Émoi dans l’ouest parisien : un tribunal vient d’autoriser la réouverture de “La Factory”, qui organisait des gang-bangs dans le sous-sol d’une sage copropriété du XVe arrondissement. Un revers pour la préfecture de police, qui avait ordonné sa fermeture, et annonce se pourvoir au Conseil d’État. De quoi réveiller ma passion inavouable pour un domaine méconnu : les orgi… euh, pardon, le droit administratif.
Ils se plaignaient depuis des mois. Outrés par l’ouverture dans leur résidence d’un club libertin spécialisé dans les “gang-bangs” (“consistant en des rencontres sexuelles simultanées entre une ou plusieurs femmes et un nombre plus important d’hommes”, selon la chaste formule du juge des référés), les habitants de la rue d’Alleray avaient fini par obtenir gain de cause. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les arguments juridiques en faveur de la fermeture n’avaient pas été si faciles à trouver. Les cris ? Inaudibles depuis le sous-sol. La nudité ? Invisible – les participants arrivaient habillés. En désespoir de cause, la préfecture avait fait fermer le lieu de manière temporaire, en imposant au gérant d’installer un accès pour handicapés. Le gang-bang, oui, à condition qu’il soit inclusif ! Les travaux faits, les ébats avaient repris… jusqu’à ce que la préfecture ordonne à nouveau la fermeture, cette fois-ci pour atteinte à la morale publique.
L’argument invoqué ? Les gang-bangs porteraient atteinte à la “dignité humaine” des femmes concernées. Un concept des plus émoustillants pour quiconque s’intéressant aux subtilités du droit administratif. Les étudiants connaissent tous le fameux arrêt Morsang-sur-Orge rendu en 1995 par le Conseil d’État, qui interdit le “lancer de nains”. À l’époque, Manuel Wackenheim, alias “Mister Skyman”, avait accepté contre rémunération de jouer le rôle de “nain volant” dans une discothèque de province, où les convives s’amusaient à le jeter sur une piste d’atterrissage prévue à cet effet – au grand dam de l’Association des personnes de petite taille, de Mimie Mathy… et de la maire locale. L’affaire, remontée au Conseil d’État, s’était soldée par l’interdiction du spectacle. L’originalité de cette décision ? Jusqu’alors, une préfecture de police pouvait s’opposer à la tenue d’un évènement s’il troublait “l’ordre public”, qui était défini avec précision : il s’agissait de garantir la sûreté, la salubrité et la sécurité publiques. Autrement dit, il n’était pas question de morale. Avec Morsang-sur-Orge, le Conseil d’État introduit une nouvelle notion : celle de la dignité humaine. Le fait de la bafouer, arguait-il, constitue en soi un trouble à l’ordre public… et l’administration peut donc s’y opposer.
Notons que le Conseil d’État ne s’était absolument pas intéressé à la notion de consentement pour juger de ce cas. Mister Skyman avait pourtant affirmé son libre-arbitre face à la juridiction suprême (“Aujourd’hui encore, je suis le nain qu’on a empêché de voler”, a-t-il récemment raconté à la presse à l’occasion des trente ans du célèbre arrêt), celle-ci ne voulut rien savoir. L’ordre public n’a que faire du droit des contrats : il s’agit d’affirmer des principes transcendants, dont la validité est supérieure au simple consentement des parties.
Ce qui pose question, évidemment. Prenons nos gang-bangs : si des femmes, toutes volontaires, acceptent de coucher avec une vingtaine d’inconnus, pourquoi les en empêcher ? Et au nom de quoi ? Une femme qui aime être honorée, même avec rudesse, serait-elle nécessairement indigne ? Et en quoi les barbons du Conseil d’État sont-ils plus habilités que d’autres à décider de l’ordre pubique ?
Le concept de “dignité humaine” est en effet tout sauf facile à définir. “Agis de façon telle que tu traites l’humanité, aussi bien dans ta personne que dans tout autre, toujours en même temps comme fin, et jamais simplement comme moyen”, écrivait Emmanuel Kant dans ses Fondements de la métaphysique des mœurs(1785). Un bien beau principe, mais qui décide de son application ? Quid de la prostitution, voire du sexe en général ? Ne serait-on pas bien inspiré d’interdire toute forme de travail, qui après tout nous utilise comme des moyens, et non comme des fins ? “La force d’un argument dépend peut-être moins de la clarté de son énoncé que de son aptitude à asseoir l’autorité de son énonciateur”, écrivait le professeur de droit Olivier Cayla dans Le Monde en 2003. “De ce point de vue, cette invocation fétichiste du principe de dignité, quelles qu’en soient la teneur et l’orientation politique ou philosophique, est d’une admirable puissance de persuasion. L’emphase de la formule ne permet-elle pas, en effet, à celui qui s’en prévaut de se désigner comme sauveur de l’humanité ? L’efficacité de cet artifice rhétorique plutôt simpliste est dès lors imparable : quiconque s’aventure à contester telle interprétation particulière du principe de dignité est censé contester, du même coup, l’idée même de dignité en général et se dévoiler ainsi comme un dangereux ennemi de l’humanité.”
Autrement dit, la dignité humaine est ce à quoi fait appel l’État quand il n’a rien trouvé d’autre… et qu’il veut faire taire ses opposants. Cet “abracadabra”, pour reprendre les mots de Cayla, est bien pratique : il permet d’éviter un vrai débat de fond, une discussion parlementaire qui permettrait de soulever l’absurdité d’une interdiction, bref, un véritable fonctionnement démocratique. Et si l’on cessait de fétichiser l’État de droit pour autoriser les femmes à se prendre, si elles le souhaitent, des tas de doigts ?
Anne-Sophie Moreau

Commentaire
L’auteur de cet article fait preuve de finesse d’esprit et d’humour.
Après tout si des adultes librement consentants veulent s’adonner à la sexualité (je ne parlerai pas d’amour qui est d’un autre ordre …) en groupe, pourquoi pas tant qu’ils ne font de mal à personne.
Avant la mort et le néant qui nous attend il faut bien s’occuper de manière ludique tant qu’à faire … (j’aime bien les points de suspension avec le non-dit que cela suppose…)
Bref, en ce qui me concerne, ayant horreur de la promiscuité et étant un insociable sociable, (selon le concept de Kant) tenter l’aventure du gang band ne m’intéresse absolument pas.
Je suis très sensible aux odeurs corporelles et la vue de corps flasques me désole.
En outre la concupiscence débridée m’attriste :
« La chair est triste, hélas ! et j’ai lu tous les livres.
Fuir ! là-bas fuir ! Je sens que des oiseaux sont ivres
D’être parmi l’écume inconnue et les cieux !
Rien, ni les vieux jardins reflétés par les yeux
Ne retiendra ce cœur qui dans la mer se trempe
Ô nuits ! ni la clarté déserte de ma lampe
Sur le vide papier que la blancheur défend,
Et ni la jeune femme allaitant son enfant.
Je partirai ! Steamer2 balançant ta mâture3
Lève l’ancre pour une exotique nature !
Stéphane Mallarmé, « Brise marine » (1865)
N’avoir qu’une seule femme à tenir dans mes bras suffirait amplement à mon bonheur, d’ailleurs :
« Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
D’une femme inconnue, et que j’aime, et qui m’aime
Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre, et m’aime et me comprend.
Car elle me comprend, et mon cœur, transparent
Pour elle seule, hélas ! cesse d’être un problème
Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,
Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.
Est-elle brune, blonde ou rousse ? – Je l’ignore.
Son nom ? Je me souviens qu’il est doux et sonore
Comme ceux des aimés que la Vie exila.
Son regard est pareil au regard des statues,
Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a
L’inflexion des voix chères qui se sont tues. »
Paul Verlaine, poèmes saturniens
Sans transition :
Je reviens au sujet et j’insiste, tant qu’il existe un consentement, et tant qu’on ne s’en prend pas à des enfants ou à des personnes en état de faiblesse, chacun est libre de s’adonner au sport ou aux pratiques corporelles de son choix…
“Agis de façon telle que tu traites l’humanité, aussi bien dans ta personne que dans tout autre, toujours en même temps comme fin, et jamais simplement comme moyen”, écrivait Emmanuel Kant dans ses Fondements de la métaphysique des mœurs (1785).
Les dames qui acceptent les assauts libidineux d’hommes en rut ne se réduisent pas à des « moyens », puisqu’elles acceptent la multiplicité des assauts et peuvent même y prendre du plaisir, en se servant aussi des « compétences » des mâles qui brament au clair de lune…
Quant aux prostituées, sont-elles des objets, des moyens ? Même si elles ne sont pas dans un réseau mafieux de souteneurs et agissent en pleine conscience ?
Je lance le sujet, amis de RR, qu’en pensez-vous ?
Diogène le 20 février 26
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Zanini avait il y des années avec des mots simples énoncé ce principe fondamental, entre adultes, du consentement.
« Tu veux ou tu veux pas
Tu veux, c’est bien
Si tu veux pas, tant pis
Si tu veux pas, j’en ferai pas une maladie
Oui, mais voilà, réponds-moi non ou bien oui
C’est comme ci ou comme ça
Ou tu veux ou tu veux pas »
https://youtu.be/0tVFvJcyhzg?si=LS4VP-9nPZiMPuYi
La bonne vieille bourgeoisie et ses fils indignes.
Des histoires de trous de balle qui s’emmerdent.
C’est qu’on s’amuse bien en Haut lieu Administratif…
https://www.valeursactuelles.com/politique/narcotrafic-le-conseiller-agriculture-du-premier-ministre-sebastien-lecornu-congedie-pour-consommation-de-stupefiants
un conseiller du premier ministre et un directeur des finances publiques, excusez du peu, adeptes du chemsex / drogues dures…
Bonjour, mon opinion : je suis contre le gang et pour le bang, sérieusement, je suis de votre avis, rien n’est gênant du moment qu’il n’y a pas de contrainte et que cela ne puisse nuire à autrui. A condition aussi d’avoir des personnes responsables qui ne viennent pas ramener la « chtouille » dans leurs foyers et provoquer des épidémie de « chaude pisse ». Bonne journée.
Ou de sida. Bonjour mon ami le chti français. Pour la chtouille, la pénisilline est toujours d’actualité. La faute d’orthographe est volontaire. Bonne journée.
Paparazzis, c’est peut-être le moment de prendre quelques photos à la sortie de ce lupanar, ou même en immersion à l’intérieur, vu qu’il peut y avoir quelques personnalités connues dans cet antre digne de Priape. La France a besoin de rigoler, pensez à nous.
Ça risque plus d’etre des photos médicales de physiques difformes, plutôt qu’une représentation en chair et en os de statues d’Apollon !
La caste s’amuse des plaisirs malsains, et le Nain Mister Skyman qui pourtant était totalement consentant, est interdit de travail. Le lancer de nain, met un peu mal à l’aise, mais maintenant, qu’est-ce qu’il devient le gars.????
Excellent rapprochement, Chatbleu merci
Ça va encore sentir le cul dans le quartier. Nez sensibles n’ouvrez plus vos fenêtres.