Mardi de l’archéologie : penser couleur est intensément humain

Le mot du mois d’Anne Lehoërff : « couleur »

C’est troublant. La science ramène la couleur à ce que l’œil perçoit des surfaces ou des lumières. En un mot, la couleur n’existe pas, elle ne serait qu’une affaire de rétine. Et pourtant, elle est là. Dans les paysages et les cieux, dans la végétation tout neuve du printemps, dans les vêtements très gais de l’été.
En archéologie, la couleur s’est offert une place majeure au fil des études. On l’observe sur le terrain car elle raconte des occupations, des actions, des successions, des réalités tangibles qui se résument parfois seulement à un sédiment dont la couleur (et la texture) est l’indice de ce que l’on cherche. On la traque sur tout ce que l’on met au jour.

La couleur est fragile

La couleur raconte une cuisson de céramique, un alliage métallique, des pigments d’une paroi décorée à fresque, des jeux de matériaux. Elle est le résultat de choix, de codes parfois. On s’émerveille aujourd’hui des couleurs préservées qui nous parviennent et on veille à ne pas les abîmer, à ne plus les mettre en péril comme on le fit, par exemple, dans les grottes préhistoriques. Les archéologues l’ont compris, la couleur est fragile. Elle peut disparaître avec les matériaux qui lui donnent réalité et nous permettent de la voir.

La couleur est humaine

C’est presque paradoxal puisque l’archéologie vanta longtemps une blancheur antique qui n’existait pas. On prit comme élégance suprême un blanc supposé des monuments et des statues grecques car ni les yeux ni les instruments n’étaient capables d’y déceler un bleu, un rouge, un vert, etc. L’archéologie a changé, elle s’est colorée. Elle lui porte attention, en fait un sujet historique, car penser en couleur est intensément humain.

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2 Commentaires

  1. Bonjour Christine, la couleur, en effet n’existe pas réellement c’est la reflexion de la lumière sur une surface qui est traitée par les cones de la rétine. En television on utilisait la luminance plus trois canons : rouge, vert et bleu ce qui permettait d’obtenir les couleurs souhaitées grace au melange des canons et les variantes de la luminosité (luminance) on obtient ainsi toute l’échelle chromatique plus le blanc et le noir qui sont en fait, des « non couleurs ». On a aussi découvert, que beaucoup de statues et de murs dans les édifices religieux etaient peints à l’origine mais ,au fil du temps, les pigment avaient disparus. Il y a eu des spectacles à Amiens ou on recréé les couleurs sur la cathédrale par projection sur celle ci, ce qui permet de la voir comme à l’origine. J’ai vu aussi des restes de couleurs assez importants à l’interieur de l’église fortifiée de Vervins. Bonne journée.