Est-ce « L’esprit allemand » qui pousse à la création d’un état mondial ? (1ère partie)

 

Dans son livre »Der Staat an seinen Grenzen », en français « L’État à ses frontières » paru en 2020, Thilo Sarrazin, (l’une des personnalités politiques les plus « controversées » outre-Rhin), consacrait six chapitres au thème hautement explosif de l’immigration.


Hautement explosif du fait que le caractère dramatique de la situation en la matière ne doit plus être nié, et que la plupart des hommes et des femmes politiques ne peuvent – ou ne veulent – pas faire face au problème soulevé, que ce soit en Allemagne ou plus généralement en Europe.
Le deuxième chapitre de l’ouvrage, intitulé «Ethnogenèse et identité en Allemagne et en Europe» se penche sur les origines des Allemands, leur empreinte géographique et historique, ainsi que sur l’esprit allemand au sein du continent européen.

 

C’est précisément la troisième section de ce chapitre qui fait ici l’objet d’une traduction en français.


En 1940, les éditions Insel-Verlag de Leipzig publiaient une anthologie d’œuvres littéraires en deux volumes intitulée « Deutscher Geist », ou « l Esprit allemand  » : un ouvrage couvrant deux siècles d’histoire .
L’éditeur Oskar Loerke commentait dans l’introduction que la langue était un élément absolument déterminant « pour se ressentir à la fois en tant qu’entité spirituelle, tout comme en tant qu’Allemand.
La langue, en effet, structure mentale ancestrale, dispose de bien meilleures définitions de toutes les choses élémentaires que celles que nous avons tendance à élaborer par le biais d’abstractions intellectuelles opiniâtres dépourvues de sens« .

De celà ressort que l’espace culturel commun, élaboré par la langue, est finalement l’élément qui interconnecte tout ce qui est allemand.

En 1953, Peter Suhrkamp commentait plus largement la seconde édition de cette anthologie en soulignant : « pour nous, Allemands, qui vivons une époque menacée », comme pour tous les peuples d’Europe, il est nécessaire de maintenir le dialogue avec ce qui nous appartient et ce qui perdure« .


De ce point de vue, la langue demeure le socle des Allemands et de tous les peuples d’Europe. Un peuple et une nation sont conditionnés, dans la durée, par le déroulement des événements historiques au fil du temps, et par les enchaînements parfois contradictoires que ces événements entraînent, et qui en découlent.
Dans ce genre de processus, l’objectif et le subjectif souvent se chevauchent.

La démarche consistant à se faire une image concrète de sa propre histoire et à la transposer dans un récit compréhensible peut, tout à fait indépendamment du déroulement réel des événements de l’histoire, déployer une force de persuasion intrinsèque, dont la puissance d’action subjective peut ostensiblement se détacher de sa signification réelle, et de la vérité historique.
Les mythes à forte prégnance et résonance peuvent évoluer dans leur définition au fil du temps, mais ils peuvent aussi sembler en rivalité les uns avec les autres. Lorsqu’ils sont présentés dans un contexte inadéquat, les mythes peuvent obscurcir le jugement critique, et induire en erreur, notamment sur le plan politique.
Pour autant, aucun peuple ni aucune nation ne peut se passer de mythes dans sa vie culturelle et sociale. Les mythes sont un moyen d’exprimer l’identité et d’assurer la stabilité.

Les déboires du Troisième Reich ont entraîné en Allemagne une relation fracturée avec les mythes de sa propre histoire. Le président fédéral Gustav Heinemann (SPD) répondit un jour à la question de savoir s’il aimait l’Allemagne : « J’aime tout simplement ma femme« .


Dans les années 1950, les tentatives d’élever le patriotisme constitutionnel au rang de mythe fondateur de la jeune République fédérale restèrent vaines, le mythe du miracle économique ayant, alors, bien plus d’impact.



Les écrits de Tacite sur les peuplades germaniques, redécouverts au 15e siècle, sont devenus un mythe originel des Allemands et qui perdure encore aujourd’hui :
« La probité, l’amour de la liberté et la pureté des mœurs, la fidélité et la sincérité, la bravoure des hommes et la chasteté des femmes – telles sont les qualités que Tacite attestait aux Germains ».
L’éloge du caractère germanique que faisait Tacite était sans doute également motivé par le désir de renvoyer volontairement une image négative aux Romains, perçus comme décadents. Concernant l’apparence physique des Germains, Tacite écrit :
« ils ont tous des yeux bleus défiants, des cheveux blonds roux et des corps de géants ».
Il les décrit comme des guerriers et des braves, comme des gens honorables et fidèles, mais aussi toutefois comme parfois oisifs et ivrognes.
Il considère leurs habitations et leur mode de vie comme primitifs. Leurs traditions ne restent qu’orales, et leur origine n’est pas claire. Il considère les Germains comme les habitants originels de leur pays, car personne d’autre ne voudrait s’installer dans un pays selon lui :
« sans attractivité dans la structure de son paysage et rude dans son climat, dans lequel les possibilités de travail sont médiocres et où règne une atmosphère générale déprimante« .

L’empire franc des Carolingiens était encore marqué par un grand écart culturel entre les anciens territoires romains et les régions alémaniques, qui s’exprimait également sur le plan linguistique et devait être comblé dans un premier temps par la langue vernaculaire allemande.
« Car la langue locale utilisée jusqu’alors butait contre des limites précises et marquait jusqu’à un certain point les habitudes culturelles de ceux qui la pratiquaient ».
Pour Johannes Fried, « la primitivité de ces sociétés […] était en corrélation avec la primitivité de sa langue, qui conservait ses pratiques archaïques.

Cela se modifia peu à peu sous des influences culturelles venues de l’ouest et du sud de l’espace germanophone, et par le fait de la montée en puissance de l’Eglise chrétienne.
Celle-ci a encouragé la littérature, surtout par le biais du travail des monastères.
Elle renforça ainsi le lien culturel avec le monde roman par le biais du latin, et veilla à une meilleure éducation de la noblesse, puis de la bourgeoisie.
A l’intérieur de l’espace linguistique allemand, la conscience du peuple de sa propre infériorité culturelle soutenait une grande ouverture d’esprit vis-à-vis des influences venues de l’étranger. Au fil des siècles, ce sentiment d’infériorité et le besoin de rattrapage intellectuel ont engendré une tendance germanique à vouloir atteindre l’universalisme culturel. Ainsi, ce fut en Allemagne qu’eut lieu la découverte de l’imprimerie.
L’influence de la Renaissance et les effets de la Réforme ont eu pour conséquence, à partir du XVIe siècle, une plus grande diffusion de la lecture en Europe centrale – plus en particulier dans les régions protestantes que dans le reste de l’Europe – et un accroissement significatif du volume des livres.
C’est à cette époque que l’espace linguistique allemand a commencé à absorber un nombre important d’œuvres traduites en langues étrangères, une tradition qui perdure encore aujourd’hui. Les statistiques relatives aux ouvrages traduits confirment cette tendance.

La question « Qu’est-ce que l’allemand ? » ne se résume pas facilement à un seul concept.
Dieter Borchmeyer, professeur émérite contemporain de littérature allemande moderne, (Neuere Deutsche Literatur), et de théorie dramatique, n’a pas eu besoin de moins de mille pages dans son ouvrage, pour clarifier cette question sous de multiples facettes. Il cite dans ce contexte le sociologue juif Erich Kahler, né à Prague, qui qualifie les Allemands, en raison de leur histoire, de « peuple le plus complexe et le plus difficilement compréhensible de tous les peuples occidentaux, chez lequel on observe une « contradiction entre l’esprit et le réel, entre la pensée et l’action ».
Dans son caractère inconditionnel, l’intelligence allemande s’élève toujours au-dessus des frontières nationales en direction d’une perspective mondiale, si bien qu’ « une portée universelle et spirituelle a été donnée conjointement à la trajectoire de vie de ce peuple ».

 » L’Allemagne ? mais où diable est elle située ? »
En fait, il est quasiment impossible de délimiter les territoires allemands. A l’endroit où les choses scientifiques commencent, les questions politiques prennent fin.
Puis, toujours selon Kahler, au sujet du caractère national allemand, ce dernier cite :
«  Allemands, vous désespérez de ne pouvoir vous constituer en nation: élevez-vous en hommes libres, si vous le pouvez « .
La fin du Saint Empire romain germanique, l’ascension et la chute de Napoléon, la révolution industrielle, le Zollverein (union douanière, qui a vu le jour en Allemagne), et la guerre franco-allemande de 1870/71 étaient encore enfouis dans les profondeurs abyssales des lendemains qui déchantent…
Mais à travers ces strophes, c’est l’esprit allemand universaliste au sens le plus noble du terme qui s’exprime.
En 1844, Heinrich Heine résumait de manière tranchante et ironique les espoirs allemands dans son poême « Deutschland – Ein Wintermärchen » ( « L’Allemagne – Un conte d’hiver ») :
 » Les Allemands dorment fort bien et font aussi de beaux rêves, blottis au chaud dans leurs édredons C’est ici que l’âme allemande se sent libre de toutes les chaînes du monde.
La terre appartient aux Français, ou encore aux Russes; la mer aux Britanniques, mais pour nous, dans le royaume du rêve, la suprématie demeure incontestable.
Nous sommes ici en position dominante, nous ne faisons pas de distinction, alors que les autres peuples se sont construits sur des terres totalement planes« .

 

La suite demain… 


Traduit de l’allemand du livre de Thilo Sarrazin, »Der Staat an seinen Grenzen », pages 183 à 191.
Nicolas Faure.


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13 Commentaires

  1. Il me semble que le peuple dont parlait Tacite, ce n’est plus le même qu’aujourd’hui.
    Il y a très peu de blonds et de roux, peu d’yeux bleus en Allemagne.
    Il pourrait s’agir de l’Autriche ?

  2. N’importe quoi ! Internet est vraiment le domaine et du n’importe quoi débridé et sans besoin de preuves. Et les exceptions et autres poissons volants ne sont pas des preuves. Regardez plutôt contre quoi les Allemands se sont révoltés, écoeurés. Regardez plutôt le Berlin de La République de Weimar et ce contre quoi les Allemands se sont révoltés, de notoriété publique. Le film « Cabaret » (1972) l’illustre fièrement. Et c’est pour défendre ce genre de moeurs…
    https://www.youtube.com/watch?v=hBlB8RAJEEc

  3. L’histoire de l’Allemagne ? Entre intelligence et stupidité , le livre de Mr Thilo Sarrazin mérite amplement d’être lu avec beaucoup de concentration et d’esprit critique .

  4. « il est quasiment impossible de délimiter les territoires allemands. »
    Quand on a des objectifs « cachés », on cherche à compliquer les choses simples et les rendre « inintellegibles » pour le commun des mortels.
    C’est pourtant simple: la nation allemande a été formée par le contact de peuples germaniques avec l’Empire Romain. Sans les Romains, il n’a pas de nation allemande. Les Allemands ne sont pas que des « Germains ». Leur territoire, c’est l’arc formé par le Rhin et le Danube (jusqu’à la Hongrie).
    Politiquement, France et Allemagne sortent du même moule: l’Empire Romain d’Occident. Après le démembrement de l’Empire Carolingien, l’Allemagne devient le Saint Empire Romain Germanique.

    • Bonjour,

      Non, je ne suis pas d’accord.

      A cause de Teutobourg, il n’y a pas eu de romanisation réelle de l’ « Allemagne » (à part la Bavière).

      Ce qui fait que l’ « Allemagne a été mal baptisée » (Freud) par la suite.

      La résurgence du paganisme avec Hitler provient de cet échec initial de la romanisation.

      Ce qui fait une énorme différence avec la France.

      • Bonsoir,
        Je ne comprends pas que vous ne soyez « pas d’accord ».
        Certes le contact entre Rome et les peuples germaniques est l’histoire d’une conquête, comme pour la France. La défaite de Varus a empêché les Romains de soumettre la totalité de ce qui sera plus tard l’Allemagne.
        Mais c’est quand même à partir des vallées du Rhin et du Danube que la nation allemande s’est formée, même si la rive gauche du Rhin après la défaite d’Arioviste en Alsace, et la rive droite du Danube ont été romanisées.
        Certes, ce point de vue n’est pas celui qui est enseigné en France, où l’on présente le Rhin comme frontière « naturelle » de la France, une idée qui a causé tant de malheurs au cours de 1000 ans d’histoire européenne, jusqu’à nos jours.
        En France, on préfère réduire l’Allemagne à la Prusse, qui lors de la formation de l’Allemagne était, faut-il le rappeler, peuplée par des slaves.
        Pourtant, les empereurs allemands se faisaient appeler César (Kaiser) et puisque vous évoquez Hitler, l’axe Berlin-Rome pendant la Seconde Guerre Mondiale fut une résurgence ironique du Saint Empire Romain Germanique.

  5. La pureté des moeurs chez les Germains? Chez Hitler, germanique convaincu et promoteur de la pureté de la race , la plupart des SS, des gardiens de camps étaient homos, voire carrément pédophiles pour un grand nombre, violeurs, même violeurs de cadavres, pilleurs, assassins, génocideurs. Je ne suis pas homophobe, mais quand on est adepte de la pureté raciale par rapport aux autres peuples comme ils l’étaient, ça faisait désordre. Alors faire l’UE ou un gouvernement mondial avec les descendants de ces parangons de vertus diverses et variées, non merci.

    • N’importe quoi ! Internet est vraiment le domaine et du n’importe quoi débridé et sans besoin de preuves. Et les exceptions et autres poissons volants ne sont pas des preuves. Regardez plutôt contre quoi les Allemands se sont révoltés, écoeurés. Regardez plutôt le Berlin de La République de Weimar et ce contre quoi les Allemands se sont révoltés, de notoriété publique. Le film « Cabaret » (1972) l’illustre fièrement. Et c’est pour défendre ce genre de moeurs…
      https://www.youtube.com/watch?v=hBlB8RAJEEc

      • La révolte des Allemands? Les juifs auraient bien aimé la voir. Un film? Si vous appelez ça de l’info… Ça ne fait pas l’once d’une vérité. Dans ma famille, quelques déportés ne sont pas revenus, et ceux qui ont sauvé leur vie ont pu témoigner. Les Allemands adulaient Hitler dans leur grande majorite. En plus exprimez-vous clairement, je n’ai pas compris où vous vouliez en venir. Ce que je ressens, c’est que vous êtes pro-allemand. Ou révisionniste.

        • La révolte des nazis et des Allemands contre la dégénérescence des moeurs et les spectacles homosexuels tels que l’illustre l’extrait du film célèbre que j’ai posté ; ne faites pas semblant de ne pas comprendre. Regardez l’extrait !
          Et arrêtez vos accusations gratuites bien commodes pour ne pas répondre. Ne vous camouflez pas derrière les déportés de votre famille, qui n’ont aucun rapport avec le sujet. Il y en a eu dans la mienne aussi. Vos accusations sont délirantes. Reductio ad hitlerum. C’est bien pratique pour ne pas répondre précisément quand on s’est fait attraper à raconter n’importe quoi. J’aime lesAllemands autant que les Espagnols, les Hollandais, les Italiens, les Polonais et les autres Européens. Ce que je sens, moi, c’est une bonne vieille germanophobie bien rancie.

        • « Berlin est alors la capitale culturelle de l’Europe. Si les artistes venus du monde entier – Paul Klee, Wassily Kandinsky – et les intellectuels d’avant-garde s’y pressent, leur idéalisme les déconnecte totalement des difficultés auxquelles est confronté l’homme de la rue : le fossé est trop grand entre le petit peuple et ces artistes sourds aux problèmes du quotidien. Pis, la liberté de moeurs affichée par ces originaux révolte les plus modestes »
          https://www.valeursactuelles.com/histoire/weimar-la-republique-impuissante/

        • « La revue américaine Kirkus reviews a remarqué combien l’art de Weimar était politique : farouchement expérimental, iconoclaste et gauchiste, spirituellement hostile aux grand capital et à la société bourgeoise et aux prises avec le militarisme et l’autoritarisme prussiens. Sans surprise, le vieil établissement allemand autocratique y voyait un «art décadent», un point de vue partagé par Adolf Hitler. » […]
          « Les artistes du Groupe de Novembre ont gardé l’esprit de radicalité dans l’art et la culture allemands caractéristique de l’époque Weimar. Beaucoup de peintres, de sculpteurs, de compositeurs de musique, d’architectes, de dramaturges et de cinéastes qui en faisaient partie, et d’autres encore associés à ses membres, étaient ceux dont l’art serait dénoncé plus tard comme art dégénéré par les nazis. »

          https://fr.wikipedia.org/wiki/Culture_de_Weimar

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  1. Est-ce « L’esprit allemand » qui pousse à la création d’un état mondial ? (2ème partie) – Résistance Républicaine

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