Le spectre de l’engloutissement
Février 2026
Des plaines du Pas-de-Calais aux vallées du Sud, les images de villages noyés sous la boue et de foyers dévastés tournent en boucle.
Un témoignage des crues dans l’actualité : Mathieu (Aiguillon, Lot-et-Garonne) :
Au-delà du dégât matériel, c’est un traumatisme ancestral qui refait surface dans l’inconscient collectif : celui de la crue, cette force biblique qui vient effacer, en quelques heures, le travail de plusieurs générations.
1958

Pour beaucoup, ce sentiment d’impuissance face à l’eau qui monte fait écho à une autre forme de dépossession, plus politique celle-là. C’est ici que le cinéma de la « grande époque » vient éclairer notre présent. En 1958, le réalisateur François Villiers et l’écrivain Jean Giono livraient L’Eau vive, un film qui, sous des dehors de fresque provençale, racontait le sacrifice d’un monde ancien sur l’autel de la modernité.
La Durance : un personnage cruel et sublime
Extrait :
Coupure de presse de 1967 ici : l’arrivée de la télévision en couleur
Le tournage (INA) :
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Scénarisé par Jean Giono, l’enfant du pays, le film suit le destin d’Hortense, une jeune orpheline qui hérite d’une fortune colossale. Mais le véritable protagoniste, c’est la Durance. À l’époque, on s’apprête à construire le barrage de Serre-Ponçon, qui doit engloutir des villages entiers pour donner de l’électricité à la France urbaine.
Giono, avec sa langue charnelle, ne filme pas l’eau comme une ressource, mais comme une divinité capricieuse. Le film s’ouvre sur des images de la rivière en crue, emportant bêtes et récoltes. Pour les paysans de la vallée, l’eau est à la fois la vie et la mort.
Mais là où la crue naturelle est un risque accepté depuis des siècles, la « crue artificielle » provoquée par le barrage est vécue comme une rupture civilisationnelle.
Le choc de deux mondes
L’Eau vive n’est pas qu’un documentaire sur un chantier. C’est une tragédie grecque en Haute-Provence. On y voit :
La cupidité familiale : les oncles et tantes d’Hortense, petits propriétaires terriens, sont prêts à tout pour capter l’héritage, illustrant une paysannerie qui perd son âme en même temps que sa terre.

Maurice Sarfati et Pascale Audret
Le déracinement : les scènes de déménagement forcé, où les anciens voient leurs maisons dynamitées avant que l’eau ne monte, résonnent terriblement avec les cris de détresse des sinistrés d’aujourd’hui qui voient leur patrimoine perdre toute valeur.
La technique contre la tradition : le barrage représente cet État centralisateur qui, au nom du « progrès » et du confort des grandes villes, décide de sacrifier le terroir et ses racines.
Villiers filme la terre comme si c’était la dernière fois, captant des visages de paysans qui ne sont pas des acteurs, mais les derniers témoins d’un monde qui allait disparaître sous les eaux.
La musique du film
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En 1958, parallèlement à la sortie du film, Guy Béart, compositeur de la BO, écrit des paroles sur le thème principal et enregistre la chanson sur un 45 tours qui, porté par le succès, donnera lieu à plusieurs pressages la même année. Plus que le film, c’est la chanson qui s’inscrit dans la mémoire collective. C’est une allégorie chantée par le berger, oncle d’Hortense, qui identifie sa nièce à la Durance : « Ma petite est comme l’eau, elle est comme l’eau vive… », comme Jean Giono le confirme en voix off :
« Tout le long de cette Durance vivent des familles humaines. […] Pour les uns, ils ne voient que de la matière à turbiner, les autres se représentent la rivière comme elle est dans les allégories, semblable à une jeune fille ».

Nymphe des eaux par Herbert James Draper (1908)
Guy Béart s’inspire du film pour écrire la chanson, de la description d’Hortense faite par Jean Giono : « Même grâce, même jeunesse que la jeune Durance, et probablement mêmes caprices », ainsi que de différentes scènes, notamment quand Hortense court près de la Durance qui n’est encore qu’un ruisseau de montagne, quand elle s’endort tout près de l’eau, et quand la rivière vient la libérer de la cave où on la séquestrait. La chanson est devenue un classique national. (Wikipedia)


A croire que l’EDF et les « pouvoirs publics », déjà à cette époque, prenaient un plaisir pervers et sadique à noyer et à détruire les plus beaux coins de France, sous prétexte de « progrès » et d’électrification! On aurait pu avoir trois à cinq fois plus de puissance électrique, aux endroits en question, avec nos bonnes et puissantes Centrales Nucléaires à Graphite-Gaz…qui avaient en plus le grand avantage de produire de grandes quantités de Plutonium de qualité militaire pour nos arsenaux!
Jules, par curiosité comme tu parles d’inondation ce mois ci dans le Pas-de-Calais, j’aimerais savoir où , car, à ma connaissance, pour une fois, on a été épargné. Merci.
Bonjour Le chti français : bien vu, ce n’est pas récent. Novembre 2023. Cours d’eau concernés : L’Aa, la Liane, la Hem et la Canche.
Plus de 250 communes touchées, des milliers d’évacuations et des records de hauteur d’eau battus. Le coût s’est chiffré en centaines de millions d’euros dès cette première phase. Et récidive en janvier 2024.
J’ai encore en mémoire la voix d’une amie désespérée au téléphone, originaire de ces coins, cela m’avait marqué.
Les villes et les villages au moyen-âge se sont souvent construits au bord des rivières pour un problème d’accès à l’eau, de transports fluviaux. Idem pour les localités côtières pour la pêche, les activités portuaires. Les inondations à ces époques étaient fréquentes. Le climat ne se résout pas à notre période récente mais s’étale sur de grandes périodes.
Exact Argo !
L’accès à l’eau, un enjeu vital
Voir la forteresse de Besançon (pas si loin de mes Vosges natales, finalement)
https://resistancerepublicaine.com/wp-content/uploads/2026/02/ssstik-io_fastjourney0_1771755784505.mp4
Bon dimanche !
Merci Jules, si je connais bien la chanson, je dois avouer n’avoir jamais eu l’occasion de voir le film , je vais essayer de voir si il existe en DVD, merci aussi pour le magnifique tableau de Draper qui représente une superbe « Rusalka » ce thème est souvent abordé en peinture comme en littérature. Bon dimanche.
Merci, une France révolue… NOSTALGIE
Merci Jules. Dire que les réchauffistes prévoyaient des sécheresses apocalyptiques. Maintenant ils ont fait volte-face, ils prévoient des inondations récurrentes. Bravo les artistes !
C’est absolument logique. La fonte des glaces polaires dégagera d’immenses quantités d’eau atmosphérique, et donc une augmentation considérable de la pluviométrie, sous toutes les latitudes. Il est très probable que la période froide et semi-glaciaire, que nous vivons actuellement en France et en Europe, va bientôt s’achever…pour revenir au climat normal sub-tropical à équatorial qui y régna durant tout le Mésozoïque et le Tertiaire. Absolument RIEN de « dramatique » ou de « catastrophique » là-dedans, bien au contraire! Les Palmiers et les grands Récifs Coralliens, nous les aurons à nouveau chez nous…comme c’était encore le cas il y a juste deux ou trois millions d’années.