La liberté d’informer, oui, 1000 fois oui… mais seulement si l’informateur pense exactement comme nous !
Ah, ils sont beaux, les grands défenseurs de la liberté de la presse ! Ces âmes pures, ces vestales de l’objectivité, ces chevaliers de la pluralité… qui, à la moindre arrivée d’un journaliste ne partageant pas leur catéchisme, se précipitent en assemblée générale pour menacer de grève. Bravo !
On n’avait pas vu un tel engagement pour la démocratie depuis… la dernière fois qu’ils ont boycotté quelqu’un qui n’était pas de leur bord.
Le scénario est classique. Radio France décide d’inviter Charles Sapin, directeur adjoint de la rédaction de Valeurs actuelles, pour un édito politique le dimanche matin. Pas pour diriger la rédaction, pas pour imposer une ligne, juste pour parler une fois par semaine. Et là, c’est l’apocalypse. Colère, incompréhension, ligne rouge valeurs incompatibles… On aurait cru qu’on venait de nommer le diable en personne au comité de rédaction. Les syndicats et la société des journalistes sortent les communiqués comme d’autres sortent le goupillon : ils exorcisent !
Le plus savoureux, c’est le dualisme mental. Ma grand-mère aurait dit « le foutage de gueule« . Ces mêmes personnes qui, d’habitude, s’étranglent dès qu’on ose parler de pensée unique ou d’entre-soi médiatique découvrent soudain que le pluralisme, c’est bien… tant que ça reste dans le périmètre autorisé. La liberté d’informer, oui. La liberté d’être informé par quelqu’un qui ne pense pas comme soi, non. C’est une liberté sélective, une liberté à géométrie variable, une liberté qui s’arrête là où commence le désaccord idéologique.
On imagine les conversations dans les couloirs de la maison ronde :
— Tu as vu ? Ils veulent faire venir un facho de Valeurs actuelles !
— Mais c’est une atteinte à nos valeurs !
— Exactement. Nous, on est pour la diversité… des gens qui pensent comme nous.
Le service public, paraît-il, doit refléter la société. Mais une société soigneusement filtrée, épurée, nettoyée de tout ce qui pourrait heurter la sensibilité des rédactions. Le journaliste de droite n’est pas un journaliste : c’est un symbole, un virus, une souillure… On ne le juge pas sur ce qu’il dit, on le juge sur le titre pour lequel il a travaillé. On ne l’écoute pas, on le condamne a priori. Et ensuite on s’étonne que le public trouve l’audiovisuel public un peu monocorde.
La grève, dans ces conditions, n’est plus un outil de défense des conditions de travail. C’est un outil de purification idéologique. Si vous n’écartez pas ce journaliste, on ne travaillera pas. Traduction : Nous voulons bien informer le public, mais seulement avec les bonnes opinions. Les mauvaises, on les laisse à la concurrence. C’est d’une cohérence admirable. Et d’un mépris pour l’auditeur assez spectaculaire : le public, lui, serait trop fragile pour entendre un autre point de vue une fois par semaine. Il faut le protéger. Par la grève, s’il le faut.
On a longtemps entendu que les journalistes étaient les chiens de garde de la démocratie. On découvre qu’ils sont surtout les chiens de garde de leur propre pré carré. La liberté de la presse, oui. Mais pas pour les autres. Le pluralisme, oui. Mais pas trop. L’indépendance, oui. Mais seulement si elle va dans le bon sens.
Alors continuez, les pauvres types. Votez vos motions à l’unanimité. Déposez vos préavis. Expliquez que certaines idées sont incompatibles avec le service public. Et pendant ce temps, ne vous étonnez pas si de plus en plus de gens se demandent à qui, exactement, vous rendez service et si l’information du service public ne perd pas régulièrement des spectateurs…
Christine Tasin
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Faut vite sortir cet intrus. Comment peut-on supporter 2mn35 de malheur sur 168 heures/semaine d’émission radiophonique ? Au secours la droite revient sur FRANCE-INTER… INTOLÉRABLE !!!