Tatiana Ventôse : pourquoi j’ai quitté la gauche et ce que j’ai retrouvé

Les dégénérés Publié le 11 décembre 2020 - par - 9 commentaires

Quelques commentaires relevés sous la vidéo sur You tube (elle est visible juste après, ci-dessous) :

-Très touchante vidéo, ce n’est pas vous qui avez quitté la gauche, c’est la gauche qui a quitté le peuple.

-Les GJ vous êtes la France, je vous aime, on n’oubliera pas. Pour la France.

-Moi aussi, ancien militant antifa, j’ai le droit à des insultes type « facho » « nazi » etc … Ces gens sont lamentables.

-C’est devenu rare mais j’ai l’impression d’avoir entendu parler une personne authentiquement de gauche.

Je ne te connaissais pas du tout, et pourtant je dois dire que je suis resté scotché tout le long de la vidéo, ayant l’impression que l’on me contait mon cheminement vis à vis des institutions politiques françaises lors des dernières années.

-Comme tu l’as très justement dit : « Ma seule loyauté elle va à mes valeurs, mon pays et son peuple ». Je me reconnais totalement dans cette devise. Je sais qu’à l’image de ta grand-mère, mon grand-père cheminot chez qui j’ai grandi dans ma campagne mosellane est probablement fier de nous de là où il est aujourd’hui 🙂

Extraits : 

J’ai rompu avec la gauche il y a cinq ans jour pour jour par une froide soirée de décembre 2015.

Depuis il s’est passé plein de choses magnifiques dans ma vie, depuis j’ai aussi été accusée d’avoir changé de bord, d’être raciste ou fasciste par des gens de mon ancien camp qui s’imaginent dans leur esprit fragile et manichéen que si tu n’es pas avec eux alors tu es contre eux, à l’image de l’attitude de leur leader Mélenchon -mais on y reviendra.

Il est temps que ces gens passent à autre chose mais ce n’est pas pour eux que je fais cette vidéo. Déjà, je la fais pour moi, parce qu’il y a des choses que j’ai tues beaucoup trop longtemps. A la base, je l’ai fermé pour ne pas blesser des gens et puis parce que c’était tellement loin dans le passé qu’il ne valait absolument pas la peine de revenir dessus. Mais force est de constater que le silence ne rend jamais service à personne.

Cette vidéo je la fais aussi pour vous parce que j’espère que grâce à cela, vous comprendrez un peu mieux d’où je viens, quelles sont mes valeurs et que vous y trouverez, allez savoir, des choses qui feront peut-être écho chez vous. Donc, on va mettre les choses au clair une bonne fois pour toutes…

[Musique]

On va reprendre au début.

M’engager, c’était une évidence. A gauche, une autre évidence. Pour moi, la gauche, c’était le côté du peuple, des gens. De ceux qui souffrent. Mon histoire familiale, notamment ma mamie qui a émigré d’Espagne franquiste, une dictature d’extrême droite pour qui parler politique à la maison, c’était déjà un acte militant et dangereux, a fait que je n’ai pas pu me tourner vers autre chose. J’ai grandi entre les mines fermées de la petite ville communiste, Villerupt et le crassier,  ce tas de déchets et résidus de l’industrie minière à l’entrée de Longwy dans le nord de la Lorraine, une région marquée par la désindustrialisation, le chômage,  où la culture ouvrière était la norme, pas très loin des hauts fourneaux de Florange, une terre rouge, au sens propre comme au figuré, entre le bloc Lénine, l’avenue Karl Marx et la mairie, ce bâtiment aux airs soviétiques installé juste au coin de la rue de la Commune de Paris. Une terre encore rouge de la poussière du fer minier qui teintait le linge blanc à sécher dans le jardin jusqu’aux années 70,  sous le regard de Sainte Barbe, la patronne des mineurs et son église toute en fer à Crusnes, le village d’à côté. Comme la plupart des gens là-bas, je suis petite fille d’immigrés espagnols, italiens et polonais, des gens de rien qui ont débarqué en France avec une valise à peine plus grande que ton smartphone…[Images du film : Toni, Jean Renoir].

Dans le contexte de désindustrialisation de ma région, j’ai connu ma mère au chômage,  à galérer entre des agences intérim pendant que ma grand-mère cumulait son emploi de femme de ménage et des repas de mariage pour s’assurer qu’on ne manque de rien.

La gauche, c’était une évidence ;  c’était les gens qui nous défendaient,  c’était les communistes de la mairie qui nous donnaient, comme à chaque élève, un dictionnaire ou une encyclopédie tous les ans à l’école,  la gauche qui nous donnait la possibilité par l’école et par le travail de s’émanciper de comprendre le monde et de le changer s’il le fallait.

Il paraît que quand j’avais deux ans, je racontais que j’étais communiste. A 6 ans,  je chantais l’Internationale au 14 juillet en même temps que la Marseillaise !

Les deux, après tout, sont des chants révolutionnaires : quelle différence, le rouge du tricolore, c’est bien le même que celui du drapeau de la Révolution, non !

A 12 ans, j’ai lu dans le Manifeste du Parti Communiste de Karl Marx que la classe ouvrière n’avait rien à perdre que ses chaînes, et j’ai développé une conscience politique nourrie à la fois par les livres et les journaux dont ma mère retapissait notre deux pièces, et une culture plus alternative, plus libertaire que celles des groupes de punk longovicien [de Longwy] de mon beau-père que celle de la Commune de Paris raconté par Vautrin et Hardy.

 

J’étais la meuf politisée de ta classe,  la Mafalda de service [BD argentine] qui casse les oreilles à tout le monde avec les injustices et le capitalisme, celle qui mettait les profs devant leurs contradictions politiques quand ils ne faisaient pas grève alors qu’ils nous tenaient en parallèle des discours engagés.

Les mouvements étudiants, j’étais dedans même quand j’étais en prépa et la seule fois de ma vie où j’ai séché des cours, c’était pour aller  manifester, aller chercher les élèves des autres lycées,  mettre des chaînes sur les portes de la fac à 5 heures du matin, gueuler après les bureaucrates mous de l’Unef en assemblée générale. J’étais là. Pour moi, il n’y avait toujours pas de questions, c’était toujours à gauche, avec les défenseurs des déshérités,  des pauvres, ceux qui cherchaient à changer le monde, pour que le peuple vive mieux, ceux qui se rassemblaient,  qui s’élevaient pour plus d’égalité, plus de justice quand la droite, c’était les bourgeois, les riches, ceux qui voulaient le statu quo,  voire pire – le retour en arrière. Ceux qui volaient le fruit du travail des honnêtes gens par leur exploitation, ceux  qui nous méprisaient et qui nous parlaient mal.

A l’époque, c’était simple.

Ce n’était sans doute – on ne va pas se mentir, qu’en partie vrai déjà à l’époque mais depuis, le sens des mots a quand même fichtrement changé…

[Musique]

Quand, en 2012,  j’ai entendu Jean-Luc Mélenchon,  sous le génie de la bastille qui célèbre les trois glorieuses de 1830, quand je les ai entendus dire on s’espérait,  on s’est retrouvés, je ne suis pas posé de questions,  j’ai rejoint son parti. Ce n’était pas la France Insoumise à l’époque,  ça s’appelait le Parti de gauche. Peu importe, pour moi c’était la maison qui était debout de nouveau après des années d’errance et de compromissions. Pendant trois ans, je n’ai pas compté mes heures pour la cause. J’ai mis toute ma vie dedans, j’y croyais, et quand il fallait coller des affiches, j’étais là. J’ai répondu présente à toutes les manifs, à toutes les marches, même celles où il fallait que je vienne d’Angleterre où j’habitais à l’époque. Pour  organiser,  traduire des conférences, des rencontres avec des dirigeants étrangers, j’étais là. J’étais là pour  aller chercher Varoufakis à la Gare de Lyon et servir d’appât pour le convaincre d’aller à la Fête de l’Huma plutôt qu’au week-end du Parti socialiste. Pour tenir le vestiaire à la Rotonde à la soirée de sortie du livre de Jean-Luc Mélenchon, j’étais là. J’étais là pour accompagner  Méluche sur les plateaux télé ;  encore là pour lui organiser un comité d’accueil pour sa rencontre avec Assange à Londres ;  présente pour aller à Madrid pour une manif avec Podemos. Pas de soucis pour  passer des réunions interminables à essayer de convaincre qu’il fallait parler au-delà de nous-mêmes, qu’il fallait renouer avec le peuple avec la France, avec les vrais gens dont le Parti de gauche et plus largement toute la gauche qui était déjà en train de se couper de manière- je le craignais- définitive.

Je me suis retrouvée dans les instances dirigeantes du parti au prix de combats internes aussi difficiles que vains ;  encore des réunions à tenter d’expliquer que l’entre-soi gauchiste est l’ennemi du bien commun et tout ça je l’ai fait gratuitement, volontairement, avec enthousiasme. J’ai déjà raconté cette histoire dans d’autres vidéos et ce n’est pas le sujet.  

Quand j’ai claqué la porte du secrétariat national du Parti de gauche -et de la gauche en général,  il y a cinq ans, je n’avais pas encore conscience de ce que je venais de refermer derrière moi.

On était un petit groupe,  celui qui a donné l’équipe du Fil d’actu par une soirée d’un froid mardi 2 décembre.

Plus personne à l’accueil, on a remis nos cartes déchirées en deux sur le bureau. J’ai rendu mon badge- le privilège de la

Direction, on a refermé derrière nous et on est reparti une dernière fois du siège avec un sentiment de soulagement, sans avoir pleinement conscience de ce qu’on venait de quitter. A l’époque, surtout, je n’avais pas conscience de ce que je m’apprêtais à trouver, mais la porte était encore entrebâillée, et pour trouver autre chose,  il fallait d’abord la refermer complètement car j’étais partie du QG en croyant encore  à un Jean-Luc Mélenchon. C’est dans la lettre de démission que j’ai envoyée. Vous me connaissez,  je n’entre ni ne sors de nulle part sans faire un peu de bruit, alors dans cette lettre où j’ai dit aux membres de la direction qu’en plus d’être des sous merdes humainement,  ils étaient politiquement complètement nuls, je disais aussi que je reste et resterai loyale à Méluche. Grave erreur !

Il m’a fallu encore quatre mois de désintoxication pour me rendre compte que c’était lui le pire ! Ce n’est pas le chef pour rien ! Quand il a demandé à me voir un mois après mon départ,  deux fois- la deuxième avec mon équipe, c’était pour nous demander de travailler pour lui. Il n’avait pas amené un contrat de travail, dans ce milieu-là ça ne se passe pas comme ça, mais il était question de bosser pour la communication de sa campagne de 2017. J’aurais pu à ce moment-là revenir dans le giron, réintégrer la cour, blanchie, intouchable car élue par le grand chef, en  plus. Mais ce soir-là,  j’ai mis en avant des désaccords politiques et stratégiques pour finir par lui dire non. Et Jean-Luc m’a clairement intimé de retourner « faire les mickeys » que lui « faisait de la politique » !

Qu’à cela ne tienne, ma vision de la politique, ça n’a jamais été de fermer ma gueule quand je pense que quelqu’un fait erreur. Je n’ai pas réfléchi sur le moment que ça allait me fermer des portes, et probablement un siège de député par la suite. J’ai fait de la seule manière que je sais faire : à l’instinct,  j’ai dit non et j’ai été traitée comme la dernière des traîtresses, celle qui plante les piolets dans le dos !

Celui qui dit non à Mélenchon,  c’est Ramon Mercader doublé d’un thermidorien avec des gènes de Raoul Villain [assassin de Jaurès] – et tu sais que tu as une culture de gauche  si tu as chopé les trois références dans cette dernière phrase…

Bref depuis avec Jean-Luc, on ne se parle plus et même quand on se croise,  on détourne la tête et les militants insoumis continuent de faire leur travail de moutons bêlants dès que je fais un tweet ou que je me moque de leur député idiot comme je me moque de tous les politiciens idiots. S’ils savaient. Mais je suppose que beaucoup de gens ont du mal à imaginer qu’on puisse dire non à un gars comme Mélenchon sur la base de convictions qui plus est,  et encore plus quand un poste est en jeu. Je ne sais pas dire autre chose que ce que je pense si j’estime que Jean-Michel se comporte comme un connard je vais lui dire : Jean-Michel tu te comportes comme un connard. Je ne suis pas impressionnée quand je rencontre quelqu’un de connu,  je traite les gens comme des personnes, je ne te donne pas plus de respect ou moins parce que tu es connu : tu as mon respect si tu es quelqu’un de respectable. C’est la même chose pour Méluche : de quel droit la France insoumise serait-elle incritiquable au prétexte que j’ai été membre du parti ancêtre de la FI  et que je les connais ? Pourquoi est-ce que je devrais me taire quand ils racontent n’importe quoi ?

Ils sont logés à la même enseigne, pas plus, pas moins. Les privilèges,  déjà ce n’est pas trop un truc de gauche, les gars !

Et puis je ne leur dois rien, moi, à ces gens, ni fidélité ni loyauté. Ma loyauté, elle n’est pas envers des personnes avec qui j’ai fait un petit bout de route dans ma vie et particulièrement pas envers ceux qui ont essayé de me bousiller,  les Danielle Simonnet, Eric Coquerel, Paul Vannier et autres, aussi peu subtiles qu’insipides dont je ne me souviens pas des noms. Ma loyauté,  elle ne va même pas à des idées, parce que les idées,  je suis prête à les remettre en question. Ma seule loyauté, elle va à mes valeurs,  à mon pays et au peuple qui le compose,  ni plus, ni moins. Je ne sais pas dire autre chose que ce que je pense, c’est peut-être un défaut, mais c’est comme ça. C’est pour ça que quand j’ai eu à choisir entre faire partie d’une cour qui passait son temps à dire à  Méluche qu’il était génial et dire la vérité, j’ai dit la vérité et si ça fait de moi une traîtresse,  demandez-vous ce que taire la vérité a fait de vous dans votre vie toutes les fois où vous avez menti,  toutes les fois où vous êtes resté silencieux.

Jamais je n’ai eu aucun regret d’avoir dit ce que j’avais à dire. Dans le cas présent, je pense même que cela m’a évité de moisir dans ce marécage idéologique qu’est la gauche aujourd’hui…

[Musique]

Mais mon histoire avec la gauche ne s’est pas terminée ce soir de février 2016 dans le resto cubain du 10e arrondissement où j’ai dit non à  Mélenchon. Orpheline de cause après des années à investir ma vie dans la politique, après avoir refermé la porte d’un parti où j’avais pourtant un poste, j’ai  rencontré sur mon chemin ce qui à l’époque n’était qu’une dégénérescence mongole minoritaire de la gauche et qui depuis s’y est progressivement imposé comme la majorité.

Je parle des identitaires, des racialistes, ces sous-produits petit bourgeois, des individualistes néolibéraux au cerveau détruit par le post modernisme à l’américaine, qui se sentent une âme de révolutionnaire en carton- oui Usul, je parle de toi.

J’ai donc enchaîné sur  On vaut mieux que ça. [Collectif sur les réseaux sociaux]. Deux  semaines après ma dernière rencontre avec Jean-Luc Mélenchon, j’ai fait partie d’un collectif de vidéastes contre la Loi El Khomri. Avec l’appel de François Ruffin et la pétition de Caroline de Haas, notre collectif était considéré comme l’un des initiateurs du mouvement contre la Loi travail.

C’est dans ce collectif que, pour la première fois, j’ai été confrontée directement à la gauche dégénérée, encouragée à assister à des réunions non mixtes, ce que j’ai toujours refusé, à parler d’écriture inclusive, de choisir son genre, de racisé point.e, point.s…

Bref, pour la première fois, j’ai assisté en live à des scènes ahurissantes où on a intimé à mes collègues d’Osons causer ou  du Fil d’actu [vidéos sur you tube] de se taire sur le sujet de la Loi travail parce qu’ils étaient des hommes blancs hétérosexuels. Et pour moi, ces gens n’étaient pas la gauche. Ce n’étaient même pas des militants, c’étaient des petits écervelés sans culture politique,  au narcissisme pathologique caractéristique de la société libérale dans laquelle on vivait, mais pas des activistes.

Je ne pensais pas à ce moment-là que la gauche allait par la suite embrasser ce phénomène avec une fulgurance à faire concurrence à la vitesse de la lumière. Ma rupture avec ce collectif -ou devrais-je plutôt dire cet agrégat d’individus- a été beaucoup plus rapide que celle d’avec le Parti de gauche, moins douloureuse parce qu’ils étaient autrement plus cons, quand même. On avait contribué à ouvrir la possibilité d’un mouvement social et avec quelques autres (…),  nous étions  convaincus qu’il fallait pousser le mouvement pour obtenir le retrait de la Loi travail.

Bref,  rester sur l’aspect politique de la chose (…).

La rupture s’est faite au bout de même pas deux mois, au cours d’une assemblée générale du collectif.

Nous étions censés discuter de nos désaccords et où Usul avait fait entrer ses amis pour nous mettre minoritaires et au cours de la discussion, nous nous sommes rendus compte qu’on nous avait coupé tous les accès aux comptes et aux pages Facebook, Twitter et autres mails. (…)

J’ai vécu ces scènes surréalistes dans la foulée de mon départ du Parti de gauche comme une véritable traversée du désert. A ma rupture avec la gauche avait succédé une déception vis-à-vis de ce qui était supposée être l’action politique à partir de là. Ce qu’à cette époque je ne savais pas, c’est que j’avais eu un aperçu de ce qui allait arriver à la gauche toute entière. D’une fonction de point d’appui d’un mouvement social, de l’objectif d’obtenir des victoires pour tout le monde, ils sont passés à des plaintes nombrilistes sur Twitter et ils appellent ça du militantisme !

En même pas deux mois dans On vaut mieux que ça, j’ai entrevu la suite de l’histoire pour la gauche comme si j’avais une boule de cristal. C’était fini de se battre en tant que classe pour des droits, désormais c’était : je me plains en tant que femme noire -trans- unijambiste pour me définir comme je veux.

Le mouvement Nuit debout en parallèle de cette expérience était un peu à cette image. Le mouvement social est rapidement devenu un rassemblement quotidien  d’étudiants, de profs de fac et de petits bourgeois qui passaient leur journée Place de la République à débattre pour savoir s’il fallait voter ou s’il fallait réécrire une constitution dans un entre-soi inclusif…

Personne là-dedans ne se rendait compte à quel point ils étaient coupés du monde, et que pendant qu’ils parlaient, il y avait des vrais gens qui allaient bosser dans le vrai pays et que les boulevards autour de la place étaient pleins des sdf que leur comité inclusif sur les droits des trans ou sur la précarité,  avait ironiquement chassés de la place. Je les ai vus en quittant la place et en en faisant le tour et c’est une scène qui m’a profondément marquée parce qu’elle était symbolique d’une gauche complètement décalquée, jouant à la révolution de ses fantasmes, pendant que, littéralement, des gens étaient en train de crever dehors.

 Et la suite vous la connaissez parce que vous avez vu la dégénérescence en live ces dernières années : il fallait donner des gages de pureté idéologique à n’importe quel manipulateur narcissique pleurant sur Twitter sur ses oppressions systémiques,  traiter de fascistes tous ceux qui ne cèdent pas au chantage et utiliser cette accusation de fascisme que, comme l’autiste Usul, ils diagnostiquent eux-mêmes, comme une excuse pour se livrer à toutes les pressions, les harcèlements et les lynchages des petits chefaillons qu’ils sont devenus. Avec l’autorité de leur côté, avec cette attitude plus proche de celle des gardiens d’Auschwitz que de leur soi-disant ancêtres victimes des fascistes,  en bref plus collabos que  résistants.

Et au fur et à mesure que les représentants de la gauche adoptaient ces comportements de soumis (….), à mesure que la gauche s’enfonçait toujours plus loin dans le gauchisme,  celui que Lénine a lui-même qualifié de maladie infantile, ces gens me sont devenus complètement étrangers.

J’ai toujours su que quand tu commences à abandonner l’universalité, à justifier qu’on peut faire une exception pour telle ou telle personne, pour tel groupe, sur la base de ses idées, de sa couleur de peau, de sa religion, tu n’en finis jamais et tu ouvres la porte à l’arbitraire et à la discrimination.

Ce n’est même pas de la politique, c’est de la logique à ce stade.

Pourquoi  faire une exception pour les Noirs parce qu’ils sont noirs ? Traiter les musulmans différemment parce qu’ils sont musulmans ? Mais à partir de quel moment est-ce que tu justifies la discrimination sur la base de la religion,  de la couleur de peau ? Et ce n’est pas parce que tu dis qu’ils sont opprimés et que ce n’est pas du racisme et ce n’est pas parce que certains font du chantage victimaire que c’est la réalité.

Mais la gauche qui voulait défendre les opprimés contre les fascistes, elle n’a pas marché,  elle a couru ! D’une intransigeance sur la laïcité qui faisait partie de son ADN depuis au moins 150 ans,  ils en sont arrivés au nom du pas d’amalgame à marcher bras dessus, bras dessous avec des islamistes,  des fanatiques,  des mecs qui crachent sur leurs valeurs et qui chient sur la laïcité et en plus, ils en redemandent !

A croire que, comme Usul, la gauche aime se faire victimiser par ses ennemis historiques, les fanatiques religieux cherchant à imposer leurs normes sociales rétrogrades et leurs lois liberticides.

Mais ça continuait de se complaire là-dedans parés d’une bonne conscience anti raciste. Les propos sur les Macaronis dans la bouche d’une eurodéputée FI, ceux de Mélenchon sur les Tchétchènes sont loin d’être de simples dérapages.

Ils sont symptomatiques de tous les renoncements, de toutes les fois où la gauche a essayé de louvoyer pour  garder une apparence antiraciste et d’engranger les voix des musulmans qu’ils ont théorisés, avec l’absence de finesse d’analyse qui les caractérise, comme le nouveau prolétariat.  La gauche, qui est devenue raciste par un opportunisme même pas fructueux,  pensant qu’en ramassant  les voix des quartiers populaires et en donnant des gages aux islamistes et au combat identitaire, ils ramasseraient des voix ! En vain ! Et plus ils s’obstinent plus ils perdent du terrain.(…)

Mais il n’y a aucune larme à verser sur le sort de la gauche. Il y a assez de ce pays qui meurt pour ne pas plaindre ceux qui ont creusé leur propre tombe.

 La gauche a choisi son camp,  celui de l’identitarisme. Marianne qui fait la plupart de ses unes sur le désastre en cours en France, sur notre gouvernement qui découpe notre pays par tous les bouts, au niveau industriel, au niveau légal,  au niveau diplomatique,  au niveau culturel, c’est pour Méluche des fachos,  les porte bagages de Valeurs actuelles ! Et François Ruffin qui explique que dans un état bien gouverné, les frontières comme l’économie sont contrôlés au moins en partie par l’Etat est taxé de xénophobe !  Ainsi, contre son peuple, contre son pays, contre les gens qu’elle est censée défendre, la gauche a choisi l’individualisme. Netflix, Black lives matter et le soutien aux islamistes.(…)

Pour moi,  la rupture est consommée définitivement. Ces gens font désormais partie de mes ennemis politiques et c’est fini depuis longtemps. En fait, quand j’ai refermé la porte du siège du Parti de gauche je ne savais pas ce que j’allais retrouver en partant mais avec cinq ans de recul, j’ai eu le temps de me rendre compte que ce n’était pas tant moi qui avait quitté la gauche que la  gauche qui avait quitté la France.

Moi j’ai juste continué en accord avec mes principes. Et ce que j’ai fait depuis cinq ans,  je l’ai construit sans l’aide d’un gros bonnet qui m’avait à la bonne parce que j’étais assez sympa et assez cultivée pour avoir des discussions sur la Révolution française en espagnol.

C’est sûr, la voie que j’ai choisie, qui a été plus difficile que si j’avais fermé ma gueule et qu’on m’avait donné une place de député.

Mais où est ce que je serais maintenant,  à l’assemblée à devoir me renier pour ne pas froisser Danièle Obono et Clémentine Autain dans les délires identitaires ?

A me faire traiter de raciste et de fasciste parce que je pense qu’un pays doit contrôler ses frontières comme il doit contrôler son économie ? (…)

Vous croyez vraiment que quoi que ce soit dans la vie vaille d’en arriver là, à justifier l’exact inverse de vos valeurs parce qu’il faut garder un groupe parlementaire et des voix d’islamistes ? Je préfère être là où je suis, en accord avec mes valeurs, avec une liberté de parole que personne pourra m’enlever même si des insoumis et d’autres révolutionnaires en carton s’imaginent qu’ils peuvent faire pression m’insultant et en répandant des calomnies. Je suis libre de discuter avec qui je le souhaite, libre de dire que la France insoumise,  comme d’autres,  sont des opportunistes, des idiots et des incultes. (…)

Quand le 17 novembre 2018, des gens sont descendus sur les ronds-points avec un gilet jaune fluo, j’ai réalisé ce qui s’était passé ce soir de décembre 2015. Je suis partie, oui, mais c’était pour rester avec les miens, avec le peuple français qui s’est soulevé sans rien attendre de personne et qui n’a pas attendu ni les partis ni les syndicats pour se bouger.

Au début, les partis et les syndicats se sont retrouvés comme paralysés avec une grosse baffe dans la gueule, tous.

Mais surtout, la gauche qui n’a tenté de  récupérer le mouvement qu’après avoir passé quelques temps à se demander si les Gilets jaunes n’étaient pas un peu fascistes, un peu de droite, un peu racistes. Et à ce moment-là ça m’a fait un déclic personnel. J’étais plus proche des Gilets jaunes avec toutes leurs contradictions et leurs doutes que de n’importe lequel de mes anciens camarades et ses certitudes manichéennes.

Sur les ronds-points dehors,  c’étaient de vrais gens. Dehors, c’était mon pays en train de faire ce qu’il sait faire de mieux : rappeler qu’on vaut quelque chose, qu’on vaut mieux que ça,  qu’on a des droits et savoir qu’il faut se battre pour ça. Ces gens étaient  en train de donner une leçon magistrale à tous ceux qui les avaient abandonnés en se prenant en main, sans rancune mais sans complaisance, juste faire sa vie en laissant ce qui est mort derrière soi. Bien sûr, la suite s’est passée comme elle s’est passée et le mouvement des gilets jaunes a fini en eau de boudin parce qu’il n’avait pas de débouché politique, parce que le rôle des partis ce n’est pas de courir derrière le peuple en armes avec trois semaines de retard pour récupérer sa colère. Le rôle des politiques c’est de montrer que faire autrement c’est possible mais tous étaient trop occupés à débattre pour savoir si c’était inclusif, si c’était fasciste, si c’était antisémite, si c’était de droite, si c’était d’ultragauche. Ils ne se sont pas rendus compte que c’était bien plus que tout cela, que c’était la France et rompre avec la gauche ça a été au final la condition pour rester fidèle à mes valeurs, à mes racines aux raisons qui m’ont poussé à m’engager politiquement à m’intéresser à la politique depuis que je sais parler et lire.

Je parle souvent politique avec ma mamie,  oui celle qui est venue d’Espagne au début des années 60 avec sa petite valise et avec elle la politique c’est simple. J’imagine que quand tu as connu une guerre civile, une dictature d’extrême droite, tu vois les choses assez clairement. Pour ma mamie, est de gauche celui qui est du côté du peuple. Quand elle dit ça elle parle de cette gauche qu’elle a connue qui lui a fait lever un poing triomphal un soir de mai 1981 devant sa télé, avant, comme beaucoup, de déchanter dans les décennies qui ont suivi. Cette gauche que j’avais cru rejoindre mais qui aujourd’hui n’existe plus, cette gauche que j’ai choisi de quitter et qui en la quittant m’a permis de retrouver la France et ces gens au cœur d’acier en élargissant mes horizons des terres rouges de Micheville jusqu’à l’enfer gris de Plogoff. Mais si la gauche n’existe plus, tuée par ceux qui avaient prétendu la faire revivre pour mieux la suicider. Reste une chose : savoir du côté de qui tu te tiens : on ne se trompe jamais quand on est du côté des pauvres.

C’est une leçon que j’ai retenue de Mélenchon lui-même avant ses égarements, ses fourvoiements, ses compromissions avec les racistes par électoralisme, et c’est, je pense,  ce qui me restera. En tout cas, c’est resté jusqu’ici cinq ans après. Il y a cinq ans, je refermais la porte du Parti de gauche devenu depuis la France insoumise en laissant ma carte déchirée sur le bureau de l’accueil. J’ai quitté la gauche sans regret, j’ai rompu avec la gauche parce que la gauche a cessé d’être du côté de son peuple, qu’elle a renié ses valeurs,  son histoire, sa classe, son pays. Elle a renié les siens. Je n’ai pas pour habitude de regarder en arrière mais maintenant que je le fais, je suis assez fière de ce que j’ai accompli depuis, parce qu’en quittant cela, j’ai gagné beaucoup plus que ce que j’aurais pu imaginer ce soir de décembre 2015.

Et cela va bien au-delà des deux chaînes You tube et des deux livres que j’ai publiés. J’ai gagné un horizon bien plus vaste fait de revers d’erreurs et de succès. J’ai gagné de me reconnecter avec mon pays, des rencontres, des expériences que je n’aurais jamais pu faire en restant dans  un camp à devoir donner des gages de pureté idéologique.

(…)

Prenez soin de vous

.

En complément :

https://resistancerepublicaine.com/2020/12/08/tatiana-ventose-quitte-la-gauche-mais-critique-les-delires-identitaires-de-damien-rieu/

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durandurand
durandurand
il y a 2 mois

La gauchiasserie je les hais ,je dis bien toute la gauchiasserie , tenue par des crapules de bas étages qui n’en ont rien à branler du peuple ,gauchiasserie trotskiste léniniste traître, mondialiste à souhait comme tout autre parti politichien de France , sont à éradiqués de la surface de la Terre , et comme je dis toujours, j’emmerde le système pourri et corrompu et la bien pensence .

Edmond Richter
Edmond Richter
il y a 2 mois

OUAH QUEL SOUFFLE! QUELLE FORCE! QUELLE TEMPÊTE!!! jE T’ ADMIRE ET JE T’ AIME TATIANA, CAR NOUS SOMMES DU MÊME BOIS, TAILLÉS DANS LA MÊME PIERRE, LE GRANIT.
Entre nous j’ ai toujours pensé que Mélenchon était une merde. Je suis heureux que tu en sois revenue et ta description de ce que la gauche est devenue , un marécage puant, est magnifique: TOUT Y EST DIT!!! MERCI/ Edmond le Tigre

bm77
bm77
il y a 2 mois

Même si je ne me permettrais pas de dire que j’ai eu le même niveau d’investissement et que je m’étais donné à ce point corps et âme à la gauche comme Tatiana , j’ai fait la même conclusion qu’après toutes ces expérience communistes ou plus généralement de gauche ,ma loyauté va à mes valeurs , mon pays et le peuple qui le compose.
Quand il n’y a plus rien il reste ces piliers . Mais c’st là que l’on s’aperçoit que les choses ne sont pas si simples. C’est que nos valeurs sont mises à mal car notre pays à été très abimé et que le peuple qui le compose n’est plus tout à fait le même ! Tout est à reconstruire car ceux qui ont fait qu’une Tatiana puisse quitter une famille politique chevillée à un tel point à son âme et sa vie sont les mêmes qui ont participé à détruire nos fondements nationaux .

bm77
bm77
il y a 2 mois

Je partage totalement ce qu’elle dit de la gauche racialiste clientéliste à l’écriture inclusive etc et les Gilets jaunes dont elle a bien perçu l’esprit et cela pourrait même servir à ceux qui se posent des questions du comment quitter cette gauche devenue par moment carrément infame. Et je trouve qu’elle fait preuve désormais d’une grande lucidité et d’un grand courage . Elle me réconcilie avec une …gauche . Enfin, la vraie !

Bayard
Bayard
il y a 2 mois

Témoignage très intéressant qui confirme l’idée que de nombreux supporters de Résistance républicaine se font de cette gauche la !

bm77
bm77
il y a 2 mois

Tatiana Ventose est un peu la mauvaise conscience d’une certaine gauche, celle de Mélenchon par exemple . LFI a été créée et a servi à un certain moment de machine à recycler pour nombre d’anciens trotskystes , alternatifs ou communistes etc …Mais sur quels fondements ? Ils n’ont jamais eu une ligne très claire . Ils ont surtout fait preuve d’un pragmatisme très anglo saxon. Ils ont oscillé entre parti socialiste avec principes républicains, là où les PS s’étaient reconvertis en sociaux démocrates pour ensuite basculer dans un truc attrape tout, surtout inspiré des EU à ciblage électoraliste qui va du genrisme au racialisme indigénisme ,féminisme, en passant par l’islamo gauchisme dont ils ont adoptés en parti les thèses . Pour créer une sorte de mur anti patriote dont Mélenchon s’est toujours déclaré l’anti thèse et dont il a stigmatisé les partisans de fascisme et racisme pour se donner une bonne raison de ne pas argumenter sur ce qu’il avançait . Sauf que tous ces particularisme ne font pas une société .Ils n’ont souvent pas d’intérêts communs entre eux, sinon de circonstance .
J’ai l’impression que mélenchon est parti en « free style » ! Il n’a pas fait un pari gagnant !
Car ce genre de configuration n’est pas viable.
De plus il va sur les plate bande occupées par Macron qui lui aussi flatte toutes ces minorités . Par rapport à macron il est très ambiguë et semble lui sauver la mise en lui amenant de l’eau à son moulin, plutôt que d’être véritablement opposant à sa politique . C’est ce qui a semblé sur le sujet des Gilets Jaunes , les LFI les reprenant en main, à un moment où le gouvernement avait très peur ,et où il ne semblait plus maitriser grand chose .
Cette impression est confirmée par la crise sanitaire où LFI est inexistant . Et on le sent otage des minorités dont il veut se faire le porte parole .
L’affaire Paty est un exemple parfait où il a perdu une parti de sa crédibilité, pris à son propre jeux ! On comprend mieux pourquoi une personne comme Tatiana avec des valeurs d’intérêts commun et d’universalisme, de promotion sociale pouvait se sentir à l’étroit chez LFI!

Antiislam
Administrateur
Antiislam
il y a 2 mois
Reply to  bm77

Bonjour,

Très bonne analyse !

DURADUPIF
DURADUPIF
il y a 2 mois

Responsables : Les Lumières (peut-être) et les 21 conditions de la IIIè internationale de Moscou (de sûr) . On emporte pas sa patrie aux semelles de ses souliers, mais on garde sa patrie les pieds plantés dans son argile. Depuis, « Le capitalisme porte la guerre comme les nuées portent l’orage » (J. Jaurès) le nationalisme ne s’en est jamais remis. C’est à notre France millénaire que tout lui est due.

Yo56
Yo56
il y a 2 mois

Bravo. je tai vu entre temps sans te connaître et déjà j’appréciais ton discours. Moi j’ai commencé à comprendre avec le sketch de dieudonné en 2003, et les conseils dune copine de gauche qui lisait Soral et me le conseillait. Je te soutiens dans ton témoignage et invite nos compatriotes à t’écouter et ainsi prendre conscience de la réalité. L’atterrissage est difficile. Comment ne pas se sentir comme « violé » par cette manipulation bassement et faussement idéologique. Comme tu le dis, on se sent tellement bien et tellement vivant quand on est raccord avec ses valeurs. Les miennes sont universalistes et emprises de vérité. Il y’a déjà plus de 2020 années, un révolutionnaire se dressait contre l’ordre établi, pour le bien de ses frères de l’humanité. Garde le cap et continue à te battre si bien pour nous. Respect, et bonne continuation.

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