Pendant vos vacances, si vous rendiez visite aux Dames de Talcy ?

 

Les  temps ne sont  pas à la légèreté au vu des évènements actuels et à venir : cherté de la vie, plus particulièrement des sources d’énergie, d’un hiver qui s’annonce difficile avec des coupures d’électricité et de gaz, de pénuries alimentaires,  d’une inflation non maîtrisée due à l’incurie et à l’aveuglement de nos dirigeants. Mais une belle histoire est toujours la bienvenue, qui nous fait oublier pour un moment la sombre clarté des jours.
Notre pays regorge de merveilles architecturales, mobilières,  paysagères. Je ne comprends pas pourquoi certains passent leurs vacances d’été au Maghreb, en Afrique. La France est déjà en partie une annexe de ces contrées. À moins qu’il ne s’agisse d’une sorte de subtil masochisme, style on n’en a jamais assez? Mais bon…
Aussi, si vous passez non loin du château de Talcy, n’hésitez pas à rendre visite à ces dames.  Ce château se situe au cœur du petit village éponyme, château  qui se visite pour la période estivale de 09h30 à 12h30 et de 14h à 18h, et ce jusqu’au 4 septembre.  Il est   situé à 34 km de Blois environ.  C’est un château de style Renaissance, mais un  banquier florentin, Bernardo Salviati,  qui fit son acquisition, obtint de François Ier de le fortifier. Il fit ajouter des créneaux,  un chemin de ronde, et des mâchicoulis, plus décoratifs que défensifs, et destinés à affirmer la puissance de son propriétaire. L’édifice abrite les chambres de Catherine de Médicis et de Charles IX, qui y ont séjourné lors de la conférence dite de Talcy en 1562, destinée à réconcilier protestants et  catholiques. Ce fut  un échec. Dix ans plus tard, c’était  la Saint-Barthélémy.
Talcy est aussi connu pour avoir été la demeure des dames de Talcy, à savoir Cassandre et Diane Salviati.  Cassandre est la fille de Bernardo, et Diane la nièce de Cassandre.
Cassandre Salviati a inspiré à Pierre de Ronsard le recueil des Amours, dits Amours de Cassandre, en   décasyllabes, dont le célèbre Mignonne,  allons voir si la rose. Le poète rencontre Cassandre à un bal de la cour à Blois le 21 avril 1545. Il en tombe éperdument amoureux. Elle a quatorze ans, lui vingt. Mais la belle Cassandre est promise à un autre, qu’elle épousera l’année suivante, en novembre, Jean Pégné, seigneur de Pray.  De plus, Ronsard avait été tonsuré deux ans plus tôt, et il était devenu sourd à la suite d’une maladie. Ce qui n’a pas dû faciliter leurs échanges.  Certains avancent que sa surdité était due à une forme de syphilis. Notre poète se consola de ses amours déçues en fondant deux années plus tard  la Pléiade avec Joachim du Bellay  et quelques autres, Pléiade  destinée à renouveler et à perfectionner la langue française. Cassandre eut une fille, prénommée Cassandre elle aussi, qui épousa Guillaume de Musset. Ainsi, Alfred de Musset compte Cassandre Salviati parmi ses ancêtres. Elle mourut en 1607 à l’âge de 76 ans. Ronsard avait rendu son âme à Dieu quelque vingt-deux ans plus tôt.
Une autre Salviati, la nièce de Cassandre, Diane, inspira de l’amour à un autre poète :  Théodore Agrippa d’Aubigné. Il était protestant, elle était catholique. En ces temps de guerres de religion, c’était un amour impossible. En 1570, Agrippa d’Aubigné, ayant hérité de sa mère  la terre des Landes près de Mer, à 10km de Talcy,  s’y installe. Le successeur de Bernardo Salviati, Jean,  est un catholique libéral. Diane ne  fait pas un mauvais accueil au jeune d’Aubigné. Il en tombe éperdument amoureux. En 1571, après avoir défait une troupe de papistes forte de 600 hommes avec seulement 40 compagnons, selon ses dires,  sauvant ainsi la ville de Mer, d’Aubigné est  contraint de se réfugier à Talcy. Il retrouve sa Diane avec qui il file le parfait amour.  Toujours selon ses dires, Jean Salviati aurait accepté de lui donner la main de sa fille Diane en échange d’une lettre compromettante qu’Agrippa possédait, lettre qui incriminait  le chancelier de l’Hôpital dans la conjuration d’Amboise. Agrippa préfère la brûler. Devant ce geste chevaleresque, Salviati lui accorde la main de Diane. Fiancée, Diane se donne à lui. Ce mariage n’est pas du goût de la famille, et un oncle de la demoiselle s’en mêle, Mathieu de la Saussaye, évêque d’Orléans, grand maître des Hospitaliers de Saint t-Lazare, qui  envoya  même son procureur et des hommes pour arrêter  le récalcitrant. Quelques temps après, Agrippa est blessé par un inconnu. Diane comprend que ce mariage est impossible et rompt. Ainsi que Jean Salviati, qui reprend sa promesse. Agrippa est désespéré, tombe malade, et retourne à Paris. Il ne reverra Diane qu’à l’occasion d’un tournoi dans la capitale. La belle, mariée entretemps à Forèse de Limeuil,  aurait été saisie de mélancolie à sa vue, selon les dires d’Aubigné,  et se serait retirée sur ses terres pour y mourir à l’âge de vingt-cinq ans, après 1575.
Tout ce récit est à prendre avec prudence, Agrippa ayant quelquefois tendance à l’exagération. Il épousa lui-même Suzanne de Lezay. Il conserva, paraît-il, en guise de talisman, une tresse de cheveux de Diane, au grand dam de son épouse légitime. Il n’oublia jamais Diane. Il célébra ces amours dans l‘Hécatombe à Diane. Il est aussi l’auteur des Tragiques. Il mourut en 1630 à Genève, cinquante-cinq ans après sa muse, après une vie mouvementée. C’est le grand-père de madame de Maintenon.
J’ai visité pour ma part de nombreux châteaux de notre beau pays. Je n’ai jamais été déçu. J’ai pour particularité de ressentir l’énergie qui se dégage de tels lieux, et la présence de ses anciens occupants. Pour moi, ils sont toujours là. Il suffit de tendre l’oreille, d’observer. Un bruissement de tissu, une effluve de parfum, des bruits lointains et assourdis de voix. Diane et Cassandre sont partout, jusque dans les jardins qu’elles ont tant aimés.  C’est la mémoire des temps passés.  Pour finir, j’ai voulu ronsardiser,  loin de me prendre pour l’illustre poète, dans un hommage à Cassandre.
              À CASSANDRE
Je vous aime Cassandre,
Votre cœur est à prendre.
Cupidon dans le parc,
M’a touché de son arc.
J’entends souvent vos rires,
Je revois vos sourires,
Et dans vos yeux si sombres
Passait parfois une ombre.
Mais le temps a lassé
Nos si folles amours,
Nos cœurs entrelacés.
Mais le temps a lassé
Et nos nuits et nos jours,
Nos amours trépassées.

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8 Commentaires

    • Je ressens des choses qui échappent aux autres. Ainsi, dans un château, au cours d’une visite, j’ai été pris d’une sorte de crise d’étouffement. Qui n’a pas duré longtemps, le temps de quitter la pièce. Le guide nous a conté ensuite qu’un des châtelains avait fait emmurer vivante son épouse. Du coup les autres visiteurs ont eu l’air de se méfier de moi. Pour les rassurer j’ai prétexté une crise d’asthme.

  1. Merci Argo. J’aimerais tant encore pouvoir visiter la France, celle que j’ai aimée. Si nous parvenons à en finir avec la dictature mondialiste qui nous vole aussi notre liberté de mouvement. Meilleures salutations d’Italie

  2. Une splendeur !
    Quelle belle région, l’histoire, la Loire, les marchés…Regrets de l’avoir quittée après 15 ans passés à Orléans.

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