Le mythe littéraire du Cosaque : Gogol, Pouchkine, Tolstoï… (2)

Photo : Léon Tolstoï en 1856

Voir la première partie ici 

Pour se plonger dans ce mythe littéraire du Cosaque, il faut se tourner vers les chefs-d’œuvre de la littérature russe. C’est là que s’est forgée cette figure romantique par excellence, oscillant entre l’idéal de la liberté absolue et la tragédie des grands bouleversements historiques.

Voici les œuvres majeures qui ont façonné ce mythe, accompagnées de pistes et de liens pour y accéder gratuitement en français.

Le mythe à travers les chefs-d’œuvre fondateurs

Nicolas Gogol – Tarass Boulba (1835 / 1842)

C’est l’épopée fondatrice. Gogol y dépeint les Cosaques Zaporogues dans toute leur ferveur et leur rudesse sauvage. À travers le vieux chef Tarass et ses deux fils, la Sitch (leur camp fortifié) est sublimée comme une république d’hommes libres, égaux, guidés par la camaraderie, l’amour de la plaine et la défense inflexible de la foi orthodoxe. L’oeuvre a été adaptée en bande dessinée et au cinéma, avec Tony Curtis, Yul Brynner, Sam Wanamaker.

Les Cosaques zaporogues écrivant une lettre au sultan de Turquie, Ilia Répine, 358 × 203 cm

L’anecdote historique : C’est ce texte vibrant qui inspirera directement au peintre Ilia Répine son chef-d’œuvre absolu, Les Cosaques zaporogues écrivant une lettre au sultan de Turquie, monument d’insolence, de gouaille et de liberté bravache.

Alexandre Pouchkine – La Fille du capitaine (1836)

Pouchkine choisit pour cadre la terrible jacquerie de Pougatchev (1773-1775), ce cosaque du Don qui se fit passer pour l’empereur Pierre III. Loin du simple barbare sanguinaire, Pouchkine dresse le portrait d’un chef cosaque charismatique, théâtral, capable d’une cruauté implacable mais aussi d’une surprenante noblesse d’âme et de gratitude.

Léon Tolstoï – Les Cosaques (1863)

Nourri par son propre service militaire dans le Caucase, le jeune Tolstoï raconte l’histoire d’Olenine, un aristocrate moscovite blasé qui cherche à fuir les faux-semblants des salons. Au contact des Cosaques du Terek, il découvre un peuple qui vit au rythme de la nature, sans introspection maladive. Pour Tolstoï, le Cosaque devient le symbole de l’« homme naturel », fier, entier et authentique.

Les Cosaques de Tolstoï apporte au lecteur une bouffée d’air frais. Sa lecture est un véritable repos pour l’esprit. L’ouvrage reste une lecture accessible, et l’on prendra plaisir à s’égarer aux côtés d’Olénine dans la forêt, près d’Erochka et de ses cuves de vodka, au bord du fleuve Terek avec les gardes militaires ou dans les chemins de la stanitsa après un vol de chevaux. L’on se surprend à souhaiter accompagner notre héros dans son récit et à vouloir apprécier l’authenticité de cette vie profondément enracinée, proche d’une retraite monastique sauvage. Source

Mikhaïl Cholokhov – Le Don paisible (1928-1940)

On dit souvent du roman Le Don Paisible qu’il est le Guerre et Paix du XXe siècle. Le lecteur est tenu en haleine par les nombreuses intrigues qui s’entrecroisent.

Voir ici : Bref résumé du Don Paisible de Mikhaïl Cholokhov 

Fresque monumentale (quatre volumes !)  qui valut le prix Nobel à son auteur en 1965. À travers le destin tragique de Grigori Melekhov, Cholokhov dépeint le crépuscule des Cosaques du Don, pris dans l’engrenage fratricide de la Première Guerre mondiale, de la Révolution de 1917 et de la guerre civile. C’est le livre du déchirement d’un peuple fier face à la modernité politique.

Sources et liens pour redécouvrir ces textes

Pour un public francophone russophile, plusieurs plateformes de référence permettent de lire ces œuvres ou d’en étudier la réception historique en France :

  • Bibliothèque russe et slave : Un site associatif remarquable qui propose en téléchargement libre et gratuit (formats EPUB, PDF) les grandes traductions classiques du XIXe siècle (souvent signées par des plumes illustres comme Louis Viardot ou Prosper Mérimée, lui-même grand amateur d’histoire cosaque). Vous y trouverez directement :

    • Tarass Boulba de Gogol

    • La Fille du capitaine de Pouchkine

    • Les Cosaques de Tolstoï

  • Le Roman russe d’Eugène-Melchior de Vogüé (Lien direct vers le PDF) : Publié en 1886, cet ouvrage magistral de l’académicien de Vogüé a véritablement ouvert les portes de l’âme russe au public français. Il y analyse avec une finesse extraordinaire la puissance du réalisme de Tolstoï et la poésie sauvage de Gogol. Un texte historique indispensable pour comprendre comment la France s’est prise de passion pour cette littérature.

  • Gallica – Bibliothèque nationale de France : En recherchant les éditions d’époque de ces romans, on y découvre de magnifiques illustrations et des préfaces du XIXe siècle qui témoignent de la fascination des lecteurs français pour ces cavaliers de la steppe, symboles d’un exotisme slave à la fois terrifiant et fascinant.

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1 Commentaire

  1. Bonjour Jules et merci pour ce deuxième volet. Il existe une tres belle adaptation cinématographique du « Don paisible » par Sergueï Guérassimov tournée en 1958, je crois, le film est très long : 5H30 ! Édité en DVD, mais hélas, difficile à trouver! Bonne journée.