Cessez-le-feu au Liban : pourquoi Netanyahu a-t-il cédé à Trump ?

Le cessez-le-feu entre Israël et le Liban, beaucoup l’ont en travers de la gorge, même au Likoud, le parti politique du Premier ministre.

C’est trop tôt ! disent beaucoup d’Israéliens. Faut-il, comme le réclament les Israéliens qui vivent au nord sous les bombes et drones, ne pas s’arrêter avant que la menace soit définitivement éteinte, c’est-à-dire le Hezbollah éliminé ? Les soldats qui ont donné leur vie, les blessés, les réservistes dont la vie sociale s’est arrêtée, se sont-ils sacrifiés pour rien, avec un cessez-le-feu prématuré ? Le cessez-le-feu n’est-il qu’une trêve qui profitera au réarmement du Hezbollah ? Un cessez-le-feu aujourd’hui, alors que le travail n’est pas terminé, n’est-ce pas le feu vert que demande le Hezbollah pour maintenir ses positions militaires ?

Il y a tellement de questions légitimes.

Que dit le Premier ministre israélien ?

Voici les points clé du discours de Benjamin Netanyahu. (Pour lire l’intégrale du discours, c’est ici1) :

  • Opportunité historique : Israël a une chance de conclure un accord de paix historique avec le Liban. Le président Trump prévoit de m’inviter avec le président libanais pour faire avancer ces négociations.
  • Changement de rapport de forces : Grâce aux succès de la « Guerre de Rédemption » (opération pagers, destruction de l’arsenal de 150 000 roquettes et missiles du Hezbollah, élimination de Nasrallah), le Liban appelle désormais à des pourparlers directs de paix, une première depuis plus de 40 ans.
  • Le cessez-le-feu est temporaire : Un cessez-le-feu de 10 jours a été accepté pour progresser dans les discussions, qui ont été entamées par les ambassadeurs des deux pays à Washington.
  • Exigences israéliennes : Désarmement complet du Hezbollah et conclusion d’un accord de paix durable fondé sur la doctrine Trump (« peace through strength »).
  • Rejet des conditions du Hezbollah : Israël refuse le retrait total de ses forces jusqu’à la frontière internationale.
  • Présence militaire maintenue : Israël reste dans une zone tampon de sécurité renforcée de 10 km de profondeur, allant de la mer jusqu’à la frontière syrienne (Mont Dov et contreforts du Mont Hermon), plus large et plus solide qu’auparavant, afin de protéger ses communautés des invasions et des tirs antichars.
  • Soutien de Trump sur l’Iran : Le président Trump est déterminé à maintenir le blocus naval et à éliminer définitivement les capacités nucléaires restantes de l’Iran, ainsi que ses missiles et ses capacités d’enrichissement. Netanyahu se dit confiant dans ces avancées décisives pour la sécurité régionale.

Abordons les enjeux la tête froide

Les critiques se résument à ceci : « nous avions presque terminé le travail d’élimination du Hezbollah, nous nous arrêtons trop tôt, il va se réarmer et la menace va redevenir celle qu’elle était avant le 7 octobre 2023. »

Qu’en est-il vraiment ?

Dans un tweet publié le 16 avril, Tsahal affirme avoir frappé 380 cibles du Hezbollah en une seule journée !

Au cours de la dernière journée, l’armée israélienne a frappé plus de 380 cibles de l’organisation terroriste du Hezbollah dans le sud du Liban : des lance-roquettes, des quartiers généraux et des terroristes de cette organisation ont été pris pour cible.

380 frappes en 24 heures, c’est impressionnant, surtout si l’on intègre le fait que Tsahal « en temps normal », atteint les 150 à 200 frappes par jour, rien qu’au Sud-Liban.

Mais vous me connaissez, je suis un homme simple. Et l’homme simple que je suis se pose la question : 380 cibles en une seule journée, c’est un chiffre énorme, mais combien en reste-t-il ?

Capacités restantes du Hezbollah (à la mi-avril 2026)

  • Arsenal de roquettes et de missiles restants : environ 11 000 à 13 000 roquettes et missiles (principalement à courte et moyenne portée). Ce chiffre est à rapprocher des estimations d’avant-guerre de 2023, qui tablaient sur 130 000 à 150 000, chiffre qui a réduit à environ 25 000 après la phase de cessez-le-feu de 2024, puis encore de plus de 50 % au cours de la campagne actuelle.Faisons un calcul rapide, le Hezbollah est donc capable de maintenir environ 200 tirs par jour (et il est loin de ce chiffre) pendant plusieurs mois. Le nombre réel de tirs quotidiens étant bien inférieur, il a donc devant lui des munitions pour plusieurs années, même si celles à longue portée et de précision sont en petit nombre.
  • Infrastructures : l’armée israélienne fait état de plus de 4 300 sites et infrastructures terroristes démantelés et, plus de 3 500 à 4 000 cibles frappées au total depuis début mars 2026 (cela comprend des centres de commandement, des dépôts d’armes, des lanceurs, des tunnels et des bâtiments à usage militaire).
  • Combattants : Entre 1 000 et 1 400 ont été éliminés lors de la nouvelle opération de 2026.Les estimations totales s’élèvent à 40 000 à 50 000 combattants avant la dernière escalade, sachant que de nombreux terroristes sont dispersés ou opèrent depuis des zones plus reculées.
  • Sud du Liban : Les services de renseignement indiquent que le Hezbollah conserve une « emprise militaire solide » grâce à des installations dispersées et dissimulées (sites souterrains, positions intégrées à la population civile, dans des maisons d’habitation et des fausses maisons d’habitation), et surtout, que sa capacité de tir est toujours là, même si de nombreux lanceurs se trouvent désormais plus à l’abri au nord du Litani.

Le Hezbollah est délibérément décentralisé, avec des armes dans des zones civiles, des tunnels et des lanceurs mobiles, ce qui rend impossible un recensement complet.

Mais plusieurs analystes crédibles avancent les éléments suivants :

  • Bonne nouvelle : Les frappes quotidiennes de plus de 200 cibles indiquent que l’armée israélienne identifie chaque jour des dizaines, voire des centaines d’objectifs exploitables.
  • Mauvaise nouvelle : Il reste quelques milliers de cibles importantes (sites de lancement, dépôts, centres de commandement) à travers le Liban, dont une grande partie se trouve encore dans le sud ou à proximité, ou est accessible depuis cette région.
  • Tsahal a dégommé entre 70 et 90 % de la puissance de feu et de certaines infrastructures du Hezbollah d’avant 2026 (les lanceurs et les positions du sud étant les plus touchés), mais, car il y a forcément un mais, les tentatives de restockage se poursuivent via la contrebande et la production locale. De plus, les installations souterraines et les actifs de la Bekaa/Dahiyeh sont plus difficiles à éliminer complètement par la seule puissance aérienne.

Conclusion provisoire : Selon les analystes, un désarmement complet du Hezbollah nécessiterait bien plus que des frappes aériennes.

Tout ça c’est bien beau, mais combien de temps faudra-t-il pour se débarrasser du Hezbollah ?

« Ca dépend », aurait dit Bourvil en bon Normand. Deux cas de figure. Le premier, imaginons que le Hezbollah ne soit pas en mesure de reconstituer ses infrastructures et son stock de munitions, roquettes, missiles et drones. L’autre hypothèse, véridique hélas, est que le groupe terroriste bénéficie de la contrebande, de la production locale et du soutien iranien pour restocker ce que Tsahal détruit.

1 Si le Hezbollah n’avait que son stock actuel de drones, roquettes et missiles, il faudrait entre quelques mois et plusieurs années pour une dégradation importante de sa capacité de tir (on ne parle pas de l’élimination totale de sa capacité d’attaque, car le 100% est illusoire, je l’explique ci-dessous)

Dans un scénario hypothétique, fondé sur les évaluations issues de sources ouvertes (OSINT), de l’armée israélienne, du Centre de recherche Alma2 et de groupes de réflexion comme l’Institut pour l’étude de la Guerre3 ou le Long War Journal de la FDD4, à la mi-avril 2026, l’élimination totale et définitive des armes du Hezbollah est à 100 % irréaliste sans occupation totale et longue d’une partie du Liban.

  • Fusées/missiles : (environ 8 000 à 13 000 restant). Ce chiffre est en baisse par rapport aux quelque 25 000 exemplaires recensés avant l’escalade de mars 2026 et en forte baisse par rapport aux pics atteints avant 2024, qui se situaient entre 130 000 et 150 000.
  • L’armée israélienne estime que le Hezbollah pourrait théoriquement maintenir environ 200 tirs par jour pendant jusqu’à 5 mois. Dans la pratique, les tirs quotidiens ont été bien moins nombreux — quelques dizaines, le Hezbollah a de quoi tenir plusieurs années.
  • Autres moyens : plusieurs milliers de missiles antichars, de drones, de tunnels, de postes de commandement et d’infrastructures intégrées.

« Éliminer la menace » signifie mettre fin à la capacité du Hezbollah à lancer ses salves de roquettes et de drones à grande échelle, ou à mener des attaques terrestres contre les communautés et les forces israéliennes.

2  Capacité du Hezbollah en matière de ravitaillement. L’Iran a transféré environ 1 milliard de dollars au Hezbollah en 2025(au cours des 10 premiers mois, selon le Trésor américain ; estimations pour l’ensemble de l’année : environ 700 millions à plus d’un milliard de dollars), acheminés par le biais de la contrebande, d’échanges d’argent liquide et de banques parallèles telles qu’Al-Qard al-Hassan, et ce malgré la crise économique, les sanctions qui frappent l’Iran, et les bombardements quotidiens contre le Hezbollah.

  • Évaluation de l’armée israélienne (avril 2026) : Téhéran a finalement doublé son soutien annuel habituel pour le porter à environ 1 milliard de dollars au cours de l’année écoulée, permettant ainsi la reconstruction après les pertes subies en 2024 et le maintien des tirs actuels de roquettes et de drones.
  • Production locale : contrairement à l’Iran, qui est virtuellement à l’arrêt, incapable de remettre en fonctionnement ses usines militaires, la fabrication nationale (drones, roquettes à bas coût, composants) va bon train dans les bastions du Hezbollah.
  • Contrebande : ça va très bien merci. Elle est en cours via les voies maritimes, les pays tiers (Turquie, Irak), même si le gouvernement syrien post-Assad a pris des mesures répressives contre les voies terrestres (saisie de tunnels et d’entrepôts près de Baalbek), et que les forces libanaises mènent des opérations souvent symboliques mais réelles, au nord du Litani. Le financement de l’Iran permet ainsi le maintien de la chaîne d’approvisionnement, qui reste partiellement ouverte.
  • Bilan : le Hezbollah a reconstitué environ un cinquième de ses stocks d’avant-guerre et s’est adapté en utilisant des moyens décentralisés et à plus longue portée.

Ce flux faible, mais constant, permet un réapprovisionnement partiel, qui compense en partie les destructions causées par les bombardements de Tsahal.

C’est là que je tousse…

Au rythme de reconstitution de l’arsenal détruit, les estimations vont de 1 an à 2 ans ou plus, voire indéfiniment, pour arriver à « danger zéro » ou proche (absence de menace crédible pour les habitants du nord liée aux roquettes, missiles ou drones). Et l’objectif est peu probable d’un point de vue purement militaire.

Autrement dit, la structure du Hezbollah (souterraine, intégrée à la population civile, mobile) et ses moyens de ravitaillement signifient qu’une capacité de faible intensité pourrait perdurer indéfiniment, et que du coup, l’argumentation des Israéliens opposés au cessez-le-feu s’écroule.

L’autre option semble diplomatique, comme l’a indiqué le ministre israélien de la Défense Israel Katz. Elle passe par :

  • Une coupure majeure du financement iranien.
  • Un désarmement complet accepté et organisé par les Forces armées libanaises au nord du Litani (en cours, mais très incomplet, voire irréaliste : le Hezbollah affirme qu’un tiers des militaires le soutient).
  • Des opérations israéliennes plus approfondies sous l’égide d’une résolution politique.

Conclusion :

Si le cessez-le-feu que le président Trump a demandé au Premier ministre Netanyahou ne reposait pas sur des arguments solides comme l’acier, ce dernier l’aurait refusé. Les pro-Netanyahou le croient trop faible pour ça. Pas moi.

Contrairement aux Bibistes, qui à la fois l’idolâtrent et le trouvent faible, je ne me base pas sur ce que j’ai envie de croire, mais sur les faits.

  • Lorsque le président américain a exigé de ne pas bombarder l’infrastructure pétrolière de l’Iran, Netanyahou n’a pas obtempéré et il a détruit les deux installations les plus importantes du pays.
  • En octobre 2025, Netanyahu a ignoré la demande de Trump d’arrêter immédiatement les bombardements à Gaza.
  • Toujours en 2025, Netanyahou a rejeté le plan de paix en 21 points de Trump pour Gaza.
  • En janvier 2026, Netanyahu a refusé la demande du président américain d’envoyer le président israélien Isaac Herzog à la cérémonie de lancement de son « Gaza Board of Peace » à Davos. Netanyahu a explicitement refusé et a bloqué la participation de Herzog, malgré l’intervention de hauts responsables de la Maison-Blanche.

Il me semble que l’idée du cessez-le-feu avec le Liban (disons, avec le Hezbollah), n’est pas venue du Premier ministre Israélien. Mais face aux arguments en béton de Trump, lesquels résident dans l’incapacité d’Israël de se débarrasser totalement de la menace du Hezbollah, sauf à mettre en danger l’économie israélienne, sa carrière politique, la vie des habitants du nord d’Israël, les capacités militaires de Tsahal pour tenir un siège de plusieurs années, Netanyahou a accepté la logique de cette trêve de 10 jours, lancée dans le sillon des futures négociations entre les Etats-Unis et l’Iran. Bibi a accepté parce qu’il a confiance en Trump, pas parce qu’il est son vassal.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.com.

 

Nous avons l’occasion de conclure un accord de paix historique avec le Liban. Le président Trump a l’intention de nous inviter, le président libanais et moi-même, afin de tenter de faire avancer cet accord.

Cette opportunité existe car, depuis la « guerre de la rédemption », nous avons fondamentalement modifié l’équilibre des forces au Liban. Nous avons activé les bipeurs ; nous avons éliminé l’arsenal massif de 150 000 roquettes et missiles que Nasrallah avait préparé pour détruire les villes d’Israël. Nous avons éliminé Nasrallah.

Cet équilibre s’est déplacé à tel point qu’au cours du mois dernier, nous avons commencé à recevoir des appels du Liban pour organiser des pourparlers de paix directs entre nous. C’est quelque chose qui ne s’était pas produit depuis plus de 40 ans. J’ai répondu à cet appel et j’ai accepté une trêve, ou plus exactement, un cessez-le-feu temporaire de dix jours, pour tenter de faire avancer l’accord dont nous avons commencé à discuter lors de la réunion des ambassadeurs à Washington.

Nous avons deux exigences fondamentales pour ces pourparlers de paix :

• Premièrement, le désarmement du Hezbollah.
• Deuxièmement, un accord de paix durable, la paix par la force.

Pour parvenir à ce cessez-le-feu, le Hezbollah a insisté sur deux conditions :

• Premièrement, qu’Israël se retire de tout le territoire libanais, jusqu’à la frontière internationale.
• Deuxièmement, un cessez-le-feu basé sur le modèle « calme contre calme » [ce modèle est un arrangement provisoire qui a échoué et qui n’assure pas une sécurité durable. Le modèle choisi et imposé par le Premier ministre est celui de la « paix par la force » basé sur la doctrine Trump (un accord de paix durable fondé sur la puissance militaire et une zone tampon de sécurité renforcée)].

Je n’ai accepté aucune de ces deux conditions, et en effet, elles ne sont pas appliquées.

Nous restons au Liban dans une zone tampon de sécurité renforcée. Il ne s’agit pas des « cinq points » [de présence de Tsahal] qui existaient avant l’opération « Lion rugissant ». Il s’agit d’une zone tampon de sécurité qui commence à la mer et s’étend jusqu’au mont Dov et aux contreforts du mont Hermon, jusqu’à la frontière syrienne. Il s’agit d’une bande de sécurité de dix kilomètres de profondeur, qui est beaucoup plus forte, plus intense, plus continue et plus solide que ce que nous avions auparavant.

C’est là que nous sommes et nous ne partirons pas.

Cela nous permet, avant tout, de bloquer le danger d’une invasion de nos communautés, et ensuite, cela nous permet d’empêcher les tirs antichars directs sur les communautés. Les habitants sont désormais protégés contre ces deux dangers.

Bien sûr, il y a encore des problèmes ; il leur reste encore des roquettes. Nous devrons nous occuper de cela également, dans le cadre des progrès vers un accord de sécurité et un traité de paix durable.

Mais il y a autre chose, et je veux vous dire de quoi il s’agit.

J’ai parlé avec le président Trump ces deux derniers jours, et il m’a dit qu’il était extrêmement déterminé à poursuivre le blocus naval et à obtenir le démantèlement de la capacité nucléaire iranienne, [du moins] ce qu’il en reste. Il n’abandonnera pas.

Il est certain de pouvoir éliminer cette menace une fois pour toutes, en poursuivant les grandes choses que nous avons accomplies ensemble. Bien sûr, nous nous occuperons également de la menace des missiles et des capacités d’enrichissement. Je n’entrerai pas dans les détails. Ce sont deux mesures très importantes qui peuvent changer fondamentalement notre situation sécuritaire et diplomatique pour les années à venir.

Avec l’aide de Dieu, nous agirons, et avec l’aide de Dieu, nous réussirons. » ↩︎

  • https://israel-alma.org/ ↩︎
  • https://understandingwar.org/ ↩︎
  • https://www.longwarjournal.org/ ↩︎

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