La Cité de cristal, récit de science-fiction, seconde partie

Pour lire ou relire la première partie c’est ici : https://resistancerepublicaine.com/2023/04/29/la-cite-de-cristal-recit-de-science-fiction-premiere-partie/

LA FIN D’UN MONDE ANNÉE 2080. SCIENCE FICTION.

   Lorsque je me suis réveillé, j’ai consulté ma montre-bracelet. Il était 9 h 30 . Habituellement, le voisin, un vieil énergumène, me tire du sommeil en klaxonnant à tout va en passant devant la maison au volant de son tracteur à hydrogène. Il sait que je ne suis pas en odeur de sainteté, aussi n’a-t-il pas à se gêner. 
   J’ai été assigné à résidence dans ce trou perdu pour cause de déviance idéologique il y a cinq ans maintenant. J’avais osé critiquer publiquement la politique menée par les cinq têtes pensantes qui présidaient aux destinées de notre pays. Des âmes charitables, contre des bons alimentaires, s’étaient chargées de me dénoncer auprès des autorités.  Traduit devant le tribunal de la bien-pensance politique, le verdict avait été la déportation. J’aurais pu y laisser ma tête. La plupart des procès s’achevaient par la condamnation à la peine capitale. Je n’ai dû mon salut qu’au fait que je portais le même nom et le même prénom que l’une des cinq têtes. Peut-être ont-ils craint que cela fasse mauvais effet sur la populace. 
   L’époque des parlements était révolue. Tout cela était à ranger désormais au rayon du folklore. Les cinq têtes pensantes régnaient en maîtres. On ne les renouvelait que tous les dix ans. Les élections se faisaient à partir de son domicile. On accédait au bureau de vote virtuel à partir d’un ordinateur contrôlé par les autorités et à l’aide d’une carte codée.  Il fallait pour cela posséder le permis de voter. Les citoyens jugés ignares n’avaient pas voix au chapitre. 
   Le pays avait bien changé aussi. La population avait été réduite à dix millions d’habitants tout au plus. Vers 2050, un virus avait envoyé plus des trois quarts  des habitants à la fosse commune. Il en fut de même parmi  les autres nations de la planète. L’état d’urgence fut proclamé partout. Le président d’alors s’adjoignit   quatre autres personnes pour surmonter la crise. Il prononça la dissolution de tous les parlements. La grande hécatombe passée, les cinq têtes restèrent et s’arrogèrent tous les pouvoirs.  J’ai toujours soupçonné les autorités mondiales de s’être concertées pour endiguer la surpopulation. La preuve en est que les naissances furent contrôlées de manière drastique. Les nouveaux-nés en excédents étaient  euthanasiés. 
   Les robots, l’intelligence artificielle avaient  supprimé  la quasi-totalité des emplois. Les gens ne vivaient que grâce aux dotations  de l’État, sous forme de bons. S’ils se montraient rétifs, on leur réduisait la quantité de nourriture attribuée. Cela suffisait à les rendre plus dociles. Pour les récalcitrants, la mort. Par électrocution cérébrale. 
   Je suis né juste avant le grand basculement. En 2045 plus exactement. J’ai échappé au virus. Par quel miracle, je n’en sais rien. C’est  comme pour la peste noire du lointain moyen-âge, seuls les plus résistants survivent . Les autorités, l’Armée, la police  et tous les fonctionnaires avaient été vaccinés. Ainsi que tous les gens jugés utiles. 
   Après ma condamnation, j’ai été déplacé dans une petite bourgade, dans une maison à l’écart, peut-être pour ne pas contaminer idéologiquement  le reste de la population. Les seules obligations étaient de pointer au poste de police de l’endroit et d’aller travailler quelques heures à l’usine d’empaquetage d’ insectes, qui constituaient désormais la nourriture des humains. On me donnait des bons d’achat en retour. Et puis un jour, j’ai décidé de ne plus m’y rendre. Curieusement, les attributions de bons continuèrent. Peut-être pensent-ils que je suis apparenté à la tête numéro deux. Cela me permet de traîner au lit le matin. Mais ce matin, le silence m’intrigue. Pas de bruit. Je me lève et je sors.
   Je ne m’attendais pas à ça. Le soleil est  au zénith, alors  qu’au mois de décembre il est bas sur l’horizon. Le ciel est d’un bleu céruléen, la température agréable. De l’herbe verte partout, alors que la veille elle était jaunie par le gel. Intrigué, je suis allé chez le voisin pour voir ce qu’il en pensait.  Il n’était nulle part. Je suis descendu au village. Un silence de mort, des rues désertes, personne. J’ai sonné à la porte des maisons, idem. Pas un chien, pas un animal domestique, rien. Seuls des oiseaux sillonnaient l’azur. Pas un aéronef . J’ai pu apercevoir un renard, quelques cervidés. 
   Je me suis rendu au poste de police. Pas un seul flic.  Je me suis servi de leur téléphone pour appeler.   Tous les numéros d’urgence. Rien, ça sonnait dans le vide. Je me suis assis  devant un de leurs ordinateurs. Écran noir. Il y avait un poste de radio dans un coin. J’ai trifouillé les ondes. Rien qu’un grésillement. J’étais probablement seul au monde. 
   Je suis remonté chez moi, mais avant, j’ai dévalisé quelques magasins d’alimentation. Rien que des pâtes à base d’insectes, ou d’autres mets aussi ragoûtants. Il me faudra penser à cueillir des baies  sauvages, des champignons, voire à chasser pour améliorer mon ordinaire. Avant c’était défendu. Mais c’était avant.  Je suis remonté chez moi. Au passage, j’ai pu constater que des arbres exotiques avaient poussé comme par miracle. Des manguiers, des bananiers, des avocatiers. Partout où je pouvais porter mon regard.  De leurs branches pendaient des fruits mûrs à point. En arrivant, j’ai pu voir que dans mon potager des légumes avaient poussé comme par magie. Je n’avais plus à me soucier pour mon quotidien. Qui était l’auteur de ces prodiges? Je préférai ne pas me poser la question sous peine d’y perdre la raison. 
   J’étais peut-être le dernier des humains sur Terre. Un Robinson. Mais j’avais la planète entière comme terrain de jeux. Arrivé chez moi, j’ai pris un outil pour ôter le collier électronique que l’on m’avait posé afin de contrôler mes faits et gestes. Ça ne servait plus à rien. Ça n’avait plus de sens. J’étais libre.  

ARGO
   

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4 Commentaires

  1. “les naissances furent contrôlées de manière drastique” : je viens de lire qu’en Allemagne, des militants écolos veulent la mise en place d’une prime de 50.000 € pour les couples s’engageant à ne pas faire d’enfants (pour le climat, le CO2, la planète…)

  2. Mille excuses, ma messagerie a buggé et ce texte déjà paru a été envoyé par erreur a Christine Tasi . J’envoie la suite ce soir. Encore mes humbles excuses.

    • Tout va bien cher Argo !!!
      👍👍👍 Nous patientons 😉

    • On dit ça, oui, oui, on les connaît les techniques de marketing pour chauffer le public et faire monter la pression ! Et après, par ici les royalties ! 😉

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