Refus d’obtempérer: la nouvelle religion du martyr…

C’est devenu le rituel français. En 5 actes. Et on rejoue la pièce à Margny-lès-Compiègne.
Acte I: on ne s’arrête pas. 21 août, Bienville. Deux policiers municipaux veulent contrôler une voiture. Classique. Le conducteur, Paul Tancre, 46 ans, surnommé « Lapin », père de quatre enfants, n’a pas de permis. Il est sous l’emprise de l’alcool selon l’enquête. Que fait-on quand on est dans ce cas? On s’arrête, on assume. Lui, il choisit de fuir. Refus d’obtempérer, infractions routières en série, course-poursuite.
Acte II: on se tue. Le véhicule finit dans le décor. Le conducteur est éjecté. Il meurt. C’est tragique, c’est un drame humain, personne ne se réjouit d’une mort. Mais qui a pris le volant? Qui a appuyé sur l’accélérateur pour échapper à la police? Ce n’est pas la police.
Acte III on inverse les rôles. Le policier municipal qui conduisait est mis en examen pour homicide routier, placé sous contrôle judiciaire. On ouvre une enquête pour savoir s’il aurait roulé sur le corps déjà éjecté. Sa vie est fichue, ses coordonnées balancées sur les réseaux sociaux, menacé de mort pour avoir fait son travail: vouloir contrôler un chauffard.
Acte IV: on casse tout. Le deuil ne justifie en rien les violences, dit la préfecture. Mais on a eu droit à la totale. Fin août, au moment des obsèques, le centre-ville de Margny saccagé. Voitures incendiées, vitrines de La Poste éventrées, courrier éparpillé, commerces dégradés, pare-brise brisés. Une voiture de police prise à partie à coups de barres de fer, obligée de fuir. Une habitante qui ose protester à sa fenêtre arrosée de bouteilles.
Acte V: la marche blanche. Samedi, marche blanche pour « Lapin ». « On veut la vérité ». Traduction: on veut la peau des flics. Tensions, interpellations, recueillement sous pression. Le maire présente ses pensées « respectueuses »… L’Etat regarde.
Et c’est là que ça devient fou.
Quand un policier fait son boulot, il est présumé coupable. Quand un automobiliste sans permis, alcoolisé, refuse de s’arrêter et se tue tout seul, il est présumé martyr.
On a créé une prime à la fuite. Si tu obtempères, tu prends une amende. Si tu fuis, que tu as un accident, tu deviens une victime du système et c’est la police qui va en prison. Quel message on envoie aux gamins de 15 ans qui regardent?
Qui a déjà vu une marche blanche pour un policier tué par un refus d’obtempérer? Qui a vu une marche blanche pour les victimes de chauffards sans permis qui tuent des familles qui n’ont rien demandé?
On ne parle plus de responsabilité individuelle. Tout est de la faute de l’uniforme. Il fallait pas poursuivre. Il fallait laisser filer. Il fallait fermer les yeux. En clair: la police ne sert à rien, sauf à être le bouc émissaire parfait quand l’individu qui a refusé d’obtempérer s’est tué tout seul.
À Margny, comme ailleurs, la vérité, on la connaît déjà. C’est écrit dans le code de la route: quand la police te demande de t’arrêter, tu t’arrêtes. Si tu fuis, tu mets ta vie et celle des autres en danger. Si tu meurs, ce n’est pas un homicide policier, c’est la conséquence directe de ton propre choix.
Mais dire ça aujourd’hui, c’est déjà être coupable. 
Christine Tasin

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