“Le Maître et Marguerite” de Mikhaïl Boulgakov : un succès phénoménal en Russie !

 

Le livre de Boulgakov, un conte fantastique et philosophique, une fable satirique aux accents faustiens.

En 1940, quelques mois avant sa mort, Boulgakov achève « son roman sur le diable » qui revisite le mythe de Faust.

En 1966, publié dans une version censurée, le texte intégral du « Maître et Marguerite » ne sera publié qu’en 1973.  

La nouvelle adaptation du Maître et Marguerite,  le chef-d’œuvre absolu de Boulgakov,  était l’une des sorties les plus attendues de l’année en Russie. 

C’est un immense succès. 

Avertissement, amis lecteurs : le film fait déjà parler de lui dans les médias mais il n’est pas encore sorti en France ! 

Une production à 20 millions de dollars

Le film rassemble de nombreuses stars russes, et à 20 millions de dollars c’est une très grosse production pour le marché local. Il faut dire que sa sortie a dû être repoussée plusieurs fois, notamment en raison du retrait du studio américain Universal, qui a quitté le marché russe sous les pressions politiques.  À l’arrivée, c’est un succès public et critique.

Bande-annonce provisoire

Scénaristes

Scénaristes  Roman Kantor, Mikhail Lokshin
D’après l’oeuvre de Mikhail A. Bulgakov

Synopsis
Moscou, années 1930. Un jeune écrivain prometteur qui, au sommet de sa carrière, se retrouve au milieu d’un scandale de nature à la fois littéraire et politique. Peu après, il rencontre une belle femme mariée du nom de Marguerite et ils tombent amoureux. Inspiré par ces sentiments, il commence à écrire un nouveau roman.

Encore un film qui ne plaira pas aux islamos ! 

Saviez-vous que “Les Versets sataniques” s’inspirent du “Maître et Marguerite” ?

Salman Rushdie, 9 mois après l’attaque au couteau 

Le correspondant à Moscou du Figaro a parlé de la sortie du film en Russie ces jours-ci :

Inspiré de l’un des plus grands livres russes du XXe siècle, ce long-métrage corrosif a déjà été vu par plus de deux millions de spectateurs.

Des cinémas pleins à craquer, ce qui est plutôt rare en Russie, et un succès phénoménal au box-office:Le Maître et Marguerite, réalisé par Mikhaïl Lokchine, sorti en salle le 25 janvier, est le film dont tout le monde parle – autant pour ses indéniables qualités artistiques que pour sa charge férocement contemporaine contre les biais du pouvoir.Adapté de Mikhaïl Boulgakov (1891-1940) et de son œuvre éponyme, l’un des plus grands romans russes du XX siècle, le film a déjà été vu par plus de deux millions de spectateurs – qui applaudissent en fin de projection – et a engendré 1 milliard de roubles de recettes (plus de 10 millions d’euros), soit quasiment le budget de la production.
La scène des fleurs jaunes (VO)

L’oeuvre de  Boulgakov met en regard, tel un kaléidoscope, la Moscou stalinienne.

Dans cet extrait, le maître se promène dans les rues de Moscou, où se déroule une manifestation de masse du parti communiste. Parmi les milliers de participants et de spectateurs, de nombreuses femmes portent des fleurs jaunes. Le maître s’arrête devant l’une d’elles. Ils se regardent un moment, puis quittent les lieux et se promènent ensemble dans la ville. C’est le début d’une relation à travers laquelle on apprend de quoi parle le roman du maître. Il lui raconte certaines parties, elle lit d’autres parties de ses manuscrits. C’est à travers ces conversations et lectures que le film montre des scènes bien connues du roman de Boulgakov.
Plein de  bonnes raisons de voir ce film

Mikhaïl Lokchine débuta au cinéma en 2020 avec Les Patins d’Argent.

Ce conte de Noël retrace l’histoire d’une bande de petits voleurs en patins à glace dans la Saint-Pétersbourg de la toute fin du XIXème siècle. Ce premier long-métrage de Mikhaïl Lokchine fut le premier film russe que Netflix choisit de proposer dans sa sélection Originals. Peu de temps après sa mise en ligne, Les Patins d’Argent se classaient dans le top-5 des contenus les plus regardés dans le monde par les abonnés de Netflix.

Les grandes lignes de l’histoire imaginée par Mikhaïl Boulgakov sont conservées dans le film : l’histoire d’amour du Maître et de Marguerite, les diableries de Voland et de ses acolytes, «l’évangile du Maître», cet apocryphe sur le Christ et Ponce Pilate, le procurateur responsable de la crucifixion du prophète. Mais le schéma narratif est plus compliqué que dans le livre. Les différentes histoires s’emboîtent les unes dans les autres comme des poupées russes sans que l’on perde pourtant de vue qu’elles se déroulent de manière parallèle.

L’acteur allemand August Diehl joue Voland 

Le casting du Maître et Marguerite est à n’en pas douter un atout du film. Si, dans les adaptations précédentes, Voland était un vieillard docte et sinistre, A. Diehl est un Diable rieur à l’humour potache. Il s’amuse réellement à tenir les Moscovites en son pouvoir. Les interprètes russes sont tout aussi excellents.

Les concerts de jazz donnés dans le club privé des écrivains rappellent les parties de Gatsby le Magnifique. 

Le film donne à voir ce qui se passe dans l’imagination des personnages [c’est vraiment là qu’est la clé du film !]

C’est pourquoi les décorateurs n’ont pas cherché à reproduire fidèlement la Moscou des années 1930. Le style Empire Stalinien pompier est caricaturé jusqu’au grotesque.

Voland exerce sa magie noire au cours d’un défilé de haute-couture parisienne. Sur le podium, ses sbires y jouent magistralement une pièce de commedia dell’arte. On appréciera également le grand bal chez Satan. Les décors et les costumes sont d’inspiration antique et font inévitablement penser à l’Egypte ancienne et à Babylone.

 

Texte : résumé de l’article de Russia Beyond :

https://fr.rbth.com/art/93348-raisons-regarder-maitre-marguerite-2024

Bref résumé du roman Le Maître et Marguerite de Mikhaïl Boulgakov ici

AUDIO | Le maître et Marguerite – Mikhaïl Boulgakov – ch 1 ici

Pourquoi l’appartement de Boulgakov à Moscou fascine-t-il autant les admirateurs de son œuvre?

 

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9 Commentaires

  1. Boulgakov un grand maître littéraire
    Bravo . Auteur à lire ou à découvrir
    Avant ou après le film

  2. Que de choses on apprend avec Jules !
    Dans cet article magnifique, extrêmement complet et plaisant à lire, j’ai tout découvert. Je plaide coupable de mon ignorance littéraire et cinématographique russe, à part les gros poncifs (terme non employé péjorativement bien évidemment) comme Dostoïevski, Tolstoï, Soljenitsyne et quelques autres.
    Après un tel article comment ne pas avoir envie d’aller voir ce film ou lire ce livre ?
    Merci mon ami.

    • Merci ami Cachou mais ma contribution se limite à regrouper quelques informations éparses pour les partager. Heureux que des lecteurs en tirent bénéfice.

  3. Le livre est un chef-d’œuvre. Il faut peut-être une seconde lecture pour en saisir toute la richesse et en tirer la substantifique moelle. Boulgakov mit douze ans à l’écrire. Et sa vie ne fut pas des plus facile.

  4. On est vraiment sur le site d’une lettrée. Merci pour cette présentation, monsieur Ferry. J’hésite entre lire l’oeuvre littéraire originale et voir ce film très réussi. Il n’y a jamais de retour en arrière : c’est l’un ou l’autre, mais au second, le plaisir de la virginité déflorée n’est plus.
    Ainsi, je plains sincèrement ceux qui ont vu l’excellente adaptation cinématographique du “Seigneur des anneaux” mais n’ont pas lu le livre, dont le premier est un excellent mais “rapidissime résumé” (comme disait feu mon professeur de français, qui n’osait plus se qualifier “de lettres”. Sans compter les condensations de fonctions : ainsi, la pâlotte Arwen du livre devient dans le film une amazone qui vole éhontément la vedette à Galadriel, ancienne guerrière des premiers temps, dont on a un écho de la nature véritable lors de la scène du miroir, une des quelques où la scène cinématographique est supérieure à celle du roman.

  5. Bonjour,

    Merci pour cet article.

    Je me souviens d’avoir vu la première version, celle de 72, avec mon père.

    Nous étions tellement heureux : j’en ai un souvenir enchanteur.

  6. Si ce film sort en dvd, je ne manquerai pas de l’acheter surtout pour son sujet “faustien” je ne peux m’empêcher de tout voir ecouter ou lire ce qui traite de près ou de loin de l’oeuvre de Goethe ou de Marlowe

  7. plaf! plaf! plaf! (des applaudissements bien sûr.

    Bonjour @Jules Ferry ;
    Encore un magnifique article ; merci !

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