Mardi de l’archéologie – Égypte : un mystérieux sanctuaire de l’eau mis au jour à Péluse

Égypte : un mystérieux sanctuaire de l’eau mis au jour à Péluse 

Par Stéphanie Durand-Gallet

Une mission archéologique égyptienne a découvert dans l’antique cité de Péluse (Pelousion en grec, Tell El-Farama en arabe) les vestiges d’un complexe religieux atypique consacré au dieu local Pélusios et doté d’un spectaculaire bassin central de 35 mètres de diamètre. 

Une cité au carrefour d’influences multiples
Située à l’extrémité orientale du delta du Nil, face à la Méditerranée, Péluse occupait durant l’Antiquité une position stratégique, à la fois verrou défensif contre les invasions venues du Proche-Orient et carrefour commercial (notamment pour le lin et la bière). Cette situation, à la croisée de multiples influences culturelles, se retrouve dans l’architecture du complexe religieux fouillé depuis maintenant six ans, qui mêle traditions égyptiennes et apports hellénistiques et romains.

Un bassin monumental
L’élément le plus frappant du site se révèle être un vaste bassin circulaire d’environ 35 mètres de diamètre. Reliée à un bras du Nil, cette structure se remplissait régulièrement d’eau chargée de limon, laissant suggérer des rituels associés aux cycles naturels du fleuve.

Vue du bassin central de 35 mètres de diamètre. © Ministère du Tourisme et des Antiquités
Le dieu de la boue
Une plateforme carrée située au centre du bassin accueillait probablement une statue monumentale du dieu Pélusios. Le nom de cette divinité dérive d’ailleurs du grec pelos, qui signifie « boue », soulignant son lien direct avec les crues du fleuve et leur pouvoir régénérateur.

Un système hydraulique sophistiqué
Autour du bassin, les archéologues ont dégagé un réseau élaboré de canaux et de citernes destinés à réguler l’entrée et la sortie de l’eau. Ce système hydraulique sophistiqué indique un niveau avancé de maîtrise technique et confirme que l’eau n’avait pas ici un simple rôle ornemental.

Le rituel de l’eau
Les archéologues estiment que les cérémonies impliquaient des cycles de remplissage et de vidange du bassin, symbolisant la purification, la renaissance ou encore le retour annuel des crues du Nil. Cette architecture rituelle, directement liée aux phénomènes naturels, reflète une forme de religiosité locale, profondément ancrée dans son environnement.

Une interprétation totalement révisée
Lors des premières fouilles en 2019, les vestiges visibles – un quart de la structure circulaire en briques rouges – avaient conduit les chercheurs à envisager un bâtiment civil, peut-être une salle du conseil ou un espace administratif. Ce n’est qu’au fil des campagnes que le plan complet, incluant les installations hydrauliques et les éléments rituels, a permis de réinterpréter l’ensemble comme un complexe sacré. Des analyses comparatives et des collaborations internationales ont confirmé cette nouvelle lecture.

Huit siècles d’activité et de nouvelles perspectives
Les données indiquent que le site est resté en usage du IIe siècle avant notre ère jusqu’au VIe siècle de notre ère, soit près de huit siècles ! Au-delà de son caractère spectaculaire, la découverte éclaire un aspect encore méconnu de la religion antique : celui des cultes locaux, façonnés par la géographie et les interactions culturelles. Les fouilles toujours en cours pourraient nous en apprendre encore davantage sur la nature exacte des rituels en question

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