Les mystérieux Atlantes de Saint-Pétersbourg

 

Ces géants de pierre qui portent le ciel depuis des siècles

Dans la mythologie grecque, Zeus a condamné le Titan Atlas à porter la voûte céleste pour avoir osé se rebeller contre les dieux. À Saint-Pétersbourg, cette figure de la démesure et de la résistance a trouvé sa forme architecturale la plus accomplie : des dizaines de colosses de granit, dressés sur les façades de palais et d’immeubles, soutiennent depuis des siècles le poids des corniches et des portiques. Bien plus que de simples ornements, ils sont devenus les gardiens silencieux et légendaires de la « Capitale du Nord ».

Atlas et les Atlantes : de la mythologie à l’architecture

Le terme « atlante » désigne en architecture une figure masculine sculptée servant de support structural, à l’image du Titan condamné à porter le monde sur ses épaules. Son pendant féminin, la cariatide, remplit la même fonction tout en évoquant la légèreté et la grâce. Cette tradition est née dans la Grèce antique : le temple de Zeus à Agrigente (Sicile), l’Olympiéion, était décoré de colossales figures mâles — les télamons — qui soutenaient les entablements du bâtiment. Malheureusement, un violent tremblement de terre réduisit l’édifice en ruines en 1401.

Après la Renaissance, l’Europe redécouvrit avec enthousiasme ce vocabulaire sculpté de l’Antiquité. Aux XVIIIe et XIXe siècles, alors que Saint-Pétersbourg se construisait à marche forcée sur les rives de la Neva, les styles baroque puis néoclassique y importèrent massivement ces figures heroïques. La ville, fondée en 1703 par Pierre le Grand avec l’ambition d’ouvrir la Russie sur l’Occident, devint ainsi l’un des plus grands musées à ciel ouvert de la sculpture néoclassique au monde.

Dans la « Palmyre du Nord », les atlantes ne sont pas de simples éléments décoratifs. Ils dissimulent des supports structuraux réels, portant le poids colossal des corniches, des balcons et des portiques. Leur rôle est à la fois technique et symbolique : incarner la force, la puissance et la permanence que les commanditaires — empereurs, industriels, propriétaires enrichis — entendaient associer à leurs demeures.

Les atlantes de l’Ermitage

Les plus célèbres atlantes de Saint-Pétersbourg — et peut-être de toute la Russie — ornent le portique du Nouvel Ermitage, rue Millionnaïa. Dix colosses de granit gris, chacun haut de cinq mètres, semblent soutenir de leurs bras tendus l’architrave du musée depuis 1848. Ce bâtiment est le premier en Russie à avoir été conçu dès l’origine comme musée public, et son portique d’atlantes est devenu célèbre dans toute l’Europe.

L’histoire de leur création est une véritable épopée artistique. L’architecte bavarois Leo von Klenze, chargé par le tsar Nicolas Ier de concevoir le bâtiment, avait d’abord envisagé des cariatides — ces figures féminines — pour orner le portique. Mais c’est finalement le sculpteur russe Alexandre Terebeniov qui l’emporta avec son projet d’atlantes masculins à la stature monumentale, inspiré directement des télamons de l’Olympéion d’Agrigente (Sicile, temple de Zeus).

Le modèle réduit, envoyé depuis Munich par le sculpteur Johann Halbig, fut repris et transformé par Terebeniov, qui y imprima la rigueur du néoclassicisme russe.

La réalisation de ces dix statues mobilisa cent cinquante artisans pendant deux ans. Chaque ouvrier se spécialisait dans une partie précise du corps — les mains, le torse, les jambes — afin d’assurer une précision maximale. Le granit utilisé provient de Serdobol (aujourd’hui Sortavala, en Carélie), réputé pour sa résistance et sa belle teinte grise. Les statues sont si ressemblantes entre elles que les Pétersbourgeois ont rapidement alimenté une légende : les atlantes s’animeraient la nuit pour changer de pose, et il suffirait de se poster devant le portique à minuit pour surprendre leur mouvement.

La Grande Guerre patriotique (1941-1945) a laissé sa trace sur ces géants. Le 29 décembre 1941, un obus d’artillerie frappa le Nouvel Ermitage, endommageant gravement l’un des atlantes, qui porta longtemps les cicatrices de ses blessures sur son torse. Mais la statue demeura debout, et cette résistance miraculeuse forgea une nouvelle superstition : les jeunes mariées ont désormais coutume de frotter le gros orteil gauche du deuxième atlante de la rangée extérieure (en partant de la droite), persuadées que ce geste porte chance. La figure tutélaire protège ceux qui l’invoquent, comme elle a protégé le musée pendant le terrible siège de Léningrad.

Ces statues sont également au cœur d’une des chansons les plus connues de Saint-Pétersbourg. Le barde Alexandre Gorodnitski leur a consacré un hymne poignant, devenu au fil des décennies l’hymne officieux de l’Ermitage :

« Quand ton cœur est lourd, quand tu ressens le froid en toi, Au crépuscule, viens à l’Ermitage, Où, sans pain, ni eau, oubliés au fil des siècles, Les atlantes soutiennent le ciel de leurs bras de pierre. »

— Alexandre Gorodnitski, Les Atlantes

L’immeuble Vege : des géants mythologiques sur les quais

Au 14, quai du canal Krioukov, deux atlantes monumentaux encadrent l’entrée principale d’un immeuble de rapport bâti entre 1912 et 1914 par l’architecte Sergueï Osviannikov pour l’entrepreneur Robert Vege. Ce sont les plus grands atlantes ornant un immeuble d’habitation à Saint-Pétersbourg — légèrement moins hauts que ceux de l’Ermitage, mais tout aussi imposants dans leur posture.

L’ensemble de la façade est un véritable catalogue de la mythologie grecque. Des bas-reliefs illustrent des scènes épiques, les accoudoirs des bancs en marbre du vestibule prennent la forme de satyres ricanants, et d’autres figures fantastiques peuplent chaque recoin de l’immeuble. Cet excès de références antiques a valu à l’édifice le surnom de « démoniaque » parmi les Pétersbourgeois, qui lui prêtent des propriétés troublantes : les appareils électroniques y fonctionneraient mal et des anomalies géomagnétiques y auraient été observées.

L’immeuble accueillait à l’origine des locataires fortunés et cultivés, sensibles à l’architecture et aux arts. Sa réputation mystérieuse n’a fait que croître avec les décennies, alimentée par les légendes urbaines propres aux grandes métropoles.

L’immeuble Anglares : les « sauvages » de la rue des Sapeurs

Immeuble de rapport du secrétaire de gouvernement Sergueï Anglares

Au 13 de la rue des Sapeurs se dresse l’immeuble du secrétaire de gouvernement Sergueï Anglares, dont l’entrée est gardée par quatre atlantes pour le moins inhabituels. Contrairement à leurs homologues de l’Ermitage ou du quai Krioukov — nus et idéalisés dans la grande tradition antique —, ceux-ci sont chaussés de bottes et vêtus de peaux de bêtes. Aucun ne ressemble aux autres. Leurs visages contractés et leurs poings serrés ont conduit les habitants du quartier à les surnommer les « sauvages » ou les « barbares ».

L’origine de leur aspect est liée à un accident de chantier. L’immeuble, construit dans les années 1880 par l’architecte Pavel Deïneka, ne prévoyait initialement aucun de ces ornements extravagants. Mais durant la construction, un mur intérieur s’effondra, déstabilisant le toit et le plafond du dernier étage. Les atlantes et les créatures fantastiques qui ornent aujourd’hui la façade furent ajoutés en urgence pour renforcer les éléments porteurs fragilisés — une solution architecturale autant qu’esthétique.

Une légende court sur leur conception : le sculpteur, irrité par le propriétaire, aurait volontairement représenté non pas des héros grecs mais de misérables haleurs russes — ces bateliers courbés sous le poids du travail que l’on voyait tirer les barges sur la Neva. Leur regard perçant et leur expression tourmentée inspirent toujours un léger malaise aux passants qui osent lever les yeux. La rue des Sapeurs est d’ailleurs réputée pour avoir été le théâtre de l’un des tout premiers accidents d’automobile de Saint-Pétersbourg, un fait divers que les superstitieux ont naturellement relié à l’influence néfaste de ces gardiens inquiétants.

Sources : Fenêtre sur la Russie / Wikipedia / UNESCO / Saint-Pétersbourg Voyage

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5 Commentaires

  1. C’est sûr que l’on ne peut que s’extasier devant la plastique de ces Atlantes par rapport à celle des mâles (sic) de la gauche et de l’extrême gauche ainsi que celle de leurs Vénus toutes plus gravosses les unes que les autres.

  2. SUITE )
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