Conséquences du Platonisme (Suite) : il a bloqué la théorie de l’évolution

Un métissage tardif entre sapiens et néanderthal en Europe |

Comme nous l’avons évoqué dans l’article précédent, le Platonisme, cette doctrine philosophique ayant pour conséquence de nous conduire à classer les choses dans des sortes de « cases », bien qu’étant une nécessité absolue pour le développement des sciences, présente l’inconvénient majeur d’être un frein à la compréhension des processus dynamiques.

Ainsi, il n’est pas interdit de penser que c’est précisément le platonisme qui est responsable du fait que la Théorie de l’évolution ne soit apparue qu’au milieu de 19e siècle.

Avant d’aller plus loin, et de me faire rosser par mes lecteurs de confession chrétienne, dont certains qualifient la Théorie de l’évolution de « compte de fée pour adultes », il convient d’apporter une précision.

La Théorie de l’évolution, contrairement à ce que prétendent les différentes sectes Nord-américaines qui usurpent le titre de religion, cette théorie n’est nullement incompatible avec la foi chrétienne.

À ce titre, la position de Jean-Paul II apparaît comme extrêmement rationnelle. Ce dernier, lors d’une audience accordée à l’astrophysicien Stephen Hawking (athée notoire), avait proposé la répartition des tâches suivantes entre science et religion : « Nous sommes bien d’accord, Monsieur l’astrophysicien : ce qu’il y a après le big bang, c’est pour vous et ce qu’il y a avant, c’est pour nous… ».

Nous poursuivrons donc notre analyse en admettant comme valide le paradigme scientifique actuel de la Théorie de l’évolution, qui d’ailleurs ne cesse de s’affiner depuis l’avènement de l’ADN, et de l’épigénétique.

Dans la première partie de cet article, l’étude du paradoxe de l’œuf et de la poule nous a tout naturellement conduit au concept d’espèce.

Quoi de plus naturel que cette notion ? Il est bien évident que les dauphins et les sangliers sont deux espèces différentes, qui n’ont aucune chance de s’hybrider.

Nous avons presque la sensation que ce concept est tellement évident qu’il ne nécessite même aucune définition, et pourrait même être considéré comme l’est le point en géométrie euclidienne, à savoir un indéfinissable.

Pour les animaux, une espèce est bien évidemment un ensemble d’être vivants qui ont la capacité de se reproduire entre eux afin de donner naissance à d’autres individus de cette même espèce.

Le naturaliste suédois Carl von Linné, dès 1735, avait même inventé la taxonomie permettant de classer toutes les espèces existantes dans une sorte de base de données, matérialisée par son ouvrage Systema Naturae.

De nos jours encore, tous les êtres vivants sont classés au sein d’une classification phylogénétique. Tout le monde y est bien rangé, chaque espèce a sa case, et chaque case a son espèce, toutes lovées au sein d’un arbre bien ordonné.

L’homme moderne y est également classé comme il se doit : nous appartenons au Domaine des eucaryotes, au Règne animal, à la Classe des mammifères, à l’Ordre des primates, à la Famille des hominidés, au genre Homo et enfin à l’Espèce des Sapiens.

Le tout écrit en Latin, si nécessaire, donnant ainsi un aspect immuable et indiscutable à la construction.

Les naturalistes se complaisaient ainsi dans une certaine quiétude jusqu’à ce que fut découvert en 1856, dans la vallée de Neandertal en Allemagne, les restes de deux hominidés, qui bien que fort similaires à nous, n’étaient pas des Homo sapiens, et dont l’espèce s’est éteinte il y a environ 30 mille ans.

Bien plus tard, en 2008, fut découvert dans le sud-ouest de la Sibérie, dans la grotte de Denisova, une molaire appartenant à un autre hominidé, qui sera nommé Denisovien.

Nous savons aujourd’hui que plusieurs espèces d’hominidés ont coexisté sur la planète pendant des millénaires, mais que seul l’Homo sapiens a finalement survécu.

L’analyse du génome de l’Homo sapiens a cependant fait apparaître un élément extrêmement dérangeant : excepté les populations africaines, tous les autres Homo sapiens possèdent environ 2% de gènes néandertaliens…

De même il apparaît que les Papous modernes possèdent en eux 6% de gènes de Dénisoviens.

Il y a donc eu des croisements entre des espèces supposées être hermétiques, et vraisemblablement, ces hybridations ont donné à ces individus des avantages compétitifs qui leur ont permis de s’imposer.

La notion d’espèce, telle que nous la pensions, n’est donc pas aussi claire qu’il y paraît.

En réalité, la notion d’espèce est une pure création mentale, fruit du platonisme.

Contrairement à ce que nombre d’entre nous ont appris à l’école, aucun être vivant n’agit pour la survie de son espèce, concept abstrait, mais purement pour lui-même, à l’échelle individuelle.

Autrement dit, l’évolution ne se fait pas à l’échelle du groupe, mais à l’échelle de l’individu.

Il faut se convaincre que vous n’êtes pas un Homo sapiens comme le sont vos parents, et que vos descendants ne sont pas exactement des humains exactement semblables à vous.

Bien entendu, la majorité des Homo Sapiens et des Neandertals ne pouvaient très certainement pas se reproduire entre eux, mais certains individus en ont été capables, et l’on fait, avec succès.

Ce que nous appelons espèces ne sont pas des ensembles complétement fermés et disjoints, à la frontière parfaitement définie, mais des ensembles en mutation.

À la lisière floue de ces ensembles, des individus s’hybrident, et parfois, cette hybridation aura pour conséquence de modifier à long termes l’évolution des ensembles initiaux.

Il y a quelques mois, en Amazonie, a été capturé un animal dont l’analyse génétique montre qu’il est un hybride entre un renard et un chien domestique.

Théoriquement, cette hybridation n’est pas possible ; pourtant cet individu était bel et bien vivant, en parfaite santé, capable de se reproduire, et les biologistes pensent qu’il ne doit certainement pas être le seul existant.

Ce cas est loin d’être unique, et il semble qu’environ 10% des espèces d’animaux ont déjà subi des hybridations a priori contre nature, dont certaines constitueront dans quelques millénaires, une nouvelle espèce.

Certains de mes fidèles lecteurs, au mauvais esprit légendaire, ne manqueront pas de demander si dans certains pays d’outre Méditerranée, il n’est pas envisageable de voir un jour apparaître des hybrides d’homo sapiens et de capra hircus (la chèvre domestique).

C’est peu probable, car les chèvres ont 60 chromosomes, et nous seulement 23 paires, soit 46 chromosomes.

Cependant, ne jurons de rien, car les voies du Seigneur sont impénétrables.

 

Alain Falento

 

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8 Commentaires

  1. Il semblerait que Néandertal nous ait légué son intelligence ?
    Sa représentation physique est-elle conforme à la réalité ?

    • Les reconstitutions que je ai vues de leurs visages ressemblent un peu au boxeur russe Nikolaï Value. C en est même dérangeant.

  2. Bonsoir !
    @ Alain Falento :
    Outre la plaisir de vous lire, vous vouliez assurément dire “46” en fin d’article (23 paires). Sans quoi, j’ai du rater quelque chose…

    • mea maxima culpa, c’est moi, voulant ajouter sur demande d’Alain un élément, ai laissé ma plume fourcher ! C’est corrigé

  3. Pour le croisement entre humains et chèvres, je crois que les mahométans s’en sont occupés pendant des lustres, sans succès semble-t-il… À moins que vous n’ayez quelques nouvelles de ce côté-là ?

  4. Bonjour,

    Non, je ne suis pas d’accord avec vous, Alain : j’admire beaucoup Platon.

    Même si, pour ce qui est de sciences comme la zoologie, Aristote l’emporte totalement sur Platon.

    Les libéraux , eux, ont construit des généalogies qui d’engendrement en engendrement conduisent, mécaniquement, de Platon à Staline et au Goulag.

    Ca n’a pas beaucoup de sens, à mon avis .

    La science moderne, comme vous le dites, a commencé avec des savants qui mettaient les choses dans des cases : Bacon par exemple.

    Enfin, il n’y a plus, vraiment, d’ “ordre” dans la classification phylogénétique.

    • Ce n’ est nullement une critique de Platon, ni de qui que ce soit.
      Il est bien évident que il est nécessaire de nommer les choses pour les étudier.
      Cette nécessité induit une difficulté majeure à penser les processus dynamiques; particulièrement ceux qui se étalent sur des millions d’années.

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