Eloge de la paresse… Requiem pour un râteau !

Requiem pour un râteau.

Ou comment transformer sa propriété en zone sinistrée tout en se donnant bonne conscience.

Vous avez un jardin ? Vous avez alors potentiellement un gros problème.

En effet, entre vos mains de néophyte inconscient, un génocide involontaire s’opère probablement à coups de râteau, de balai de sécateur ou de tondeuse.

Heureusement, les apôtres de l’éco-jardin veillent.

Et ils ont la solution : ne rien faire.

Ou plutôt, et la nuance est capitale, ne rien faire intentionnellement. Ce qui est très différent de la paresse, vous en conviendrez.

Voici donc le guide complet du jardin parfait, tel que le préconisent nos experts.

Le tas de feuilles mortes constitue votre premier investissement sérieux. Disposez-le stratégiquement devant l’entrée du garage, de préférence là où votre belle-mère pose habituellement ses valises. Il accueillera le hérisson, animal totem, dont la présence dans votre jardin sera le meilleur gage de votre vertu environnementale auprès du voisinage.

Peu importe que ledit hérisson finisse sous les roues de votre Zoé électrique: son sacrifice n’en sera que plus édifiant.

Le tas de branches mortes mérite quant à lui une position d’honneur au centre de la pelouse. Il constitue, paraît-il, l’habitat du lucane cerf-volant, magnifique coléoptère dont vous ne croiserez jamais le moindre spécimen en quarante ans de jardinage mais dont l’existence supposée justifie amplement l’aspect de votre jardin après un bombardement.

La vieille souche que vous vous apprêtiez à arracher ce week-end ? Renoncez-y ! Elle abrite des « décomposeurs et larves auxiliaires ».

Que ces larves auxiliaires puissent être celles du hanneton, dont les vers blancs dévasteront méthodiquement vos racines de rosiers au cours des trois prochaines années, n’est qu’un détail négligeable.

Le coin d’orties est présenté comme « plante hôte de 4 papillons ». Elle constitue par ailleurs un réservoir de choix pour Myzus persicae  ( le puceron vert du pêcher ), capable d’attaquer plus de 400 espèces végétales et de transmettre une centaine de virus phytopathogènes — ainsi que pour le tétranyque tisserand (Tetranychus urticae), dont le nom d’espèce indique assez clairement à quel hôtel il loge habituellement.

Les quatre papillons, eux, viendront peut-être.

Ou jamais.

La mare laissée trouble pour les larves de libellules est une idée charmante. Elle accueillera effectivement des larves de libellules ainsi que des larves de moustiques tigres, vecteurs potentiels de la dengue, du chikungunya, de Zika.

Après tout, virus et arbovirus ne font-ils pas partie du vivant? Au nom de quel antispécisme devrait-on les éradiquer?

La même bonne idée est sous-jacente pour la bassine d’eau susceptible d’héberger des Anophèles vecteurs du paludisme pour nos lecteurs guyanais ou mahorais. Les plasmodium ont eux aussi une place légitime dans la perspective de la défense de la biodiversité.

Le mur en pierres sèches, « niche d’osmies cornues » selon notre infographie, est effectivement un excellent habitat pour les abeilles solitaires. Il l’est tout autant pour les vipères aspic, les scorpions dans le Sud, et diverses araignées dont la morsure vous vaudra une consultation aux urgences de Dijon un dimanche soir de juillet.

Les tiges sèches debout constituent des « refuges hivernaux des coccinelles ». Certes. Elles constituent également des refuges hivernaux des pucerons, dont les œufs survivent très confortablement dans les creux des tiges en question pour éclore au printemps avec une appétence remarquable pour vos rosiers.

La vieille planche au sol est présentée comme « abri des cloportes ». Information rigoureusement exacte — les cloportes s’y installent rejoints par leurs cousins éloignés les termites si vous habitez au sud de la Loire.

Le vieux compost ouvert attirera très efficacement rats et souris sans lesquels l’aspect bucolique de votre jardin ne saurait être garanti.

Le carré de boue enfin, « matériau du nid d’hirondelle », ne saurait être contesté. Les hirondelles construisent effectivement leurs nids avec de la boue.

Elles le font généralement sous votre avant-toit, et décorent le crépi de votre façade de fientes aussi abondantes que magnifiques dont le nettoyage vous occupera agréablement chaque printemps.

 

Il est regrettable cependant que ce guide du parfait jardinier écologiste ait omis des aspects essentiels:

Cadavre d’animal domestique non enterré.

Ne confiez plus le cadavre de votre chien à votre vétérinaire pour une incinération au bilan carbone désastreux. Ce cadavre doit être considéré comme une ressource nécromassique en décomposition aérobie. Ceci constitue une étape indispensable du cycle de la matière, le cadavre en décomposition s’avérant une ressource trophique pour une succession d’espèces nécrophages: calliphoridés en phase initiale, silphidés et dermestidés en phase intermédiaire, acariens et collemboles en phase terminale.

Imaginez les yeux émerveillés de vos petits-enfants se délectant du grouillement d’asticots sur le corps de Médor!

Par ailleurs on ne peut que regretter qu’en France l’inhumation sans cercueil soit interdite par la loi : le cercueil reste obligatoire que l’on opte pour une inhumation ou pour une crémation.

Imaginez les perspectives si l’humusation ou « terramation »[1] était enfin légalisée! La dépouille de Mamie pourrait être disposée sous une élégante couche de Miscanthus, juste à côté de Médor qu’elle aimait tant et qui lui rendait bien.

Imaginez également les litres de terreau que vous pourriez ainsi récupérer pour amender votre potager bio! Ce seraient les racines des pissenlits qui mangeraient Mamie, et non l’inverse.

Fort heureusement, la perspective devient envisageable. En effet, une proposition de loi visant à expérimenter l’humusation a été déposée en janvier 2023 par la députée Élodie Jacquier-Laforge (MoDem), mais elle n’a pas encore été soumise au vote. La terramation pourrait être considérée comme compatible avec le droit français moyennant la simple mise à jour du décret du 27 avril 1889.

Un décret de 1889!  Voilà qui donne la mesure de l’archaïsme législatif que dénoncent les écologistes dont le côté visionnaire dont le sens de l’anticipation force l’admiration.

Vous pouvez faire évoluer la situation : Adhérez! Adhérer Humo Sapiens

Tas d’excréments humains que l’on doit envisager comme un dépôt coprologique non traité.

Il suffit d’installer une chaise percée dans un coin du jardin. Investissement des plus modestes pour bénéficier d’un biotope de prédilection d’une multitude d’insectes, dont les larves constituent une ressource protéique de premier ordre pour la faune.

Cet habitat est également optimal pour la maturation des œufs d’Ascaris lumbricoides et autres helminthes intestinaux dont la réintroduction dans les écosystèmes domestiques participe à l’enrichissement du microbiome humain, hélas trop appauvri par une hygiène excessive.

Si le tas devient trop important et que l’on marche dedans, il suffit de déplacer la chaise.

Voilà comment, à peu de frais et au moindre effort, on réconcilie jardinage et biodiversité…

Comprenons-nous : ménager des espaces pour la faune auxiliaire est une excellente idée, défendue depuis des décennies par des agronomes et des entomologistes sérieux.

C’est une bien moins bonne idée de présenter le laisser-aller généralisé comme une stratégie écologique cohérente, en occultant soigneusement les inconvénients de chaque recommandation .

Hélas, idéaliser la nature est le pilier central de la pensée des écologistes urbains.

[1] Processus de décomposition d’un corps au contact direct de la terre. Cette technique est un des combats de certains mouvements écologistes à la pointe du progrès.

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1 Commentaire

  1. Encore faut-il avoir un jardin de bonne taille à la campagne. Je suppose que les écolos parlent de leurs résidences secondaires.