Depuis plusieurs semaines, une partie de la presse étrangère s’interroge sur la stratégie institutionnelle d’Emmanuel Macron à l’approche de la présidentielle de 2027, à laquelle il ne peut plus se représenter.
Emmanuel Macron et les institutions – Selon ces analyses, le chef de l’État chercherait à « protéger les institutions » face à l’hypothèse d’une victoire de la droite populiste incarnée par Marine Le Pen et Jordan Bardella. Le débat dépasse désormais le seul cercle des spécialistes pour toucher au fonctionnement même de la Ve République.
L’hebdomadaire britannique The Economist résume cette préoccupation en estimant qu’Emmanuel Macron « multiplie les nominations destinées à ‘protéger les institutions de la France face à l’éventualité d’une victoire de la droite populiste aux élections présidentielles de l’an prochain’ ».
Le magazine évoque une succession de décisions qui, prises ensemble, dessinent selon lui un plan d’ensemble plutôt qu’une simple coïncidence de calendrier.
Pour la presse étrangère, le point de départ de cette séquence se situe dans la vague de nominations à des postes régaliens et de haute administration engagée par l’Élysée depuis 2025. The Economist rappelle ainsi la désignation d’un nouveau chef d’état-major des armées, le général Fabien Mandon, ainsi que la nomination d’Amélie de Montchalin à la tête de la Cour des comptes. Le magazine souligne le remplacement programmé de plusieurs ambassadeurs dans des capitales stratégiques comme Berlin, Londres ou Washington, à l’orée de la campagne présidentielle.
Ces choix s’ajoutent à la nomination en 2025 de Richard Ferrand, proche du chef de l’État, à la présidence du Conseil constitutionnel, institution centrale dans l’arbitrage des lois et des élections. Autre décision scrutée : le départ anticipé annoncé de François Villeroy de Galhau de la Banque de France, qui offre au président sortant la possibilité de nommer un successeur pour six ans, au-delà de son propre mandat. Plus récemment, Marc Guillaume a été nommé à la tête du Conseil d’État, la plus haute fonction administrative. Pour The Economist, l’enchaînement de ces décisions constitue « une stratégie visant à protéger les institutions françaises » en amont d’une possible alternance politique.
Une présidence à pouvoirs étendus
La lecture proposée par l’hebdomadaire britannique repose aussi sur la nature même de la fonction présidentielle en France.
Le journal rappelle que le chef de l’État concentre des pouvoirs inhabituels en Europe : commandement des armées, possibilité de dissoudre l’Assemblée nationale, recours à l’état d’urgence, nominations à la tête de nombreuses autorités publiques ainsi que contrôle ultime de la dissuasion nucléaire. Ces prérogatives donnent à la question des nominations de fin de mandat une portée particulière, dans un pays où les institutions reposent en grande partie sur la confiance dans la neutralité de ces contre-pouvoirs.
Dans cette perspective, The Economist met en garde contre la tentation d’un « scénario à la Viktor Orban », en référence aux transformations institutionnelles opérées en Hongrie après l’arrivée au pouvoir du dirigeant conservateur. Le magazine considère qu’un éventuel recul de l’État de droit en France, deuxième économie de l’Union européenne, aurait un impact majeur sur l’ensemble du continent.
Le RN dénonce un verrouillage institutionnel
Face à ces nominations, Marine Le Pen et Jordan Bardella développent une ligne très différente, largement relayée dans certains médias internationaux. Selon The Times de Londres, le Rassemblement national accuse Emmanuel Macron de chercher à rendre la France «À l’épreuve de Le Pen» en plaçant ses proches à des postes difficilement révocables avant l’élection. Le quotidien rapporte que Jordan Bardella dénonce une stratégie visant à « prolonger son influence » au-delà de la fin de son mandat et à limiter la marge de manœuvre d’un éventuel futur gouvernement issu de son camp.
Sur le terrain économique et monétaire, The Times cite également les critiques formulées par le président du Rassemblement national au sujet du remplacement anticipé du gouverneur de la Banque de France. Bardella y voit un moyen de restreindre la capacité du prochain exécutif à agir sur la dette et le pouvoir d’achat, en verrouillant à l’avance des fonctions clés liées à la politique économique. Ces accusations s’inscrivent dans une rhétorique plus large sur la « continuité macroniste » au sein de l’appareil d’État, que le RN promet de remettre en cause en cas de victoire.
Un débat européen sur la « protection » des institutions
Au-delà du cas français, la presse internationale rattache ce débat à une question plus large : comment les démocraties libérales doivent-elles réagir face à la montée de forces qualifiées de populistes. Dans un autre article, The Economist défend l’idée qu’en Europe, la droite populiste devrait être « battue dans les urnes plutôt qu’ostracisée », en appelant les partis traditionnels à privilégier le débat démocratique plutôt que les cordons sanitaires rigides. L’hebdomadaire observe toutefois que la tentation de « blinder » institutionnellement les systèmes politiques existe dans plusieurs pays lorsque des formations contestataires progressent dans les sondages.
Pour l’instant, les autorités françaises ne présentent pas ces nominations comme une réponse ciblée au Rassemblement national, mais comme la poursuite normale du renouvellement des hauts postes de l’État dans un calendrier institutionnel contraint.
Les journalistes étrangers notent néanmoins que le tempo politique – à moins d’un an de la présidentielle – donne un relief particulier à ces décisions. Entre volonté affichée de préserver la stabilité des institutions et crainte dénoncée d’un verrouillage démocratique, le débat autour de la stratégie d’Emmanuel Macron illustre, aux yeux de la presse internationale, les tensions traversant aujourd’hui de nombreuses démocraties européennes.
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Il s’assure ainsi que la macronie continuera à ruiner la France même sans lui.
C’est quand même incroyable : ils ne veulent pas d’une victoire du peuple. Leur mot d’ordre c’est qu’il ne faut pas que la droite populiste gagne. C’est dingue.