Dov Alfon, directeur démissionnaire du très anti-israélien Libé

 

Dov Alfon, directeur démissionnaire du très anti-israélien quotidien Libération, expliquait récemment au micro de France Inter ne plus vouloir vivre en Israël pour des raisons “politiques”.

Pour comprendre son parcours, il faut le replacer dans l’histoire de ces “yordim” de gauche, dont l’idéal s’est heurté aux réalités d’Israël, hier et aujourd’hui. Premier volet. P.L

Dov Alfon, le Yored 2.0 Premier volet – La “yerida” idéologique, hier et aujourd’hui

Yored pl. yordim”: l’expression désigne ces Israéliens qui “redescendent” et quittent Israël, pays dans lequel ils sont nés, où vers lequel ils sont “montés”.

Autrefois péjorative, l’expression a progressivement perdu sa connotation dévalorisante, avant de tomber en désuétude. L’hébreu actuel parle désormais de “relocation” plutôt que de “yerida”, pour désigner le phénomène de ces Israéliens qui quittent leur pays, de manière provisoire ou définitive, surtout depuis le 7-Octobre.

Mais avant même que la guerre la plus longue d’Israël n’amène certains Israéliens à s’interroger sur leur avenir et celui de leurs enfants, on avait assisté à un phénomène, dont l’ampleur avait souvent été artificiellement “gonflée” par des médias hostiles au gouvernement, de “yerida” idéologique. Il s’agissait alors d’Israéliens de gauche et d’extrême-gauche, qui partaient en se déclarant “inquiets” pour la démocratie (menacée selon eux par le projet de réforme judiciaire), et allaient chercher un nouvel “Eldorado” démocratique en Grèce, aux Etats-Unis ou ailleurs…

Dans l’histoire moderne d’Israël, la yerida à motivation idéologique a toujours existé, bien avant 1948. Un des cas les plus fameux fut celui d’une partie des membres du Gdoud ha-Avoda (Bataillon du travail) qui firent scission en 1923 et partirent rejoindre la “patrie du socialisme” en URSS, où ils connurent une fin tragique. Cet épisode est relié à mon histoire familiale, car mon grand-père avait brièvement fait partie du Bataillon du travail, avant de partir en France, non pas pour des raisons idéologiques, mais par la suite de la malaria qu’il avait contractée.

 

Le Bataillon du travail, fondé par les anciens dirigeants du mouvement he-Haloutz et du Shomer, s’était donné pour tâche de paver les routes et d’édifier les nouvelles localités juives en Eretz-Israël. Il prit notamment part à la construction du quartier de Rehavia à Jérusalem. Sa vocation sioniste se doublait d’une vocation sociale, répondant au chômage endémique au sein du yishouv dans les années 1920, qui laissait de nombreux Olim privés de ressources. La difficulté de trouver du travail dans la Palestine mandataire de l’époque fut également une des raisons de la vague de yerida, outre les motivations idéologiques évoquées plus haut. Ceux qui abandonnèrent l’Etat juif en devenir pour gagner l’URSS avaient sans doute une double motivation : réaliser l’idéal communiste et vivre plus dignement.

Le cas de Dov Alfon n’a évidemment pas grand-chose à voir avec ces pionniers idéalistes, qui avaient du mal à choisir entre l’idéal sioniste et l’idéal communiste[1]… Dans son cas, l’hésitation porte plutôt entre son pays natal, la France, et le pays où il a choisi de s’installer, avant de changer d’avis. Sa déclaration fracassante sur France Inter la semaine dernière: “Si, pour survivre dans cette région, Israël a besoin d’être aussi cruel que le Hamas ou le Hezbollah, ce projet n’avait pas de sens”, atteste d’un aveuglement idéologique qui lui a fait perdre tout sens des réalités. Cette déclaration éclaire le parcours professionnel d’un journaliste qui a quittéHa’aretz pour rejoindre Libération.
Dans la suite de cet article, nous verrons comment Alfon a renoncé à son idéal sioniste et comment il a tissé des liens éditoriaux entre Ha’aretz et Libération, deux organes phares de la pensée idéologisée de gauche dans la France et l’Israël contemporains.

Pierre Lurçat

[1] Je renvoie à ce sujet à la monumentale Histoire intellectuelle et politique du sionisme de G. Bensoussan, Fayard 2002, p. 490. s.
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Pierre Lurçat

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