Professeur Furfari : voler n’est pas seulement un rêve, c’est une nécessité

Nous avons déjà publié quelques articles pleins de bon sens et de connaissances scientifiques du Professeur Furfari comme celui-ci : https://resistancerepublicaine.com/2020/08/08/professeur-samuele-furfari-mais-arretez-donc-dennuyer-les-francais-avec-le-chauffage%E2%80%89/

Cette fois, le Professeur, en colère, prend La Défense des enfants et de leur droit à rêver d’aviation.

 

Le professeur Furfari, dans un article publié sur La Tribune fait le point au sujet de la controverse soulevée par la récente déclaration du Maire de Poitiers qui remet en cause le développement de l’aviation en voulant briser le rêve des enfants de voler au prétexte qu’il s’agirait d’une activité particulièrement polluante. Il n’en est rien, comme le démontre, chiffres à l’appui, Samuel Furfari

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Professeur en géopolitique de l’énergie à l’Université Libre de Bruxelles, docteur en Sciences appliquées (ULB), ingénieur polytechnicien (ULB), Président de la Société européenne des Ingénieurs et Industriels. » Voler n’est pas seulement un rêve mais une nécessité !

OPINION. Lors d’une discussion sur un aérodrome, la maire EELV de Poitiers a affirmé que « l’aérien ne doit plus faire partie des rêves d’enfants ». Une prise de position qui non seulement remet en cause le rêve immémorial de l’être humain de voler mais aussi traduit une profonde méconnaissance de c’est qu’est la réalité du secteur aérien international. (*) Par Samuel Furfari, professeur en géopolitique de l’énergie à l’Université Libre de Bruxelles, docteur en Sciences appliquées (ULB), ingénieur polytechnicien (ULB), Président de la Société européenne des Ingénieurs et Industriels.

L’ingénieur Dédale, emprisonné avec son fils dans le labyrinthe qu’il avait conçu, s’ingénie à faire s’envoler son fils avec des ailes de plumes et de cire. De tout temps, l’homme a voulu voler, stupéfait de voir des oiseaux s’élancer dans les airs avec une agilité qui fait envie. Lorsque j’étais enfant, dans mon quartier, pendant le week-end de Pentecôte, quelques champs étaient transformés en aérodrome pour que ceux qui pouvaient se le permettre fassent un baptême de l’air de quelques minutes. La grande majorité des gens regardaient émerveillés ces privilégiés, se contentant de boire un verre à la buvette et d’offrir un tour de carrousel aux enfants.

On ne parle qu’en mal de l’énergie

Grâce au développement économique, les vols se sont multipliés. La Commission européenne a œuvré pour démanteler le monopole des compagnies aériennes nationales de sorte que la concurrence a démocratisé les vols au point que chacun peut se permettre de voyager. Lorsque j’explique à mes étudiants la notion d’internalisation des coûts externes de l’énergie (augmenter le prix de l’énergie pour compenser son impact négatif), je leur dis qu’il faudrait aussi calculer les bénéfices externes de l’énergie, une notion qu’ils n’ont jamais entendue tant on ne parle qu’en mal de l’énergie. Je l’illustre avec l’exemple d’un couple en crise qui part en week-end à Venise et qui revient réconcilié et joyeux. L’avion aura certes pollué, mais cela aura permis d’éviter de devoir chauffer deux logements, d’éviter les interminables navettes des enfants entre les parents séparés, etc. Il n’y a pas que des inconvénients dans l’utilisation de l’énergie — autrement on ne le ferait pas. De même, il n’y a pas que des inconvénients à l’aviation.

Un symbole à abattre

A Poitiers, dans le cadre d’une discussion sur un aérodrome, la maire EELV ose affirmer que « l’aérien ne doit plus faire partie des rêves d’enfants ». Sans surprise, ces propos invraisemblables font le battage médiatique sur les médias sociaux. Ce n’est guère surprenant, car avant la crise de la Covid 200 millions de passagers prenaient l’avion en France chaque année. Non seulement l’écologisme interdit le sapin de Noël, le Tour de France, mais il s’attaque à présent aux rêves d’enfants. Il y a longtemps que les adeptes de la décroissance ont l’idée fixe d’interdire la liberté qu’offre l’avion. C’est, pour eux, un symbole à abattre, car il représente à la fois les affaires internationales et la joie de vivre et de consommer. On ne compte plus les études payées par des ONG financées par des États qui stigmatisent l’impact environnemental de l’aviation, singulièrement du tourisme aérien.

Une donnée négligeable

La croissance du transport aérien était jusqu’à la crise du Covid quasi-ininterrompue depuis plus de soixante ans, en moyenne de deux fois et demie supérieure à celle du PIB mondial. Or, les émissions de CO2 de l’aviation ne représentent que 2% à 2,6 % de celles des activités humaines. Et malgré une augmentation en valeur absolue, ce pourcentage n’a pas évolué depuis 1990 (car malheureusement en parallèle, les émissions mondiales de CO2 ont crû de 58 %). Contrairement à ce que laisse entendre un discours médiatique et militant, l‘aviation demeure donc une donnée minime et négligeable dans l’équation pour la lutte contre le réchauffement climatique. Bjorn Lomborg, ancien statisticien de  Greenpeace, a calculé que « même si chacun des 4,5 milliards de passagers qui prennent l’avion chaque année restait au sol, et qu’il en aille de même jusqu’à l’année 2100, l’augmentation des températures ne serait réduite que de 0,027 °C ».

La volonté de taxer le kérosène

Depuis plus de dix ans, la Commission européenne tente d’imposer une taxe sur le kérosène dans l’espoir vain de montrer l’exemple. Connie Hedegaard, une ancienne Commissaire européenne responsable de l’Action pour le climat, avait insisté pour obliger les compagnies à payer plus cher le combustible aérien. Elle a dû se résigner en novembre 2012, devant l’opposition des États-membres, bien conscients de la dimension purement idéologique d’une telle mesure. En effet, en vertu de la convention internationale de Chicago de l’aviation civile, une telle « écotaxation » ne concernerait alors que les vols intérieurs, entre pays européens, et ne pourrait pas toucher les vols au départ ou à l’arrivée du reste du monde. Une balle dans le pied pour nos compagnies du Vieux continent, un effet infinitésimal sur le réchauffement climatique et un dossier qui est toujours au point mort à Bruxelles, au grand dam des ONG anti-avion.

L’aviation, un secteur de plus en plus écologique

Pendant ce temps, au-delà du brouhaha militant, les progrès technologiques rendent les avions plus performants et de moins en moins polluants. Ainsi, depuis l’accord de Rio sur le changement climatique, le secteur aérien est parvenu à diviser par deux ses émissions par passager. Une diminution colossale, en quelques années. D’ailleurs, rappelons que les compagnies aériennes investissent plus de deux milliards d’euros par an pour renouveler leur flotte et mettre en service des avions de dernière génération, plus économes en carburant et moins bruyants.

 

Levier essentiel de la globalisation, on comprend que l’industrie aéronautique soit la cible des décroissants qui ne s’embarrassent pas des emplois (320.000 postes en en France dans l’aérien avant la crise et 180.000 dans l’industrie aéronautique) et des plus-values que crée cette industrie. Croient-ils vraiment que les Chinois, les Indiens, les Brésiliens et même les Américains vont limiter leurs déplacements aériens ? Pensent-ils que supprimer les vols internes de moins de deux heures va montrer l’exemple à ceux qui veulent dominer le monde par la croissance technologique et l’innovation ?

 

Une nécessité

Voler n’est pas un rêve, c’est une nécessité. Les écologistes ne parviendront pas à arrêter l’aviation mondiale. Tout au plus, parviendront-ils à faire de la France un désert économique où seuls quelques nantis pourront encore se permettre de voler. Le résultat sera que les enfants français feront l’inverse de ce que veut la maire de Poitiers : ils rêveront de faire, non pas comme le trop lointain Icare, mais comme les enfants chinois modernes.

Samuele Furfari

 

Samuele Furfari vient de publier :  « Énergie. Tout va changer demain ? Analyser le passé, comprendre l’avenir. » 

 

Publication originale sur La Tribune.

https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/voler-n-est-pas-un-reve-c-est-une-necessite-882222.html

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8 Commentaires

  1. MERCI pour votre bon sens, Monsieur Furfari! J’espère qu’il sera suivi, et à ceux qui se demanderaient d’où vient tant d’aversion pour une aviation qui pollue si peu, je recommande le livre « L’Envie » de Helmut Schoeck

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