La Résistante Madeleine Riffau : je suis restée 24 heures sur le même brancard à l’hôpital, sans rien manger 

Madeleine Riffaud Résistante, écrivain en août 2021.

Âgée de 98 ans, la résistante Madeleine Riffaud a dû se rendre à l’hôpital Lariboisière à Paris pour un examen d’urgence. Elle y a passé vingt-quatre heures, avant d’être transférée dans une clinique privée. Elle a envoyé à La Croix, qui lui avait ouvert ses colonnes pour une conversation dans La Croix L’Hebdo l’an dernier, ce texte relatant son expérience de « l’état lamentable du secteur de la santé ».

Quelle honte pour l’hôpital (ceux qui y sont allés savent…).

Mais surtout quelle leçon de courage dans ce témoignage ! 

Au delà du problème de l’hôpital, quelques remarques sur la formidable leçon de Résistance que nous donne cette femme.

La Résistance, c’est un état d’esprit.

Madeleine Riffaud appartient à cette espèce qui reste debout quoi qu’il arrive, qui ne se tait pas, qui ne se résigne pas même quand tout semble perdu et qui témoigne, dénonce et se bat.

Merci Madeleine Riffaud, nous tâcherons d’en prendre de la graine. 

Voici ce qu’elle dit dans l’article qui suit : 

« Pourtant, j’ai une voix. Une voix qui ne s’en est jamais prise au personnel. Ça ne changera pas. Évidemment, j’ai mal, mais je vais continuer à me bagarrer, comme d’habitude ».

« J’ai encore un peu de force, c’est pour la donner ! »

Document de 1941 qui appelle à la résistance :

La Résistance, ce sont des actes.

Petit florilège, tiré d’une exposition à Cannes : Actes et mouvements de résistance

On remarquera au passage que des gens ont osé participer à des « manifestations sur la voie publique », en pleine Occupation, au péril de leur vie, sans supputer les chances de victoire mais pour harceler sans relâche le régime et faire exister la contestation, sans soupirer, se morfondre et ruminer les « à quoi bon » du défaitiste.

La résistance prend diverses formes : grèves, manifestations sur la voie publique, inscriptions hostiles à Vichy ou à l’occupant, organisation d’évasions… Les tracts et papillons sont une réponse immédiate à un fait précis (arrestations ou déportations, protestations contre des évacuations forcées), voire un appel à manifester, à faire grève, à s’insurger. Ils sont parfois tirés sur des cahiers d’écoliers, souvent manuscrits ou ronéotypés.

En 1944, d’autres types de missions deviennent prioritaires. Les formations paramilitaires de la Résistance effectuent des attentats (plastiquage de locaux de mouvements collaborateurs, exécutions), des sabotages (coupures de voies ferrées, de câbles téléphoniques, dégâts dans les usines fournissant l’Allemagne nazie. Les maquisards contribuent à démoraliser les Allemands en accomplissant des exploits, retentissants, pour une population humiliée par l’occupant.

Lien de cette exposition avec de beaux documents à agrandir : http://expos-historiques.cannes.com/r/396/actes-et-mouvements-de-resistance/

 La croix

Début septembre, j’ai dû me rendre aux urgences pour un examen important dû à un Covid long, variant Omicron. Le Samu m’a emmenée à l’hôpital Lariboisière, à midi et demi, le dimanche 4 septembre pour examens.

Je me suis retrouvée couchée au milieu de malades qui hurlaient de douleur, de rage, d’abandon, que sais-je. Et les infirmières couraient là-dedans, débordées… Elles distribuaient des « j’arrive ! » et des « ça marche ! »« J’arrive, j’arrive ! » Mais personne n’arrivait. Jamais.

Moi-même, j’ai mis douze heures pour obtenir la moitié d’un verre d’une eau douteuse. Tiède. Je suis restée vingt-quatre heures sur le même brancard, sans rien manger, dans un no man’s land. C’était Kafka.

La foire aux malades

Rendez-vous compte : je suis aveugle. Je sentais parfois qu’on emportait mon brancard, que je traversais une cour, peut-être ? Il faisait plus froid, c’est tout ce que je peux dire. Et puis on m’a laissée là, sans aucune affaire, sans moyen de communication avec mes proches (qu’on ne prévenait d’ailleurs pas de l’évolution de la situation). Étais-je dans un couloir ? Dans une salle commune ? Au bout d’un moment, j’ai vraiment cru que je devenais folle. Ah, si j’avais eu un appareil photo comme quand j’étais reporter de guerre… Si j’avais pu voir ce que j’entendais…

Dès l’arrivée à l’hôpital, mon ambulance est passée devant des gens d’une absolue pauvreté, qui se plaignaient à grands cris d’avoir été refoulés.

Drogue ?

Misère sociale ?

Ceux-là n’ont même pas été admis dans « le service-porte », la foire aux malades, l’antichambre de l’hôpital par où l’on accède aux urgences. Les infirmières, qui n’ont déjà pas assez de temps à consacrer aux malades admis entre les murs, les voient forcément quand elles vont prendre leur service. Nul doute que leur vocation est réduite en charpie depuis longtemps.

Clinique privée

D’où les « ça marche », les « j’arrive ». J’ai entendu ça toute la nuit.

Les infirmières et aides-soignants, je les connais bien, j’ai vécu parmi elles, je sais qu’elles auraient éperdument voulu arriver à s’occuper de chacun… Et surtout que l’hôpital marche. Le lendemain après-midi, l’hôpital n’ayant pas de lit disponible pour moi, on m’a transférée dans une clinique privée, sans jamais avoir prévenu mes proches. J’étais la troisième âme errante que cette clinique réceptionnait ce jour-là.

J’avais déjà fait une enquête de l’intérieur en 1974, en m’engageant incognito comme aide-soignante dans un service de chirurgie cardiovasculaire d’un hôpital parisien. J’avais aussi travaillé au Samu dans le service du professeur Huguenard, à l’hôpital Mondor. De cette immersion, j’ai publié le livre Les Linges de la nuit qui s’est vendu à près d’un million d’exemplaires en 1974 (réédité chez Michel Lafon en 2021).

Personnel épuisé

Hôpital d’il y a cinquante ans ou hôpital ultramoderne, les problèmes sont toujours les mêmes : manque de personnel qualifié, manque de crédit, l’écart se creuse entre la technique de la médecine de pointe et les moyens mis à sa disposition.

Après la sortie du livre, j’avais rencontré le directeur de l’Assistance publique dans un face-à-face télévisé. Nous étions tombés d’accord sur tous les points ! Tout le monde est d’accord, sauf les gouvernements qui se suivent et qui, au mieux, ne bougent pas.

Nous avions été nombreux, au cours des années, à témoigner sur l’état lamentable de la santé. Durant tout ce temps, aucun dirigeant n’a voulu entendre. Si la pandémie de 2020 a changé quelque chose, c’est en mal : le personnel est épuisé. L’État les a tous abandonnés, soignants comme malades.

Ma mésaventure, c’est une histoire quotidienne dans l’hôpital en France. Mon sort est celui de millions de Parisiens et de Français.

Une voix

Ceux qui me connaissent savent que je n’ai jamais demandé de passe-droit de toute ma vie. Mon âge n’y change rien. Mais j’ai remarqué qu’il était presque une circonstance aggravante, et ce pour deux raisons :

1. On pensait que j’étais trop vieille pour que ça vaille la peine de me soigner (réflexe pris lors de l’épidémie de Covid ?).

2. Dès que je parlais, on se disait que j’étais gâteuse et on pensait d’emblée que je racontais n’importe quoi… alors pas la peine de m’écouter.

Pourtant, j’ai une voix. Une voix qui ne s’en est jamais prise au personnel. Ça ne changera pas. Évidemment, j’ai mal, mais je vais continuer à me bagarrer, comme d’habitude.

Moi, j’ai de la chance, j’ai des amis, et des confrères journalistes. Mais tous ces pauvres gens qui n’ont personne, que peuvent-ils faire ? Quand on entre dans le circuit infernal, quand on est aspirés dans le néant des urgences, on ne peut pas en sortir indemne. Parfois même, on n’en sort pas vivant… L’infirmier libéral qui vient à mon domicile m’a dit que c’était arrivé à un de ses patients, il y a trois semaines.

Si je peux être leur voix – comme Aubrac m’avait demandé d’être l’une de celles de la Résistance – alors je le serai. J’ai encore un peu de force, c’est pour la donner !

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27 Commentaires

  1. Nos politiques et hauts fonctionnaires mènent grand train , des millions de cafards qui vivent sur notre dos se nourrissants d’allocs diverses et nous finançons notre propre invasion y a plus le pognon pour la santé , l’armée , la police etc..etc…

  2. Une bonne partie de cet état de choses résulte de l’AME qui permet de soigner le monde entier gratoss!!…Toute l’Afrique bien sûr, en ce compris le maghreb, en profitent, et même des américains, pourtant bien argentés mais qui ont décidé de faire l’impasse sur l’assurance des risques lourds en santé (trop cher…) et qui profitent d’un voyage en Europe pour faire une tournée médicale en France…Oui, oui ça existe, les cocus de la mondialisation fesses ouvertes, comptez-vous!…

  3. A 83 MA MERE DEPUIS FIN JUILLET EST PRIS EN CHARGE POUR UN CANCER DU POUMON A L HOPITAL DE LANNION ?LA PRISE EN CHARGE EST EXCELENTE , le personnel est competent et devoué pourtant ce service ou son pratiquer les chimioterapie sont tres fortement frequente .TOUT COMME MON EXPERIENCE AUX SERVICES D URGENCES DE GUINGAMP ET ST BRIEUC POUR MA CRISE CARDIAQUE JE CONSTATE QUE CES HOPITAUX FONCTIONNENT AVEC EFFICACITE ET C EST HEUREUX

    • Très bien, vous avez de la chance, vous êtes l’exception qui confirme la règle.
      Par contre, un ami a eu son grand-père laissé sur un brancard toute la nuit aux urgences de Brest, et le matin, il était mort.
      Idem à Fréjus, un malade retraité, laissé toute la nuit dans la souffrance, et mort aux environs de midi.

      • Pourtant, à Brest ils ne sont pas débordés.

        Il y aussi des « prioritaires » (migrants, SDF pour les examens où il est impossible d’avoir un rendez-vous en externe si on n’est pas dans cette catégorie : témoignages, idem à Paris, selon des soignants).

        Il faut dire aussi que l’emploi du temps hyper protégé des médecins de ville y sont pour quelque chose, l’idée d' »urgences » étant banalisée, tout le monde y vient pour tout et n’importe quoi donc « on » trie.

        • Bonjour@Amélie,
          Les migres qui arrivent très agressifs et veulent se faire prendre en charge immédiatement, même pour un nez qui coule chez un bébé ou pour une gastro chez l’adulte.
          Il y a aussi tous les alcoolos qui se battent et viennent avec du sang qui coule, et des gueulantes, ils sont pris en premier pour calmer l’ambiance.
          Pendant ce temps les cas graves patientent en silence car ils n’ont pas la force de se plaindre.

          • Bonsoir @frejusien,

            Vous avez tout à fait bien décrit la situation. C’est grave… et il y en a (j’en connais) qui ne trouvent rien à y redire. Sauf si ils étaient concernés bien sûr.

            La problématique hospitalière est plus compliquée qu’il n’y parait, il y a un travail de fond à opérer, des limites à mettre, notre survie est en question.

  4. DEBUT AOUT J AI FAIT UNE CRISE CARDIAQUE ?A 20 HEURES JE ME SUIS RENDU SEUL AUX URGENCES DE GUINGAMP ?J AI ETE PRIS EN CHARGE TOUT DE SUITE .TRANSFERE LE LENDEMAIN A ST BRIEUC OU J AI FAIT L OBJET DE POSE DE STEN ?DEUX JOURS APRES JE RENTRAIS CHEZ MOI .UNE SEMAINE PLUS TARD URINANT DU SANG AVEC DE FORTES DOULEURS DANS LE BAS DU DOS JE ME SUIS RENDU A NOUVEAU AUX URGENCES DE GUINGAMP LE SAMEDI VERS 20 HEURES.LA AUSSI J AI ETE PRIS EN CHARGE TOUT DE SUITE ET SOIGNER JUSQU AU LENDEMAIN.LES SERVICES D URGENCES DE GUINGAMP ET ST BRIEUC M ONT PROBABLEMENT SAUVES LA VIE J AI 57 ANS

    • Bonjour ROLAND , vous avez eu beaucoup de chance et tant mieux , mais voyez vous l’hôpital de Guingamp n’est pas du tout le reflet de tous les hôpitaux HELAS ! Si cette mésaventure vous était arrivée a Marseille il y a de grandes chances pour que vous ne soyez plus là pour le raconter , a quelques années d’intervalle j’y ais perdu deux amis morts sur la chaise de la salle de LONGUE attente ! Entre le manque de moyens et le jean foutre du personnel on est mal barré , le plus efficace est de prendre soin de sa santé afin de ne pas avoir a fréquenter ces lieux . portez vous bien .

  5. Voilà un acte de résistance : le 29 septembre aux sables d’Olonnes pour empêcher le déboulonnage de la statue St Michel , avec L’UNI

  6. j ai vécu la même chose, ignoble, debut septembre a l hopital des broussailles de Cannes, suite a erreur de diagnostique
    je me suis sauvé en leur signant une « décharge »

    quinze jours plus tard je vais trés bien 😆

    • Navré pour vous cher Machinchose. Bon courage.

      J’ai connaissance d’un cas similaire dans mon entourage.

    • Je dirai, @Machinchose, que parfois éviter le recours à la médecine technico-allopathique devenue déshumanisante à tel point qu’un médicament qui va vous démolir d’un côté sans certitude de vous soigner mais vous est systématiquement prescrit (ce serait le « bénéficie-risque » cher aux médecins covidistes), peut vous sauver.

      La preuve…

  7. c’est incroyable de voir l’état hospitalier catastrophique en france au 21ème siècle, à tel point que l’idée d’être hospitalisé fait peur : si l’argent n’était pas mis dans une immigration massive des plus onéreuses, on aurait des services d’urgence et hospitaliers en meilleur état et bien d’autres choses encore

  8. Macron préfère accueillir des migrants, plutôt que de consacrer l’argent gaspillé pour les envahisseurs à l’hôpital. Si toutes les sommes dépensées pour l’accueil de ces gens qui ne nous amènent que des emm. étaient affectées aux services hospitaliers, aux retraites, les problèmes seraient réglés très rapidement et le poids de la dette diminuerait. Et ne parlons pas du pognon de dingue pour les allocs diverses qui leurs sont versées pendant que les très petits retraités fouillent dans les poubelles pour se nourrir. Une honte!

  9. Merci Jules pour cet article tout à fait édifiant. Le témoignage de Madeleine Riffault est clair et tellement émouvant. Une femme qui se soucie de tous les « abandonnés » à la porte des hôpitaux…

  10. macron tête de con nous a massacré tout notre système de santé, parce que ce pourri(jusqu’à la moelle) ne veut plus de sécurité sociale, il veut faire entrer de force le système amérloc dans notre pays, t’as pas de fric, tu te soigne pas !!!

    • Cher patriote tout à commencé sous la mitte errant , et s’est amplifier avec chichi , sarkosette , porcinet et le Terminator foutriquet l’assassin génocidaire.

  11. Article tellement représentatif. Dans la région parisienne, nous avons un ami que l’hôpital où il avait fini par atterrir a laissé mourir… du covid ? du manque de soin ?

  12. Voici LA FIN de la réponse de l’AP-HP sur la presse subventionnée :
    https://www.msn.com/fr-fr/actualite/france/crise-de-l-h%C3%B4pital-affirmant-avoir-pass%C3%A9-24h-sur-un-brancard-la-r%C3%A9sistante-madeleine-riffaud-98-ans-d%C3%A9nonce-l-%C3%A9tat-lamentable-du-secteur-de-la-sant%C3%A9/ar-AA124cR7
    «  » » »Précisant que « des gestes techniques, de soins et de surveillance ont ainsi été dispensés à la patiente de façon régulière tout au long de sa prise en charge », l’AP-HP dit, enfin, « regrette(r) très sincèrement la façon dont la patiente a vécu sa prise en charge et le fait qu’elle ait eu le sentiment d’avoir été insuffisamment accompagnée. Nous nous attacherons à clarifier rapidement et complètement les conditions dans lesquelles elle a été informée et accompagnée tout au long de sa présence à l’hôpital Lariboisière AP-HP. » » » » »

    • Après le « sentiment d’insécurité », ils inventent le « sentiment d’abandon » ! Grandiose.

    • il faudrait hospitaliser tous ces directeurs d APHP et autres crapules au moins 72 heures, sans oublier les « dictateurs » d hopitaux

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