument en faveur du dépistage précoce
Selon cet argument, plus tôt on détecte une maladie, plus c’est bénéfique pour le patient. Cet argument intuitif ne tient pas la route face aux preuves. Il part du principe que tout ce qui est qualifié de cancer, de lésion précancéreuse ou de pathologie va évoluer dramatiquement: les données d’autopsie indiquent le contraire. Il part du principe que détecter davantage de pathologies revient à prévenir davantage de dommages: les données de mortalité indiquent le contraire. Il part du principe que les personnes qui fixent les seuils sont désintéressées: leurs déclarations d’intérêts indiquent le contraire.
C’est toute l’histoire du biais du survivant. ( https://resistancerepublicaine.com/2026/06/21/comment-le-biais-du-survivant-peut-vous-induire-en-erreur/)
Le noeud du problème, à mon avis, c’est cette vision technocratique malsaine du monde, où des politiciens et des fonctionnaires qui ne sont que des pousse-crayons imaginent, avec la complicité de médecins et d’autres universitaires, que la science est claire et nette, qu’elle tranche entre le bien et le mal comme un couteau alors que c’est toujours beaucoup plus complexe et flou.
Quelques exemples sans entrer dans les détails
Pour les principaux programmes de dépistage tels que la douloureuse et irradiante mammographie pour le cancer du sein, dosage de la PSA pour la prostate, frottis cervical pour le cancer du col, colonoscopie pour le cancer du gros intestin, scanner pulmonaire pour un cancer pulmonaire… la population dépistée vit-elle effectivement plus longtemps que la population non dépistée? Non, le bénéfice disparaît en grande partie. La statistique mise en avant par ces programmes de dépistage est la mortalité spécifique à la maladie soit les décès dus à la maladie que le test de dépistage vise à détecter. La statistique que les médecins passent sous silence et qui m’importe, est la mortalité toutes causes confondues, soit le fait de savoir si le groupe dépisté, pris dans son ensemble, vit vraiment plus longtemps. Ces deux chiffres de mortalité ne sont pas identiques. Il est possible de réduire les décès dus à une maladie donnée tout en conservant un nombre total de décès inchangé, soit parce que le traitement a tué autant de personnes qu’il en a sauvé, soit parce que la maladie détectée n’aurait de toute façon jamais causé de décès.
Dépistages multiples = dépenses multiples
Autrement dit, et c’est ce qui me parait important, si je m’étais soumis à tous ces dépistages « recommandés », je n’aurais pas vécu plus longtemps! Mais pour atteindre mes 88 ans actuels j’aurais dû passer bien des années de ma retraite , voire même avant, à me transformer en un patient à risque, un hypochondriaque sous surveillance médicale, à être irradié, à subir des biopsies, des interventions chirurgicales et des traitements médicamenteux pour des affections qui ne m’auraient finalement pas causé de préjudices.
Quelques sujets à aborder avec votre médecin dépisteur
Avant de vous laisser convaincre de faire tout choix en médecine, demandez-vous ce que vous ne voyez pas. Pour chaque prise de décision commencez par considérer ce qui manque. Réfléchissez aux données qui n’ont pas « survécu ». Rechercher ces points de données manquants, vous permettra d’avoir une vision globale exhaustive nécessaire à une meilleure compréhension. Vérifiez vos sources de données. En vous assurant que vos sources de données sont conçues pour garantir l’exactitude et n’omettent pas les observations critiques qui modifieraient les résultats d’analyse ou la prise de décision, vous serez également en capacité de réduire le risque de biais du survivant.
Si votre médecin adepte de la via positiva vous propose un dépistage, forcez-le à obtenir de vous un consentement libre et éclairé en lui posant quelques questions qu’il aurait dû, lui, se poser lorsqu’il lisait les recommandations de ses experts favoris concernant ce dépistage.
1. Mortalité spécifique à la maladie versus mortalité toutes causes confondues
Seule la mortalité toutes causes confondues révèle si le programme de dépistage, pris dans son ensemble, a prolongé la vie. Les études contrôle qui font état de réductions spécifiques à la maladie sans réductions correspondantes de la mortalité toutes causes confondues signalent en réalité une redistribution des décès.
2. Biais lié au délai de détection.
Un cancer qui aurait entraîné le décès à 70 ans apparaît comme un cas avec une survie à trois ans s’il est détecté à 67 ans à la suite de symptômes cliniques et comme un cas avec une survie à sept ans s’il est détecté à 63 ans grâce à un ou plusieurs examens de dépistage. Le patient décède au même âge dans les deux cas, le compte à rebours a simplement commencé plus tôt. Les statistiques de survie à cinq ans, le grand argument invoqué pour démontrer le succès d’un dépistage, sont inévitablement améliorées par une détection précoce, même lorsque votre vie n’est pas prolongée d’un seul jour!
3. Biais de durée.
Les cancers agressifs se développant rapidement, ils deviennent symptomatiques entre deux dépistages et sont détectés chez le patient lors d’une consultation plutôt que par exemple en radiologie. Les cancers indolents, eux, persistent pendant des années au stade détectable, ce qui en fait des cibles faciles. pour le dépistage. Autrement dit, les cancers que le dépistage détecte en priorité sont ceux qui ont le moins de chances d’entraîner la mort. Ceux qui ont le plus de chances d’entraîner la mort échappent au dépistage et son diagnostiqués par la clinique.
4. Le surdiagnostic et le « réservoir des autopsies » qui le sous-tend.
Environ 40 à 70 % des hommes âgés présentent un cancer de la prostate à l’autopsie, alors que seuls environ 3 % en meurent. Jusqu’à 39 % des femmes d’âge moyen présentent des signes de cancer du sein à l’autopsie alors que le risque de décès lié à cette maladie au cours de la vie est inférieur à 4 %.
5. Le réservoir des anomalies détectables mais inoffensives est immense.
Chaque test de dépistage y puise. Chaque personne qui en est issue devient un patient atteint d’un cancer ou d’une pathologie qui ne peut que subir les effets néfastes du traitement, car elle n’a jamais été à risque.
Conclusion
Autrement dit pour moi, tous ces examens de dépistages que mes confrères et les industries de la santé recommandent servent avant tout à « fabriquer » de nombreux patients pour les médecins adeptes de la via positiva, les laboratoires d’analyse, les instituts d’imagerie médicales, les hôpitaux et cliniques… Plus les gens deviennent des patients hypochondriaques mieux c’est pour la médecine commerciale pratiquée par bien trop de médecins adeptes de la via positiva.
Si vous ne me croyez pas, courez prendre rendez-vous pour faire d’abord un check-up corporel (IRM de votre corps entier). Un Institut privé d’imagerie médicale vous le vendra comme LE gage de longévité. Les médecins vous trouverons alors bien des anomalies qui déclencheront d’autres examens de dépistages et quelques biopsies.
PD. Dr. méd. Dominique Schwander
juin 2026
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Bonjour, très bon article! Je suis totalement d’accord avec cette réflexion. Merci et bonne journée
Encore un article intéressant sur la santé.Si on résume,tout homme(ou femme)bien portant est un malade qui s’ignore.J’ai bien fait jusqu’à présent de faire confiance en mes intuitions,quand je vois le nombre de médicaments que certains de mes clients prennent,un copain cardiaque entre autre,me disait dernièrement qu’il prenait 18 médicaments par jour.Il faut se soigner si il y a un problème bien sur,mais si on écoute trop son docteur,entre les prises de rendez vous divers,et les visites,ça devient vite un travail à temps complet.Qui vivra verra,continuons à vivre notre vie,en pretant attention à notre corps et à notre esprit.Je suis allé voir mon mèdecin il y a quelques temps,elle voulait que je me vaccine pour telle ou telle chose,des examens,j’ai fini par lui dire que tout homme bien portant est un malade qui s’ignore,sa réponse,vous n’avez pas tort?
« IRM DU CORPS ENTIER »?? Je répète ce qu’un spécialiste vient de me dire: » je vous prescris IRM sachant qu’à 25 ans vous avez une IRM complète, à 45 ans une moitié ….alors à votre âge…. »!