Trump-Iran : le moment décisif

 

J’ai consacré plusieurs livres à Donald Trump.
Je n’ai cessé de le soutenir depuis 2015. J’ai expliqué sa politique de manière détaillée. J’ai été invité à Mar-a-Lago par Chris Ruddy, le directeur de la chaine de télévision Newsmax et j’ai rencontré Trump lors d’un dîner dans sa résidence personnelle. J’ai une profonde estime pour lui. Je ne le considère pas pour autant infaillible.

Il a, lors de son premier mandat, eu dans son entourage des gens qui l’ont trahi. Il a nommé à la Cour suprême des juges qui semblaient fiables et solides et qui, pour certains, ont fait défaut. Je discerne pleinement la stratégie inhérente à sa politique étrangère lors de son second mandat.

Tout avançait de manière conforme aux prévisions jusqu’à ces derniers jours, et la guerre en Iran place Trump dans une situation très difficile et très dangereuse.

Il y a les acquis, et ils sont importants.

Acquis
L’élimination de l’aviation militaire, de la marine, des installations radar, des missiles sol-air iraniens, de la plupart des unités de fabrication de missiles et de drones, sont des victoires immenses. L’élimination des principaux dirigeants du régime est aussi d’une grande importance. Le régime iranien n’aura plus, avant des années, le moyen d’attaquer Israël et les émirats voisins.

Il y a aussi ce qui pose question.
Négociations ?
La seule justification que je vois au cessez-le-feu serait, outre la baisse du prix du pétrole et la remontée de la bourse, la nécessité pour Trump de renforcer les moyens militaires américains présents à proximité de la zone de guerre. En dehors de cela, un cessez-le-feu ne s’imposait pas, et ce n’est pas seulement mon avis, mais celui de tous les généraux américains qui parlent sur FoxNews et Newsmax, les deux chaines de télévision conservatrices aux États-Unis.

Accepter de négocier avec des membres survivants du régime iranien ne s’imposait pas du tout, je le maintiens. Ces gens sont des criminels abjects. Il n’y a rien à négocier avec des criminels abjects. Négocier avec eux est les légitimer un peu. La seule chose qu’on doit attendre d’eux est une reddition sans condition et une capitulation.
S’ils restent intransigeants, ce sera un point positif : cela pourra conduire à écourter le délai de quinze jours et à reprendre rapidement les frappes.
Je m’attends à ce que ces gens soient pervers et tortueux : leur intérêt est de faire trainer les négociations. Ils peuvent aussi donner l’apparence de concessions, et même accepter de signer un accord correspondant à ce que Trump exige. Un tel accord, le cas échéant, n’aurait aucune valeur. Dois-je redire que ce sont des menteurs et des fanatiques ?

Vance
Avoir envoyé J.D. Vance négocier est à mes yeux très négatif. J.D. Vance appartient à l’aile isolationniste de l’administration et a des rapports exécrables avec Israël. Il a dit se rendre à Islamabad en espérant avoir des interlocuteurs de bonne foi et en leur tendant la main. Ils ne sont pas de bonne foi et leur tendre la main est se salir la main. Qui, en 1945, aurait serré la main de Joseph Goebbels et de Heinrich Himmler ? Abbas Araghchi et Mohammad Bagher Ghalibaf ne valent pas mieux que Goebbels et Himmler. Ils font partie intégrante du régime. Ils ne seront jamais les Delcy Rodriguez de l’Iran (il n’y a pas de Delcy Rodriguez en Iran), et j’ose espérer que Vance sait pleinement à qui il a affaire. J’aimerais en être certain. Envoyer le vice-président est un geste qui abaisse les États-Unis. Les membres du régime iranien résiduel sont de rang inférieur. Les États-Unis sont la première puissance du monde !

Islamabad
Aller négocier à Islamabad me paraît une concession grave. Je l’ai dit : le Pakistan est très lié à la Chine, et la Chine va sans aucun doute jouer un rôle dans les coulisses. La Chine est l’ennemi principal des États-Unis et le régime iranien est son allié, le Pakistan aussi. Le Pakistan a aussi des liens avec le régime iranien, et ses dirigeants sont antisémites. Le ministre pakistanais de la Défense a tenu des propos répugnants sur Israël ces derniers jours, c’est inadmissible.

Israël
Israël était l’allié des États-Unis pendant la guerre. Israël n’est pas associé aux négociations. Si Israël l’était, Netanyahou ne se rendrait en aucun cas à Islamabad et les Iraniens refuseraient de le rencontrer et ne le laisseraient pas entrer dans un pays qui ne reconnaît pas l’existence d’Israël. Accepter de mener des négociations avec des antisémites iraniens refusant le moindre contact avec Israël, dans un pays régi par des antisémites qui ne reconnaissent pas l’existence d’Israël est, à mes yeux, lamentable et préoccupant.

Ormuz

Au moment où j’écris, le détroit d’Ormuz n’est toujours pas ouvert et sans danger. Accepter une heure de plus le comportement du régime iranien concernant le détroit d’Ormuz et négocier quand même est à mes yeux indigne des États-Unis et montre que le problème n’est pas réglé. Le régime iranien a tiré sur les émirats du Golfe et en direction d’Israël après que le cessez-le-feu a été proclamé. Je sais que le régime iranien ne contrôle pas toutes ses unités, mais tout de même ! Le régime iranien a exercé un chantage et a dit qu’il ne négocierait que si Israël cessait de frapper le Hezbollah. Des pressions ont été exercées par Trump sur Israël, qui va négocier avec le gouvernement libanais, ce qui ne conduira à rien, car le gouvernement libanais est sous l’influence du Hezbollah. Cela fait que Netanyahou est sous le feu des critiques en Israël. La faute n’est pas celle de Netanyahou, mais il pourrait en subir les conséquences politiques, ce qui serait consternant.

Le général Jack Keane, qui était contre le cessez-le-feu, dit que l’armée américaine a tous les moyens de mettre fin à l’emprise du régime iranien sur le détroit d’Ormuz, que des plans existent, et que des exercices militaires américains ont eu lieu dans le passé pour préparer une action. Le détroit d’Ormuz pourrait être pleinement ouvert et sans danger. Ce n’est pas le cas aujourd’hui. Le général Keane n’est pas le seul à dire ce qu’il dit, mais il était vice-chef d’état-major des armées américaines, ce qui donne du poids à ses mots.

Le général Keane a dit aussi (et Alan Dershowitz a repris l’idée à son compte) qu’il était possible de dire à la Chine que plus aucun bateau ne sortira du Golfe arabo-persique si tous les bateaux ne peuvent pas en sortir : si Trump ne veut pas libérer le détroit d’Ormuz parce qu’il craint des pertes humaines, il pourrait mettre le marché en main à la Chine : ou tous les bateaux circulent, ou aucun ne circule. Il ne le fait pas. Pourquoi ?

Ile de Kharg

Le général Keane a dit aussi que l’armée américaine pourrait aisément prendre l’ile de Kharg, ou rendre ses quais non opérationnels, ce qui asphyxierait immédiatement le régime iranien et le conduirait à l’effondrement en quelques jours. Les plans existent, et si Trump, là encore, ne veut pas demander que l’ile de Kharg soit prise par peur de pertes humaines, il pourrait rendre ses quais non opérationnels. Il ne le fait pas. Pourquoi ?

J’aimerais vivement avoir des réponses sur ces points.

Inexactitudes

Je l’ajoute.

  • Trump dit que tous les objectifs militaires sont atteints. C’est inexact, et en disant cela, il donne des arguments à ceux qui le critiquent : le régime iranien a encore des missiles et des drones, les 450 kilos d’uranium enrichi sont peut-être ensevelis, mais cela reste à confirmer, des tirs ont encore eu lieu dans le détroit d’Ormuz et vers les émirats et Israël.
  • Trump dit que les dirigeants iraniens restants sont plus modérés que les précédents, c’est inexact là encore : Abbas Araghchi et Mohammad Bagher Ghalibaf ne sont pas des modérés, et Ahmad Vahidi, qui est désormais à la tête des Gardiens de la Révolution, n’est pas du tout un modéré.
  • Trump dit qu’il y a eu un changement de régime : c’est exact, mais dire cela est en même temps jouer sur les mots. Le régime des mollahs est désormais la dictature des Gardiens de la Révolution, qui faisaient partie du régime des mollahs, et il y a un guide suprême en carton.
  • Trump dit que le changement de régime n’était pas son objectif, mais laisser en place un régime totalitaire, fanatique, prêt à massacrer encore des Iraniens par milliers et ayant des projets génocidaires vis-à-vis d’Israël ne doit pas être considéré comme envisageable, et l’envisager serait honteux.
  • Trump ajoute que le renoncement du régime résiduel à l’arme atomique représenterait 99 pour cent de ses objectifs : je dis que ce serait se contenter d’infiniment peu, voire, puisque le régime recommencerait à chercher l’arme atomique dès qu’il en aurait l’opportunité, se contenter de moins que rien. Obama en 2015 avait obtenu ce moins que rien, mais Obama était complice du régime, et c’était donc logique.

Moment décisif

Nous sommes au moment décisif. Ou bien Trump décidera d’agir pour que le régime iranien résiduel n’ait plus d’autre issue que la reddition sans condition et la capitulation, et une action concernant le détroit d’Ormuz et l’ile de Kharg sera sans aucun doute nécessaire. En ce cas, il pourra effectivement dire qu’il a gagné la guerre, le prix du pétrole baissera durablement, et il sera en bonne position pour les élections de mi-mandat. Une victoire, souvent, change tout.

Ou bien Trump négociera et laissera le régime résiduel en place, et en ce cas, il n’aura pas gagné la guerre, les acquis actuels deviendront vite obsolètes, et même si le régime résiduel sera largement hors d’état de nuire, il fera régner la terreur au sein de l’Iran où, en ce moment, des pendaisons et autres formes d’assassinats ont lieu. L’Iran sera un pays diminué, misérable, régi encore par des gens abjects. Israël sera en danger. Les émirats du Golfe et l’Arabie Saoudite seront très déçus et se détourneront des États-Unis. Le prix du pétrole restera haut, et les républicains perdront sans doute les élections de mi-mandat, ce qui placera Trump en position de canard boiteux pour les deux dernières années de sa présidence, et conduira à d’arbitraires procédures de destitution.

Ce n’est, bien sûr, pas ce que je souhaite : les démocrates américains aujourd’hui sont des gauchistes abominables et destructeurs. Ils sont, en supplément, très anti-israéliens et leur retour au pouvoir serait un cataclysme.

Trump peut encore marquer l’histoire du monde. Je souhaite qu’il marque l’histoire du monde. Les jours qui viennent seront cruciaux.

Les Iraniens ont été reçus à l’aéroport d’Islamabad de manière officielle et chaleureuse. Cela a été éloquent.

© Guy Millière pour Dreuz.com. Toute reproduction interdite sans l’autorisation écrite de l’auteur.

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