Un métier aujourd’hui disparu : bourreau

L’étymologie du mot bourreau est incertaine; le terme viendrait du verbe «bourrer», signifiant tourmenter. Il se peut qu’il dérive du vocable bourrelier, une des activités principales d’un  exécuteur, ou du patronyme Borel, nom d’un des premiers bourreaux. 
Longtemps, la peine de mort a été administrée par les citoyens eux-mêmes. Ne pas se faire justice était déshonorant et il revenait aux plaignants d’exécuter la sentence. Lorsqu’un crime touchait  la collectivité, il incombait au peuple d’occire le coupable, par le biais de la lapidation entre autres  formes d’exécution. 
Chez nos ancêtres gaulois, les druides  réglaient les conflits au sein de leurs  tribus, et même au -delà des limites de leurs territoires.  À l’échelon supérieur, le vergobret, qui possède le droit de vie et de mort, et règle les affaires de justice.
Après la conquête de la Gaule, durant la période gallo-romaine, après la romanisation, ce sont les fonctionnaires de l’ordre administratif qui sont investis de la juridiction civile et criminelle. Le defensor civitatis statue sur les petites causes. Le vicarius a un pouvoir de juridiction limité et n’est consulté qu’en cas d’appel. 
Dans la Rome antique, le bourreau est appelé carnifex. C’est souvent un esclave public, préposé aux hautes œuvres. Il étrangle les condamnés à mains nues, ou à l’aide d’une corde ou d’un lacet. Il a des aides pour l’assister, les tortores. Les animaux peuvent faire office de bourreaux : les chrétiens jetés en pâture aux fauves en sont un exemple. 
Après la chute de Rome et l’éviction de la Gaule des peuples barbares par les Francs, c’est le droit de ces derniers qui s’applique. Sous les Mérovingiens et Carolingiens, les ducs et les comtes rendent la justice sur leurs terres et exécutent eux-mêmes les sentences de mort ou les délèguent à un subalterne ou à un vassal en guise de corvée. Les bouchers et meuniers sont aussi sollicités. Les peines de mort sont rarement exécutées; on lui préfère l’amende, bien plus lucrative (un mort ne rapporte rien), ou le bannissement. 
Les premiers bourreaux professionnels font leur apparition en Europe occidentale au XIII ème siècle. À la fin de la période médiévale, les systèmes de règlements de vengeances privées sont remplacés par un système pénal avec l’émergence d’une justice criminelle, conséquences de la mise en place de la féodalité avec un début de centralisation du pouvoir. Ce nouveau type  de justice se caractérisait par le passage de la forme accusatoire à la procédure inquisitoire. La montée en puissance de la justice d’État fit que celui-ci devint celui qui punit, et donc détenteur de la violence légitime. C’est avec l’apparition d’une réglementation étatique de la peine de mort que l’on doit la création de l’office de bourreau, qui devient un agent judiciaire.
Le bourreau était chargé des sévices corporels et de   la mise à mort par noyade, bûcher, enfouissement, décapitation, pendaison. La pendaison était le mode d’exécution le plus répandu, et l’enfouissement plutôt réservé aux dames. Les sévices corporels allaient de la flagellation, au marquage au fer rouge, à l’amputation. Ces méthodes étaient codifiées et réglementées. Le bourreau devait être expérimenté, habile, et maîtriser différentes techniques. La forme inquisitoire de la justice aboutit à la pratique de la torture. C’est le bourreau qui pratiquait la question. Contrairement à ce que l’on croit, la peine de mort n’était pas généralisée. On lui préférait aussi l’amende, la saisie des biens, ou le bannissement. La peine de mort, châtiment suprême, devait recevoir le maximum de publicité, ceci pour bien marquer les esprits. Les exécutions, publiques attiraient une foule de spectateurs. En ce temps-là, les distractions étaient rares. 
Il était parfois difficile de recruter. On faisait là aussi appel aux bouchers, ou à des criminels repentis que l’on absolvait de leurs fautes. Ou à des personnes dans le besoin. Le bourreau devait être avant tout un bon chrétien.  Le métier n’attirant pas beaucoup de candidats, le recrutement se faisait essentiellement  à l’intérieur des familles. Le fils, ou le gendre, reprenait la charge. C’est ainsi que se constituaient des dynasties d’exécuteurs. 
Pas drôle, la vie d’un bourreau de cette belle période.  Ses enfants étaient exclus des systèmes d’enseignement et d’apprentissage. Le bourreau et sa famille étaient exclus de la société dans laquelle ils évoluaient. Leur habitation était située en dehors de la cité. Le pain du bourreau chez le boulanger était retourné de manière à ne pas le mélanger à celui  des autres pratiques. D’où la croyance qu’un pain retourné porte malheur. Dans les tavernes, la table du bourreau. L’ostracisation allait jusqu’au port du vêtement. Les vêtements devaient être de couleurs vives, à rayures, ou carrément noirs,  et pouvaient présenter  un signe distinctif brodé sur la manche : échelle, main brandissant une épée, potence. Le bourreau bénéficiait d’avantages : exemptions, havage. Le havage  permettait au bourreau de prélever gratuitement sur les marchés  des denrées que sa main désignait. Ce droit fut aboli en 1775. En outre, notre homme accomplissait souvent les basses œuvres : nettoyage des rues, équarrissage, capture des animaux errants. 
Le bourreau faisait peur. Accomplissant les tâches les plus barbares, il faisait horreur. Il trouvait difficilement à se marier. Aussi, l’échange de filles ou de garçons en âge de convoler entre familles de bourreaux n’était pas rare. L’Église en vint même à leur accorder des dispenses pour des mariages entre cousins. 
Les personnes de bonne extrace, c’est à dire les nobles, avaient le privilège d’être décapitées, les autres formes d’exécution étant considérées comme infamantes.  L’écartèlement, réservé aux régicides, fut aboli par le code pénal du 25 septembre 1791. Le supplice de la roue fut aboli par l’AN le 6 octobre 1791 par les articles 2 et 3 du code pénal qui stipulait que désormais tout condamné à mort aurait la tête tranchée. sans qu’il soit procédé à la torture préalable du condamné.  La guillotine vint adoucir le sort des condamnés à la peine capitale. Le progrès était passé par là. 
En 1791, il n’y eut plus qu’un seul bourreau par département. Sous l’empire et la restauration, un seul par cour d’appel.En 1832, leur nombre fut divisé par deux. En 1870, le décret Crémieux  fixa le nombre des exécuteurs à un seul pour tout le territoire. Le bourreau de facto devint itinérant. 
Le bourreau ne devint pas fonctionnaire, mais agent contractuel de la puissance publique en matière de justice. À ce titre, pas de salaire mais des gages. Ainsi Marcel Chevalier, le dernier, qui, en 1979, sur les 180 000 francs alloués, ne s’était réservé que 40 833 francs. Le reste servait à payer ses adjoints et à entretenir les bois de justice. Comme tous ses prédécesseurs, il exerçait  un autre métier : il était typographe. Il fut même élu meilleur ouvrier de France, mais pas pour la guillotine. 
Des noms de bourreaux me reviennent en mémoire : Capeluche, celui-là même de l’épisode des Armagnacs et des Bourguignons, la dynastie des Jouënne, puis des Sanson. Deibler, Jules-Henri Desfourneaux,  Obrecht, et le dernier Marcel Chevalier.
Le 9 octobre 1981, la peine de mort fut abolie en France. C’est ainsi que l’on fait disparaître les petits métiers. 
ARGO

 1,729 total views,  2 views today

image_pdf

21 Commentaires

  1. Ce métier est toujours en service, tous les jours en France, on ne vous touche plus, mais on détruit tout ce que vous avez, tout ce que vous êtes.. Réalité vécue… Héritage des mazis de la seconde guerre mondiale auquel avait prêté serment un certain Mitterand. Si toutes les victimes ayant une vie de merde pouvaient le comprendre

  2. Erreur : ce métier n’a pas disparu. Macron a pris la relève …. avec brio : regardez le nombre de morts dans les Ehpad suite à sa décision d’euthanasier les vieux au Rivorril’!

  3. Joli travail d’Argo. Personnellement je préfère le pal, celui qui commence bien et finit mal où la jument de fer mais bon on ne va pas couper les cheveux en quatre.

  4. Le métier de bourreau pourrait revenir à la mode avec la possible exécution de Macronor Terminator Merdator Putridor suite au fait qu’il a détruit notre pays par trahison volontaire pour l’Allemagne et les Amerloques.

  5. Quelle leçon d’histoire, ami Argo ! Tu m’as tout appris, j’ignorais tout de cette noble profession qui fait tant défaut aujourd’hui. Beaucoup d’informations nouvelles. Félicitations pour une telle érudition et merci.
    Tu écris : “Le bourreau faisait peur. Accomplissant les tâches les plus barbares, il faisait horreur”. S’il existait aujourd’hui pour passer à la guillotine tous ceux qui ne cherchent que la destruction totale de notre pays et de l’Occident, je le décorais de la Légion d’honneur.
    Macron décore toute sa clique de copains traîtres, moi je décorerai tous les résistants à la destruction de notre pays. Mais si, ce que j’ignorais, la décapitation était le privilège des nobles, je préférerais le rétablissement du supplice de la roue pour tous ceux qui veulent nous anéantir.
    Je me porte volontaire, et ce bénévolement (c’est pas beau, ça ?) pour être le bourreau de toute cette clique nauséabonde et puante de traîtres. En effet, ils sont actuellement les bourreaux du peuple français, qui aime ça d’ailleurs, puisqu’il les réalise depuis 50 ans.

    • Ânon, pardon ah non, ami Cachou ! Moi aussi je suis volontaire mais pour moi l’exécution de ses traîtres doit se faire TRÈS LENTEMENT !
      Tu as l’air d’être un ami des chats 🐱, donc tu es une bonne personne. J’en ai cinq à la maison !
      Ma prochaine parution musicale concernera Berlioz, avec un coup de gueule sur la légion d’horreur, pardon d’honneur !
      Bien amicalement, Philippe alias Filoxe.

      • Tu as bien raison Philippe, il faut faire goûter à ces salauds les joies de la souffrance comme ils l’ont fait, et continuent de le faire à des dizaines de milliers de français…
        Je suis plus qu’un grand amoureux des chats. C’est évidement vrai, mais pour tous les animaux. Je suis un défenseur acharné de la condition animale (petite différence avec Christine 😄).
        Je suis bénévole dans un refuge à chiens et chats, et j’y ai fait un site pour les adoptions :
        http://www.oscar-felix-et-compagnie.fr/
        Puis un autre site pour dénoncer le scandale des vaccinations animales et beaucoup d’autres renseignements sur ce sujet :
        http://www.les-scandales-des-vaccinations.fr/
        Bravo d’être un amoureux des animaux et bravo pour tes 5 chats !
        J’attends avec impatience ton article sur Berlioz. Bravo pour tous tes articles extrêmement bien construits, choisis, originaux et avec toujours de splendides oeuvres musicales.

  6. On peut rêver et faire un référendum…Je vote pour son rétablissement. La peine de mort est LA solution, assez d’angélisme…

  7. Si on rétablissait la peine de mort, s’agissant des monstres comme la meurtrière de Lola, qui a assassiné, violé et torturé une fillette de 12 ans, et s’il n’y avait aucun candidat pour l’exécution je me proposerais de faire le travail et je le ferais sans état d’âme.

    • Une femme bourreau ? Comme les gauchistes puants à des kilomètres veulent tout féminiser, on dirait comment : “une bourrette” (vu, comme moyen âge, on amenait les futurs décapités par charrette, ça rime).
      😄

      • Peu importe le nom qu’on lui donnerait. Une femme qui exécute les peines de mort serait un gros avantage, étant donné que les mahométans croient qu’un musulman tué par une femme n’a pas le droit au paradis (et donc adieu les 72 vierges). La peine de mort exécutée par une femme bourreau serait très dissuasive pour les muzz.

        • J’ai lu ton lien, et bêêê, c’est pas ordinaire ! Je conseille à tous de le lire, ça ne prend que 3 minutes.
          Drôle de parcours de bourreau que la dénommée Marguerite Le Paistour alias Henri. Et oui, car pour être bourreau, il fallait être un homme.
          Bon, la guerre comme soldat (officiellement en tant qu’homme) était trop douce pour elle. Elle est devenue le bourreau principal de Lyon durant 3 ans, à partir de 1747, personne ne s’apercevant que c’était une femme… Et dans cette fonction, elle se sent très à l’aise : “Elle écartèle, brûle, pend, marque au fer rouge avec une force surprenante et une précision chirurgicale, sans jamais ressentir d’émotions” comme dit l’article.
          Puis dénoncé par sa servante, elle est jetée en prison. Puis mariage, gosse…
          Bon, puis toute la suite. Allez lire, c’est pas ordinaire.
          On se marre même !…

      • Non, la femme bourreau s’appelait une bourrelle et le fait est avéré puisque le mot existe avec ce sens :
        https://fr.wiktionary.org/wiki/bourrelle
        Pour faire plaisir à Schiappa, Duflot et consoeurs, je dirais que son instrument de prédilection doit être un couteau de cuisine…
        Trêve de plaisanterie, je trouve cet article remarquable. Le rétablissement de ce métier pourrait permettre à certains surveillants de prison d’échapper à leur triste quotidien, où ils sont donnés en pâture aux criminels, en leur offrant une priorité pour occuper cet emploi.
        Les agressions de surveillants de prison sont quotidiennes.
        https://actu.fr/normandie/caen_14118/un-detenu-agresse-un-surveillant-de-prison-a-caen-et-alourdit-son-casier_57667273.html
        https://www.lanouvellerepublique.fr/niort/niort-la-grenadine-se-fait-attendre-il-agresse-le-surveillant-de-prison
        Des surveillants chargés d’emmener de la grenadine aux prisonniers… voilà le résultat du macronisme, du mélenchonisme… révolution!

    • ça, c’est pas mal, établir un état de bourreau par roulement.
      Pour exécuter, tel ou tel monstre, offrir le poste et demander des candidatures.
      Chacun pourrait se proposer pour régler son compte à l’ordure de son choix : meurtrier d’enfant, ou de vieille dame, violeur récidiviste, pédophile tortionnaire, etc..
      Le bourreau serait ensuite tiré au sort parmi les candidats.
      Voilà une belle justice qui rétablirait la sécurité et la sérénité dans le pays!!

  8. Alors la… Alors la…tu m’épates mon poto Argo ! Hooo je sens bien que c’est une fonction qui te parle. Hein ! Quant au récit. L’érudition n’empêche pas l’intrigue. Ton histoire de bourreau ouais, elle me plait. Merci !

  9. Le traître sur le trône envisage de tuer les Français ds et il le fait sans état d’âme, quand la peine de mort sera devenue loi, il faut absolument cette loi, il pourra y avoir des offres d’emploi de bourreau un peu partout en France, je suis certain que ces emplois seront vite pourvus…

Les commentaires sont fermés.