Pas d’épreuve de bac cette année ?Juste le contrôle continu ? Qu’est-ce que ça change ?


Pas d’épreuve de bac cette année ?Juste le contrôle continu ? Qu’est-ce que ça change ?

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On se doutait bien que les gosses auraient leur année dans tous les cas et même leurs diplômes, on avait connu le bac de mai 68 (tout le monde reçu), on s’apprêtait à connaître sa réplique puissance 10, le bac 2020. Tous reçus, forcément.

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Blanquer a donc annoncé que, cette année, on ne passerait aucune épreuve, et que seul le contrôle continu serait pris en compte. C’est-à-dire les notes de la moitié de l’année (premier trimestre et à peu près la moitié du second trimestre). Les évaluations pendant la période de confinement ne comptent pas, puisque les élèves sont susceptibles de les avoir réalisées avec les parents et, même si tout le monde revenait en classe le 5 mai comme Blanquer un peu rapidement l’avait annoncé la semaine dernière, les professeurs étaient prévenus, il allait falloir faire réviser tranquillement les présumés acquis pendant le confinement avant de pouvoir faire de vraies évaluations. Vous avez compris qu’il n’y aura pas -ou si peu- de nouvelles notes d’ici au 5 juillet, quelle que soit l’évolution de la pandémie et du confinement.

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Les jurys (réunion par visio-conférence, on peut le supposer) seront donc amenés à donner les examens, brevet, brevet professionnel, CAP, bac… à partir des notes reçues pendant la première partie de l’année.

Autant dire que les jurys seront obligés d’être très complaisants, de peur de voir des parents faire des recours : « vous avez recalé mon fils mais il n’a pas eu toutes ses chances, il n’avait rien fait au premier trimestre, il était traumatisé par le divorce de ses parents, à l’ouest à cause du cannabis quotidien… mais il avait commencé à se reprendre en mars… Et voilà. Vous ne pouvez pas le recaler sur les résultats d’une seule demi-année. Donnez-lui sa chance ! »

Et hop ! C’est emballé. Mitterrand en rêvait, Blanquer l’a fait, 100 pour cent d’une génération va avoir le bac.

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Qu’est-ce que ça change, au fond ? Rien de rien.

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Certes, le vrai bac, c’était un examen avec des épreuves, toutes les mêmes sur le territoire français, les bosseurs avaient un peu plus de chance de l’obtenir que les autres, sauf à ce que ces derniers fassent des hors-sujets ou tombent pile sur ce qu’ils connaissaient mal. Mais il y a beau temps que ce bac-là reçoit des coups, année après année, et la « réforme Blanquer » avait commencé de l’enterrer. Le coronavirus l’achève.

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Remplacer le bac par le contrôle continu c’est une monstruosité.

Monstruosité déjà appliquée depuis longtemps pour le brevet, puisque l’épreuve ne correspond qu’à une toute petite partie de la note, constituée… des notes, le fameux « contrôle continu ». Qui ne veut rien dire et qui fausse tout : le niveau des élèves, celui des établissements…

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Le contrôle continu ne veut plus rien dire depuis des dizaines d’années, pour une raison très simple, l’adaptation des enseignants à la « clientèle « …

Donne-t-on le même devoir dans la classe des forts en thème et dans celle de ceux qui refusent carrément école et système scolaire ? Plus maintenant, sauf à assumer d’avoir des moyennes de classe de 03 sur 20.

Donne-t-on le même devoir en établissement classé REP+ et dans celui de centre ville, dans le collège qui accueille une majorité de gamins ne parlant pas français ou si peu  et celui où sont inscrits les fils à papa ? Plus maintenant, sauf à assumer d’avoir des moyennes de classe de 03 sur 20 et à se faire lyncher par le principal et les collègues, accusé de faire fuir les « bons élèves » du collège, en voyant les résultats du brevet.

Actuellement, au pays des aveugles, les borgnes sont rois dans nombre d’établissements. Des gosses qui bossent se retrouvent avec des moyennes générales de 17 en 3ème ou en seconde… parce qu’ils sont tellement au-dessus du lot qu’il faut bien marquer la différence. Et, souvent, ces enfants qui se croient, forcément, de petits génies, paniquent quand ils arrivent, sur la foi de leurs notes, en classes post-bac et même dans certaines facs, parce qu’ils n’ont pas le niveau comparé à ceux qui bossent beaucoup plus ou qui sont beaucoup plus doués, ou tout simplememnt parce qu’ils n’ont pas pris l’habitude de travailler énormément, habitués à avoir de bonnes notes facilement.

Mais il y a pire. Si, dans une classe, vous mettez une moyenne générale en-dessous de 10, le problème ce n’est pas les élèves, leur travail, les cas… non, non, le problème c’est vous. Vous êtes un sadique, un facho, vous détestez les gosses, vous les malmenez… et vous avez des remarques des parents, des collègues, du principal… en conseil de classe. Vous êtes convoqué par le principal… prié de changer votre notation (l’évaluation par compétences très à la mode sert aussi à cela, à diluer les différentes compétences, au point que l’on peut vous mettre des points parce que vous écrivez en rouge quand on vous le demande…), et accusé comme je le disais plus haut, de contribuer à la mauvaise réputation du collège. 

Il est vivement déconseillé de mettre des moyennes  en-dessous de 8 dans votre classe, de toutes manières.. Sinon même topo vous êtes un mauvais prof, un sadique, un cas…

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De guerre lasse de nombreux profs finissent par revoir leurs exigences, leurs contrôles… il faut dire que les programmes et le contenu des examens sont tellement allégés et débiles que, finalement, pas besoin de beaucoup se forcer…

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Alors l’immense majorité des élèves a la moyenne générale… et est donc en mesure d’avoir son brevet, son CAP, son bac… Même les élèves du technique qui ont normalement à réaliser des travaux pratiques auront leurs diplômes sur les quelques exercices faits en classe au cours de la première moitié de l’année…

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Alors, au point où on en est, le bac (et tous les autres diplômes) sont devenus des symboles vidés de leur sens. La preuve ? Combien d’élèves se cassent la figure en première année de fac, malgré leur bac, et doivent redoubler, tripler… ou quitter les études supérieures pour lesquelles ils ne sont pas faits, malgré les nombreux moyens payés par le contribuable pour aider les étudiants qui n’ont pas le niveau (année zéro, tuteurs…).

Mais ça Blanquer s’en fiche. Et nombre de profs et de chefs d’établissement dont la priorité est d’acheter la paix sociale… Les bonnes notes et donc le brevet ( et à présent le bac) attribué sans exigences aux glandus, ça peut calmer le jeu ici ou là…

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Christine Tasin

Présidente de Résistance républicaine ; professeur agrégé de lettres classiques.


13 thoughts on “Pas d’épreuve de bac cette année ?Juste le contrôle continu ? Qu’est-ce que ça change ?

  1. AvatarJJB

    Ce bac aujourd’hui est une vaste fumisterie. Il ne signifie plus rien.
    On devrait le donner à la naissance de chacun des nouveaux nés…
    ce ne serait pas plus ridicule que ce qui se passe aujourd’hui ….

  2. Avatarclairement

    J’ai toujours pensé que c’était la façon de procéder la plus juste qui permet aux élèves d’être suivis et évalués régulièrement.

    Pourvu qu’ils le poursuivent

  3. AvatarTzel

    Ca change quoi ? Tout les branquignoles l’auront cadeau comme d’habitude.
    Comme disait un certain Ferry , pour ne pas l’avoir, il faut en faire la demande.

  4. Charles Martel 02Charles Martel 02

    Oui ça va changer au niveau du taux de réussite, il sera encore plus élevé cette année, les petits anges blonds n’auront même pas à signer la feuille de présence à l’examen pour l’avoir, ça sera vraiment l’école des fans

  5. Avatarpier

    MOI j ‘ai les 2 BACS
    le bac à laver
    le bac à rincer
    bon je sors
    merde , pas le droit , himmler veille !

  6. AvatarJ

    C’est la raison pour laquelle j’ai le projet de monter une école hors contrat. J’ai commencé à jeter les bases. Il me faudra trouver des personnes autour de chez moi (des parents bien sûr) intéressés par mon projet de ce que j’appelle « Ecole patriotique » avec un retour aux sources de l’enseignement.

  7. AvatarPierre-Jean

    Je confirme ce que vous dites Christine. Les professeurs se censurent pour ne pas avoir d’ennui et, par suite, surnotent leurs élèves. Un professeur qui a le courage de mettre des notes basses encourt le risque de voir le conseil de classe se transformer en tribunal : très vite va surgir le reproche consistant à dire que ce professeur est un mauvais professeur, qu’il ne sait pas enseigner. Je me souviens ainsi avoir mis la note zéro à une élève de seconde : j’ai eu immédiatement la déléguée des parents d’élèves sur le dos. Et c’était en 1989, il y a donc très longtemps : je gage que depuis la situation ne s’est pas arrangée.
    j’en profite pour proposer une réforme salutaire à mon avis, mais totalement irréaliste : interdire aux délégué de classe de participer au conseil de classe. Sachant que ces délégués s’emploient bien évidemment à répéter après le conseil ce qui s’y est dit, les professeurs s’autocensurent également à ce niveau, craignant des « représailles » de la part des élèves perturbateurs et chiants.

  8. AvatarDuradigérer

    J’ai été « prof » 37 ans , j’ai aujourd’hui 83 ans, (dernière année d’enseignement en 1997) , ne me parlez pas du contrôle continu. A l’époque où j’enseignais des collègues avaient tout compris pour leur tranquilité et leur avancement : 2 exemples
    – l’un ne mettait que des 13 et 13,5/ 20 à tous ses élèves : aucun problème avec
    ses élèves et leurs parents.
    – l’autre toujours volontaire pour le choix des sujets de bac se précipitait au
    CRDP de l’académie trouver des sujets identiques des années précédentes
    avec leurs corrigés et les traitait tous juste avant l’examen. Réussite garantie,
    résultats les élèves ne révisaient plus parce que certains d’avoir une bonne
    note.
    – D’autres lisaient le journal pendant les contrôles de connaissances. Et les
    pompaient. En conseil de classe le « prof » faisait systématiquement remarquer
    ses résultats exceptionnels ! C’était des « Profs » sans problèmes .

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