J’ai lu tant de poèmes sur Jérusalem, depuis celui de Darwish jusqu’à celui de Jean-Pierre Sonnet. J’ai voulu ressentir, recréer leurs frissons, redécouvrir les lieux qui les ont inspirés et les vivre à nouveau.
Et pourtant, la seule phrase qui revenait comme un leitmotiv d’amour absolu, je ne l’ai trouvée qu’à travers celle de mon grand-père qui, dans un recueillement inexprimable, les yeux fermés, lorsqu’il la murmurait et que toutes les fibres de son corps, de son âme, frémissaient
Eim Eshkahech Yerushalaim, Tishkach yemini, Tidbak leshoni lechiki,
תִּשְׁכַּח יְמִינִי תִּדְבַּק לְשׁוֹנִי לְחִכִּי אִם אֶשְׁכָּחֵךְ יְרוּשָׁלַיִם
« Si je t’oublie, Jérusalem, que ma droite m’oublie ! Que ma langue s’attache à mon palais ».
Il ne s’agissait plus de paroles, de prose ou de vers, d’impressions, de mots, de romantisme, du vol de l’âme vers les confins de l’imagination, vers l’inconnu et l’ineffable…
Non, cela devenait plus matériel, plus tangible, visible, palpable.
Mon bras, ma langue, mon palais…
Lyrisme, douleur et spiritualité… Venise de Dieu… Jonction entre terre et ciel… Une identité suspendue entre rêve et réalité…
C’est plus que tout cela : C’est l’apothéose de l’homme devant sa foi, son amour, sa fidélité, son Dieu. C’est l’être humain prêt à tout sacrifier pour répondre à son amour, pour lui prouver qu’il est irremplaçable, qu’il est le début et même la fin.
Un tel amour se traduit par le corps lui-même, par le sacrifice des tous ses membres…
Un tel amour existe-t-il en notre bas-monde ? Une telle fidélité est-elle possible ?
Oui, puisque ce croyant Juif, placera cette phrase dans toutes les circonstances, en tout lieu, à tout moment, précédant la joie, le bonheur, le plaisir… Serment infini et implacable.
Poésie dites-vous ? Elle est là, dans cette petite phrase, prélude d’une renonciation à tout ravissement, félicité, car il n’y a rien de plus sublime que celui de ressentir encore une fois la présence adorée du Créateur entre ces montages, ces ruines, ces pierres, dans l’ultime étincelle des derniers rayons du soleil sur la cloche d’une église, sur le croissant surmontant la coupole d’une mosquée et sur le visage du Juif enveloppé dans son châle blanc, dans une abstention, recueillement qui le détachent du sol et lui créé des ailes…
Une phrase si petite, si percutante, si décisive… lorsque plus rien ne compte, lorsque tout se fige et que l’être humain retrouve le paradis de lui-même, en lui-même.
Jérusalem n’est pas une ville… Elle est la capitale du monde.
Elle est le rendez-vous éternel de l’humain avec le Tout-Puissant.
Thérèse Zhihen-Dvir
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