Tandis que la chaleur s’abat sur la ville de Nantes et transforme certaines chambres en étuves administratives, le CHU de Nantes semble avoir trouvé son urgence absolue : non pas rafraîchir les patients, non pas renforcer les équipes, non pas rouvrir des lits, mais investir 185 000 euros dans un nouveau logo multicolore et une identité visuelle flambant neuve. Une priorité lumineuse, assurément, dans un établissement où l’on manque parfois d’air, mais jamais d’éléments de langage.
Dans certaines chambres de l’EHPAD Beauséjour, géré par le CHU de Nantes, le thermomètre grimperait jusqu’à 32°C. Dans la salle à manger, il ferait encore 26°C. Autrement dit, une température presque clémente pour qui considère la transpiration comme une politique de santé publique. Les blocs opératoires, les réanimations et quelques services critiques bénéficient de la climatisation. Pour le reste, on fait dans le sobre : ventilateurs, brumisateurs, adaptation, patience, et cette vieille formule magique des institutions débordées : « on fait ce qu’on peut ». Même une halle sportive aurait dû fermer l’après-midi, la chaleur devenant trop forte pour des patients handicapés. Mais l’essentiel demeure : la charte graphique, elle, respire.
La modernité bioclimatique, ou l’art de transpirer proprement
Que les esprits chagrins se rassurent : le futur CHU de l’île de Nantes, annoncé pour 2028, promet d’être plus moderne. Plus moderne, mais pas nécessairement plus frais. Seule la moitié du bâtiment devrait être climatisée. Les chambres d’hospitalisation classiques devront, elles, compter sur des façades bioclimatiques et un système de rafraîchissement par air de renouvellement. Le progrès, en somme, mais à température ambiante.
Dans cette France managériale où l’écologie institutionnelle sert parfois de paravent aux économies budgétaires, le confort des malades devient une variable d’ajustement. La planète sera peut-être sauvée par des patients en sueur. C’est beau, c’est sobre, c’est exemplaire. Et surtout, cela coûte moins cher qu’une climatisation généralisée. Sous la macronie hospitalière, le malade ne doit plus seulement guérir : il doit aussi participer à l’effort de transition énergétique, même allongé, fiévreux, âgé ou épuisé.
Les urgences, ce détail encombrant
Ce sens remarquable des priorités ne tombe pas du ciel. Le CHU de Nantes traîne déjà derrière lui quelques épisodes que la communication institutionnelle peine à repeindre en couleurs vives. En janvier 2024, un patient est mort sur un brancard aux urgences. Le décès, survenu le 2 janvier, n’a été rendu public que le 10 janvier par le syndicat FO. La direction, avec Philippe El Saïr à sa tête, a alors évoqué un « pic d’activité » lié à la période des fêtes. Une manière sobre de rappeler que mourir sur un brancard relève parfois, dans certains établissements, du calendrier saisonnier.
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