Face à l’opacité du monde, un regard sur le monde totalitaire qui s’installe à bas bruit

Amis de Résistance républicaine, nous avons le plaisir de publier un second article consacré à un livre à ne pas manquer, “Face à l’opacité du monde” de Pierre Lurçat (écrivain de talent dont nous publions  aussi des articles), il le mérite !

Nous avons déjà publié une analyse de Liliane Messika il y a un mois, voici celle d’ Evelyne Tschirhart

https://resistancerepublicaine.com/2023/11/28/face-a-lopacite-du-monde-pierre-lurcat-offre-des-etincelles/

Bonne lecture  !

Christine Tasin

 

« Face à l’opacité du monde »

Un regard lucide et éclairant de Pierre Lurçat sur le monde qui s’installe à bas bruit.

L’intérêt de ce livre

Pierre Lurçat prend comme objet de réflexion onze ouvrages de penseurs[1] qui se sont interrogés sur les dérives de notre temps. Ces dérives concernent les nouvelles technologies, la science « sans conscience », l’intelligence artificielle qui serait sensée remplacer celle de l’homme, allant jusqu’à un changement anthropologique peut-être irréversible. En somme la déconstruction du réel. Ajoutons le rôle des médias omniprésents, de la télévision, de l’internet, du téléphone portable et de l’intelligence artificielle. Il s’agit d’une déconstruction radicale de l’homme qui renvoie aujourd’hui à sa « défiguration ». Car c’est non seulement notre image qui change mais notre « être au monde ». Ce monde d’avant qu’on voudrait effacer pour nous imposer un monde totalitaire où l’homme ne serait qu’un robot, un exécutant privé d’esprit critique, un clone répété, sélectionné selon ses compétences requises… Cela n’est pas sans nous rappeler « Le Meilleur des mondes » d’Aldous Huxley.

Chaque ouvrage, en fonction des champs d’investigation des auteurs, nous fait toucher du doigt les changements qui pervertissent l’immense potentiel des capacités humaines, cognitives, mais aussi artistiques. Les œuvres du passé témoignent de la grandeur des savoirs faire, produits de l’ingéniosité, de la recherche artistique mais aussi de la foi religieuse.

Sans vouloir donner une analyse exhaustive des livres présentés par Pierre Lurçat, nous nous attarderons sur quelques exemples des différents domaines abordés afin d’amener le lecteur à réfléchir sur le bouleversement qui est en train de se produire et qui, selon moi, vise à subvertir notre vie, notre culture, notre langue et notre civilisation. Chaque jour, on nous manipule et nous transforme au nom d’un « progrès » nécessaire (pour notre bien) et démoniaque.

 Nous assistons à la disparition de ce qui a permis à l’homme de progresser, de créer librement, mu par le sentiment que son destin est de s’accomplir dans la recherche du Bien et du Beau et de la transmission. On le voit avec l’invasion de l’Art contemporain qui nous a été imposé (en France) par le ministère de la culture et qui se vend comme un produit financier qui rapporte gros. Mais le plus grave, c’est qu’il évince les vrais artistes, ceux qui travaillent encore avec la main ! [2] Pierre Legendre évoque à ce sujet, un texte d’Henri Focillon : « L’éloge de la main » : « Quel est ce privilège ? Pourquoi l’organe muet et aveugle nous parle-t-il avec tant de force persuasive ? » Car il est vrai qu’on doit à cet organe les œuvres les plus magistrales, les plus admirables ; mais n’oublions pas qu’elles étaient guidées par la pensés, la recherche de la beauté et la foi.

Aujourd’hui, un « artiste » d’art contemporain : Maurizio Cattelan peut s’enorgueillir de « ne travailler qu’avec son téléphone » !

 Et puisque nous parlons de cet objet « connecté », on observe avec inquiétude : dans la rue ou dans les transports en commun, à table etc. que les jeunes et les moins jeunes sont arrimés à leur smartphone, même lorsqu’ils marchent dans la rue, au risque d’un accident. En fait, les yeux rivés sur l’écran, ils ne pensent plus, ne rêvent plus, et ne regardent plus ce qui les entoure, ils ont perdu cette    vacuité de l’âme qui permet d’accueillir le monde visuel et sensoriel et fait travailler leur cerveau. Ils sont prisonniers le plus souvent, de conversations futiles, d’informations sans intérêt, voire de jeux.

 Mais, le plus inquiétant, peut-être, c’est le rôle des images télévisées sur les enfants et adolescents et cela dès le plus jeune âge. Liliane Lurçat[3] a été pionnière dans la réflexion sur les conséquences délétères de l’image télévisée sur les jeunes et leur équilibre psychique. Dans ses livres, « Le temps prisonnier, des enfances volées par la télévision » et « La manipulation des enfants » par la télévision et l’ordinateur », elle explique : « La manipulation des enfants tente de faire prendre conscience du problème extrêmement préoccupant que posent la télévision et l’ordinateur au foyer, face à des parents aussi démunis et largement inconscients que leurs enfants. » Ainsi, les enfants et les adolescents échappent à l’autorité parentale ; les parents sont, pour beaucoup, eux-mêmes soumis à la drogue de la TV

 Les analyses de Liliane Lurçat se sont révélées prémonitoires, mais elles n’ont pas été entendues, notamment par l’éducation nationale qui a introduit massivement l’ordinateur à l’école. J’ai pu le constater, en tant que professeur de collège. Les élèves ne savent plus tenir un crayon, un stylo et on a décrété qu’ils n’avaient plus besoin d’écrire puisqu’ils avaient un clavier ; ainsi le lien entre l’écriture et le cerveau : cet exercice que nous avons pratiqué dès notre enfance et au-delà, est rompu. Pourtant l’écriture manuelle stimule certaines ondes cérébrales qui favorisent l’apprentissage et la mémorisation.

 Quant à la TV et les films pour adultes, les jeunes qui les visionnent sans frein, sont la proie de la violence et d’une sexualité pornographique qui leur donne une idée malsaine de la sexualité pour elle-même et dépourvue d’amour.

 C’est ce qu’explique très clairement le sociologue et philosophe Shmuel Trigano dans « L’intention d’amour », sous-titré « Désir et sexualité dans le livre des Maîtres de l’âme de R. Abraham ben David de Posquières ».

Pierre Lurçat analyse la pensée hébraïque qui permet « de comprendre la sexualité non pas, comme le fait l’Occident moderne et post-moderne, comme une dimension à part-érigée aujourd’hui en fondement d’une « identité sexuelle » ou d’une identité de genre, notions totalement impensables dans la tradition d’Israël – mais comme un élément indissociable de la personne humaine, des relations homme-femme et de l’établissement de la famille. C’est précisément parce que la pensée hébraïque refuse l’autonomie de la sexualité-pour ne l’envisager que dans sa conception anthropologique globale – qu’elle permet de répondre aux dérives actuelles du « genre » et de la dilution des notions fondatrices du masculin et du féminin. »

L’amour, précisément, est le grand absent de ces ébats sur petits et grands écrans. Avec la libération sexuelle, c’est le sexe qui prend le pas sur les sentiments et qui devient une machine addictive. La libération des femmes a-t-elle tenu sa promesse ? On peut en douter…

La science aux mains des apprentis sorciers.

« Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » disait déjà François Rabelais au XVIème siècle. Ce truculent écrivain était aussi un homme sage. Il avait le sens de la limite.

Or ce n’est pas, semble-t-il ce qui caractérise nos scientifiques qui, pour un grand nombre d’entre eux, ne mettent plus aucun frein à leurs recherches et qui se prennent pour de nouveaux démiurges. François Lurçat, physicien et penseur de la philosophie des sciences s’est interrogé sur les limites à ne pas franchir dans le domaine scientifique, dans son livre « La science suicidaire – Athènes sans Jérusalem. » Nourri de pensée hébraïque et face au déferlement de l’idéologie scientiste dans le monde contemporain, il arrive à la conclusion que : « Les piliers de la civilisation sont par conséquent la morale et la science, et les deux ensemble. Car la science sans morale dégénère en cynisme et détruit ainsi la base de de l’effort scientifique lui-même, et la morale dégénère en cynisme et détruit ainsi la base de l’effort scientifique lui-même ; et la morale sans la science dégénère en superstition et risque ainsi de se muer en cruauté fanatique. »

Dans un livre captivant : « Main basse sur les vivants »[4], Monette Vacquin, psychanalyste, qui travaille avec des biologistes, des philosophes et des anthropologues, dresse un tableau apocalyptique des manipulations génétiques qui se sont développées depuis les dernières décennies. Elle s’inquiète, à juste titre, de ces manipulations qui ne semblent pas rencontrer une véritable réflexion apaisée (il y a les pour au nom du bien-être humain et les contre au nom de l’éthique et de la prise en compte du symbolique, tel qu’il avait fonctionné jusqu’ici). Et de fait, la part du symbolique semble évacuée au profit du désir et du bien-être des individus. Pourquoi refuserait-on « du bonheur » aux couples qui ne peuvent avoir d’enfants ?

Le clonage existe déjà chez les animaux ; pour l’instant il n’est pas accepté chez les humains, mais jusqu’à quand ? À propos de la fécondation in vitro, Monette Vaquin écrit dans le chapitre « Désexualiser l’origine » :

« L’externalisation de l’œuf humain, associée au progrès foudroyant de la génétique, ouvrait des espaces de pouvoir et d’intervention sans précédent dans l’histoire humaine. Cette possibilité soulevait des questions que les hommes n’avaient jamais rencontrées. Aucune génération avant la nôtre n’avait eu le pouvoir de fabriquer l’humain, de le stocker par la congélation, de ranimer    l’innanimé, de maîtriser sa descendance, d’en modifier les caractères… »

Ce court extrait pose de façon cruciale la perspective d’un monde devenu fou par la volonté de puissance de certains scientifiques ivres de leurs pouvoirs sur l’espèce humaine.

Conclusion :

 L’intérêt du livre de Pierre Lurçat, outre qu’il est bien construit et, comme toujours clair et argumenté, est de nous montrer que les changements existentiels qui émergent dans nos sociétés occidentales sont très graves dans la mesure où ils ne sont pas accompagnés ou freinés par la liberté de choisir le monde dans lequel nous voulons vivre.  Or il apparaît que cette liberté se rétrécit, que nous n’avons plus notre mot à dire et que nous sommes déjà destinés (sans notre accord) à vivre dans un monde qui se construit malgré nous. Un monde sans limites éthiques, d’où D.ieu a été expulsé. Un monde où la science mène la danse, un monde déshumanisé, sans passé et dont l’avenir, tels qu’on en voit les prémisses, ressemblera à un cauchemar.

 La question que ne pose pas le livre de Pierre Lurçat mais que l’on entrevoit de façon implicite est celle de savoir quels sont ceux qui sont aux manettes de ce bouleversement historique et civilisationnel. Ou encore, qui y a intérêt ? Car ces changements ne sont pas venus de nulle part ; ils ont été impulsés, lentement mais sûrement.  On ne peut ignorer les choix politiques qui visent à soumettre une grande partie de la population, afin de la couper de ses racines civilisationnelles, d’anéantir un passé encore proche malgré ce que nous voyons se déliter : la destruction des savoirs à l’école, la destruction des nations au profit d’une Europe qui tend à les remplacer et sur laquelle nous avons politiquement peu de prise. L’accueil ininterrompu de populations issues d’une autre religion et civilisation et qui remplaceront les nôtres par leur nombre. Une presse payée pour travestir la réalité. Le wokisme qui, par ses exigences de déconstruction, pervertit la nature de l’homme.  

Une utopie est en train de se dessiner sous nos yeux. « Changer l’homme », comme le souhaitent tous les systèmes totalitaires. Julien Freund l’avait senti qui écrivait dans ses propos sur le politique :

« Si l’homme est condamné à la vieille politique, c’est parce qu’il est condamné comme homme à rester un homme : il existe une nature humaine. Si jamais la biologie, ce qui n’est pas impossible, devenait capable de transformer l’être humain dans sa nature, le résultat en serait non pas un autre homme, mais autre chose qu’un homme, quelque chose qui pour l’humanité qui est la nôtre, sera un monstre… L’homme n’est pas aliéné par rapport à son passé, mais par rapport à l’avenir. C’est la signification profonde des utopies. »

 

 

                                                                       Evelyne Tschirhart

 

[1] Technopoly de Neil Postman -Le mythe de l’intelligence artificielle :  – Apocalypse cognitive, Gérard Bronner – Pourquoi déconstruire ? de Pierre -André Taguieff –La nouvelle idéologie dominante de Shmuel Trigano – La fin des choses, Byung-Chul Han – La manipulation des enfants, de Liliane Lurçat – L’intention d’amour, de Shmuel Trigano – La science suicidaire, François Lurçat -La philosophie devenue folle, JF Braunstein.

[2] Voir à ce sujet le beau texte de Pierre Legendre : « Le visage de la main » Les Belles Lettres 2019

[3] Liliane Lurçat : Docteur en psychologie, docteur es Lettres et Sciences humaines, directeur honoraire au CNRS. Parmi ses nombreux ouvrages : « Le temps prisonnier, des enfances volées par le télévision « Desclée de Brouwer1995.

[4] Main basse sur les vivants – de Monette Vacquin (Fayard) 1999

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4 Commentaires

  1. En ce qui concerne la sexualité, on la met à toutes les sauces, films et téléfilms, sans aucun sentiment, sans amour, sans même suggérer un semblant de quelque chose qui ne serait pas de l’ordre animal.
    Cela n’apporte rien à l’histoire en elle-même, mais cela dégrade l’image de la femme, l’image du couple, l’image de la famille.
    Cela fait croire aux ados que la vie se limite à ça !!
    Tout juste un acte hygiénique, finalement quasi au même niveau que les violeurs qui débarquent.

  2. La question qui se pose est : qu’ont-ils fait pour changer l’Homme dans sa nature ?
    Ne serait-ce pas ces injections ARN qui nous ont été imposées sous prétexte de vaccin, qui nous avons pu le vérifier, ne vaccinait rien du tout.
    C’est un premier essai, sera-t-il concluant, ou y en aura-t-il un autre ?
    Nous sommes entre les mains de Machiavel grand format, des illuminés, des cinglés gonflés d’importance, se prenant pour Dieu le Père.
    De nouveaux Mengele beaucoup plus dangereux, capables de toutes les ignominies.

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