Le Soleil des Voyous (1967) : le chant du cygne d’une certaine France

Il est des films qui, dès les premières notes de musique, nous ramènent à une époque que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. Le Soleil des Voyous, réalisé par Jean Delannoy en 1967, est de ceux-là.

La musique de Francis Lai : 

C’est un film qui fleure bon la France des Trente Glorieuses, celle des zincs où l’on refaisait le monde et des nationales bordées de platanes.

Extrait : 

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Gabin : la majesté du « Patron »

 

Retrouver Jean Gabin dans le rôle de Denis Ferrand, c’est retrouver un vieil oncle dont on admire l’autorité tranquille. Pour son sixième film avec Delannoy, le « Vieux » n’a plus rien à prouver. Il impose son rythme, sa silhouette massive et son regard bleu acier qui, d’un simple froncement de sourcil, remet n’importe qui à sa place.

Pourtant, une petite ombre planait au début du tournage : l’arrivée de Robert Stack. La star d’Hollywood, l’inoubliable Eliot Ness des Incorruptibles, était pétrifiée à l’idée de donner la réplique à notre légende nationale. La petite histoire raconte que Gabin l’a observé en silence pendant deux jours avant de lui lâcher, dans un anglais de bar-tabac : « Good actor ». La glace était brisée, l’amitié scellée. On aurait pu avoir Belmondo (pressenti pour le rôle), mais ce duo de « vieux briscards » transatlantiques donne au film une noblesse incomparable.

Atmosphère !

Gabin, Francomme, Musson

Marcel Cuminatto qui joue aux dés

Revoir ce film (sorti en…mai 1967 !) aujourd’hui, c’est s’offrir une parenthèse enchantée avant le tumulte de Mai 68. C’est le plaisir de revoir les DS noires glisser sur le pavé et d’entendre une langue que l’on n’entend plus : celle d’Alphonse Boudard.

Ancien détenu lui-même, Boudard n’écrivait pas pour les dictionnaires, mais pour les hommes de terrain. Gabin l’adorait, car il savait que chaque réplique sonnait juste. Quand il lance :

« Quand on a fait vingt ans de placard comme moi, on n’a plus envie de jouer aux billes avec des amateurs »,

ce n’est pas du cinéma, c’est une vérité qui sent le vécu.

Un casse de haute école

Le scénario nous entraîne dans un hold-up préparé avec une minutie d’horloger. Ici, pas d’effets spéciaux numériques ou de montages épileptiques. Delannoy prend le temps de poser son cadre, de laisser vivre ses personnages. On apprécie ce titre, d’ailleurs choisi par Gabin lui-même : il préférait Le Soleil des Voyous au trop sombre Temps des Voyous initialement prévu, trouvant qu’un peu de lumière ne gâchait rien à la tragédie.

Le Soleil des Voyous est un remède à la mélancolie. C’est un cinéma de métier, fait par des artisans qui aimaient le travail bien fait et la parole tenue. C’est aussi un film sur la fidélité en amitié, celle qui ne s’essouffle pas avec les années.

S’asseoir devant ce classique, c’est retrouver le confort d’un vieux fauteuil de cinéma : on sait qu’on est entre de bonnes mains et que, malgré les sirènes de police à la fin, la classe, elle, reste éternelle.

Margaret Lee

Robert Stack et Margaret Lee

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