Ah ! les prénoms français dans les chansons populaires… (Poésie et émotion 2)

Poésie, émotion et engagement épisode 2

Quoi de plus beau et de plus utile qu’un calendrier ?

Il rythme nos vies, nous renseigne sur les jours fériés, les congés, les vacances scolaires, le saint du jour. Il est un outil indispensable à la vie sociale, religieuse voire économique et administrative.  Il permet enfin de surprendre certains de vos proches qui se demandent avec des yeux gros comme ça : mais pourquoi tu connais ma fête ? Personne ne me l’a jamais souhaitée. Tu es un ange !

C’est le cas d’une certaine Sarah il y a quelques temps ou d’une Fabienne il y a quelques jours pour moi. Nos artistes francophones ont mis presque tous en lumière un prénom masculin ou féminin dans leur répertoire. Qui se souvient de Félicie… (aussi…) ou de La cane de…Jeanne. J’en ai sélectionné quelques autres avec le jour inoubliable. Vous pourrez compléter la liste dans vos commentaires. Commençons par les prénoms féminins donc.  

On fête qui le 20 octobre ? Aline, voyons. C’est notre cher Christophe national qui a crié Aline dans sa chanson : « Et j’ai crié, crié : « Aline ! », pour qu’elle revienne. Et j’ai pleuré, pleuré, oh ! j’avais trop de peine. » D’abord en 1965 puis en 1979 puis tout au long de sa carrière !  Sa chanson a connu un succès notable, devenant un slow d’été en se classant en tête des ventes en France, en Espagne, en Belgique, en Israël, en Turquie et même au Brésil. Il s’est écoulé 3,5 millions d’exemplaires du disque dans le monde. Pour la petite histoire, cette Aline était assistante dentaire boulevard du Montparnasse la journée et chargée des vestiaires de l’Orphéon club la nuit. Elle avait tapé dans l’œil de notre artiste.

Et Annie, alors, quand est-ce qu’on la fête ? C’est le 26 juillet. On a connu une célèbre Annie…qui aimait… les sucettes… à l’anisSerge Gainsbourg avait écrit ce pur chef d’œuvre pour la toute jeune France Gall en 1966.  Délicieuse ou scandaleuse, cette chanson ne rapporta pas grand-chose ni à l’un ni à l’autre mais elle resta dans toutes les mémoires. Pour moi une pure merveille, pas chère : quelques pennies…

Passons à Céline. Non, pas l’écrivain. Célébrez vos Céline tous les 21 octobre. Ce que fit Hugues Aufray encore en 1966 : « Dis-moi, Céline, les années ont passé. Pourquoi n’as-tu jamais pensé à te marier ? » Céline est une chanson écrite et composée par Vline BuggyMort Shuman et Hugues Aufray. Elle sortit sur un super 45 tours de quatre titres contenant également Stewball, Les Mercenaires et Le Bon Dieu s’ennuyait.

Avant d’être interprétée par Hugues Aufray, Céline avait été proposée à Claude François et Richard Anthony qui la refusèrent. On dit que les parents de la petite Céline Dion ont été influencés par cette chanson dans le choix du prénom de la diva.

Retour dans le répertoire de France Gall. Arrêt sur août 1987. Cette année-là, elle chanta : « Ella, elle l’a. Ella, elle l’a (elle l’a) houhou hou hou hou hou », en hommage à Ella Fitzgerald. Depuis vous savez bien quand célébrer les Ella : le 1er février. On vient de le faire !  La chanson fut un succès fou entre 1987 et 1988. Le titre fut certifié disque d’argent. La chanteuse a sucettes…euh pardon, à succès remporta par ailleurs deux Victoires de la musique. Le conjoint de France Gall. Michel Berger admirait Ella. La chanson l’est admirable : remplie de basse et de cuivres, d’une rare complexité.

Il s’agit du plus grand succès musical de France Gall, qui s’est vendu à 1,5 million d’exemplaires dans le monde, dont plus de 300 000 en France, beaucoup plus que les Sucettes !

Revenons vers Gainsbourg. En 1969, il chanta ça : « Elisa, Elisa, Elisa saute-moi au cou. Elisa, Elisa, Elisa, cherche-moi des poux ». Pendant quel mois fête-t-on les Elisa ou les Elise…C’est en novembre, le 17 exactement.  Elisa existe en deux versions aux textes très différents : une version pour des revues de Zizi Jeanmaire et une version qui apparaît comme la huitième chanson de l’album Jane Birkin – Serge Gainsbourg.

Dans la version pour Zizi Jeanmaire, des soldats qui partent pour la guerre se souviendront d’Élisa : « Tu seras notre infirmière / Notre fille à soldats ».

Dans la version du disque avec Jane Birkin, Serge Gainsbourg y chante son amour pour une femme plus jeune que lui : « Tes vingt ans, mes quarante…». Dans la vraie vie, âgé de 19 ans, Serge Gainsbourg tomba sous le charme d’Élisabeth Levitsky (Lise / Elisa), une apprentie peintre à Montmartre comme lui et qui devint sa première épouse. La chanson narra cette passion amoureuse.

Ah l’amour ! Johnny Hallyday déclara en 1976 : « Gabrielle, tu brûles mon esprit ton amour étrangle ma vie ». Alors pour Gabrielle vous dites quel jour ?  Bien joué, mes amis c’est le 29 septembre. Reprise du titre anglais The King Is Dead (« Le roi est mort ») de 1972, de Tony Cole, elle fut adaptée en français par les paroliers Long Chris et Patrick Larue. À sa sortie, le titre se vendit à 500 000 exemplaires. Devenue un classique du répertoire francophone, Gabrielle est restée inscrite au tour de chant de Johnny durant plus de quarante ans. Comme souvent avec les tubes, l’artiste n’était pas très convaincu par cette chanson présentant le dépit amoureux, le désir de rompre d’un homme usé par dix ans de relation amoureuse !

Gabrielle ou Gaby ? Alain Bashung en 1979 popularisa ce diminutif. Gaby peut être un homme ou une femme, ou un peu des deux ! Fêtez donc les Gaby aussi le 29 septembre. Rappelez-vous ce titre aux paroles incroyables et énigmatiques comme toujours chez Alain Bashung :   « Gaby, oh Gaby, tu ne devrais pas m’laisser la nuit. J’peux pas dormir, j’fais que des conneries ». Cette chanson sauva la carrière de Bashung qui passait de galère en galère. Il confia les paroles à Boris Bergman qui s’attacha à évoquer un travesti ou une personne trans. Il raconta : « C’est un texte sur les minorités, ceux que « la différence » fait tomber dans les puits de solitude ; ceux qui ne peuvent pas dormir et qui « ne font que des conneries !» Bashung fut décontenancé par ce succès totalement imprévu. Dans son album Play blessures  de 1982, il y évoquera ces tourments face à son nouveau statut de vedette de la chanson, dans le titre J’croise aux Hébrides : « J’dédie cette angoisse à un chanteur disparu, mort de soif dans le désert… de Gaby. Respectez une minute de silence, faites comme si je n’étais pas arrivé… » !

Savez-vous qui nous fêtons tous les 30 août ? Il s’agit des Jeanne. En 2011, Laurent Voulzy eut l’idée lumineuse de remettre au goût du jour ce prénom légendaire  : « Jeanne, vous n’êtes qu’une image, perdue dans les âges et moi dans l’amour de vous« . Ce passionné d’Histoire y évoquait son amour pour le Moyen-Âge et cette Jeanne qui y a vécu. On pense évidemment à Jeanne d’Arc et d’ailleurs on a besoin de toutes les Jeanne d’Arc de bonne volonté qui pourront nous sauver des envahisseurs…

Vous l’avez compris, j’ai un faible pour Alain Bashung. Je reparle donc de lui et de son tube de 1991 : « Osez Joséphine » « Osez, osez Joséphine. Osez, osez Joséphine. Plus rien ne s’oppose à la nuit. Rien ne justifie »…Question rituelle dans ce papier c’est quand qu’on fête les Joséphine. Eh bien, on vient de le faire il y a quelque jour, le 8 février.  L’idée de cette chanson est née en novembre 1989 à la chute du mur de Berlin.

Alain Bashung dîne chez son batteur Philippe Draï, dont la fille, âgée de 4 ans, se prénomme Joséphine. Cette dernière est très timide. Alain Bashung se rapproche d’elle et lui dit : « Ah, si j’osais Joséphine » ! Cette petite Joséphine Draï est devenue par la suite comédienne.

Encore une histoire de petite fille qui deviendra comédienne : Laura Smet« Laura, y’a tant d’hommes que je ne suis pas. Y’a tant de phrases qu’on dit que je ne te dirai pas »…  Johnny Hallyday, idole des jeunes en France dans les années 1960 et 1970, traversa une période plus difficile entre 1982 et 1985, Côté cœur, il entama une relation amoureuse avec la comédienne Nathalie Baye qui donna naissance en novembre 1983 à Laura Smet. Jean-Jacques Goldman lui rédigea un texte évoquant la petite alors âgée de trois ans. Le succès fut au rendez-vous. On fête les Laura le 19 octobre.

Partons en Belgique retrouver Jacques Brel en 1962. Sa chanson vedette est alors Madeleine : « Ce soir j’attends Madeleine, j’ai apporté des lilas »…Devenue un classique à la scène, Madeleine clôturera les tours de chant de Jacques Brel à l’Olympia en 1964 et 1966. Madeleine était une amie proche de Jacques Brel et qui lui avait été présentée par Georges Brassens. Madeleine Zeffa Biver était la fille d’un père communiste et d’une mère juive. Elle avait échappé aux nazis en 1944 puis à un mari brutal quelques années plus tard. À vingt ans, elle fréquenta les poètes, musiciens et artistes de Saint-Germain-des-Prés alors qu’elle travaillait comme modèle pour des coiffeurs parisiens. Elle avait posé (une fois…) un lapin à Brel. Cet oubli fut à l’origine de la chanson : « Ce soir, j’attends Madeleine ; j’ai apporté des lilas ; j’en apporte toutes les semaines… ». Offrez du lilas aux Madeleine chaque année le 22 juillet.

Et puis en France, on a le 15 août. C’est le jour de Marie et tout le monde est au restaurant. Francis Cabrel en 1977 écrivit Petite Marie : « Petite Marie, je parle de toi parce qu’avec ta petite voix. Tes petites manies, tu as versé sur ma vie des milliers de roses« …Extraite de son premier album Les Murs de Poussières, Petite Marie est un hommage à Mariette Darjo, épouse du chanteur depuis 1974.

Connaissez-vous des Mélissa ? On les a fêtées le 12 février dernier. Julien Clerc en 1984 parla de l’une d’entre elles : « Mélissa, métisse d’Ibiza, vit toujours dévêtue. Dites jamais que je vous ai dit ça ou Mélissa me tue« …David McNeil l’auteur du texte en voyait partout des silhouettes des jeunes métisses et en même temps adorait Matisse. Cette chanson est un vrai exemple de métissage. Julien Clerc est lui-même d’origine guadeloupéenne du côté de sa mère. Ah le métissage !

Restons en février. Le 10, on a fêté les Marylou. En 1989, Polnareff dit au-revoir à Marylou, enfin il dit Goodbye Marylou : « Message électrique quand elle m’électronique. Je reçois sur mon écran tout son roman. On s’approche en multi et je l’attire en duo. Après okay, elle me code Marylou » ! Tout un programme. D’ailleurs cette chanson figure sur l’album Kâmâ Sutrâ. Le prénom a parfois été cité comme une référence au prénom de la standardiste de l’hôtel Royal Monceau, où le chanteur résida durant huit cents jours pour composer le dit-album Kâmâ Sutrâ…La musique est inspirée de lignes mélodiques et accompagnements développés dans le 2e mouvement du Concerto pour piano numéro 2 op.18 composé par Sergueï Rachmaninov.

Nathalie de Gilbert Bécaud en 1964, ça vous parle ? : « La place Rouge était vide. Devant marchait Nathalie. Il avait un joli nom mon guide, Nathalie« . Écrite par le parolier Pierre DelanoëNathalie est considérée comme l’une des chansons les plus emblématiques du répertoire de Bécaud. Bécaud y chante son souvenir personnel nostalgique d’une idylle amoureuse de jeunesse avec une jeune étudiante russe soviétique et guide touristique moscovite qui lui fait visiter Moscou, et l’accueille dans sa chambre d’étudiante de l’Université de Moscou où elle lui présente ses amis étudiants et lui sert d’interprète. Réunis, les jeunes gens parlent et font la fête (musique russeviolonbalalaïka, danse Kazatchok et Chœurs de l’Armée rouge, la place Rouge blanche de neige de l’hiver russe, le tombeau de Lénine, le café Pouchkine, Moscou, les plaines d’Ukraine (tiens, tiens) mais aussi le champagne de France ou les Champs-Élysées). On fête les Nathalie le 27 juillet avec de la vodka ?

Le 5 octobre, on fête un joli prénom féminin Marjolaine. Gaëtan Roussel en a fait une chanson l’année dernière : « Marjolaine/Je dis tout ça comme ça/Comme une ode ou un je t’aime/Je te livre un peu de moi… ». Proche d’Alain Bashung, on apprécie le clin d’œil à un prénom aussi suranné que délicieux. Il se rappelle que son ami avait chanté Joséphine alors que personne n’utilisait plus vraiment ce prénom.

Il faudrait parler aussi de Sonia de Patrick Juvet. Les Sonia sont fêtées les 25 mai.

De Cécile, la fille de Claude Nougaro, chanson sortie en 1963. On célèbre les Cécile le 22 novembre.

On pourrait aussi parler du 10 août avec Laurette.

Chez Laurette est une chanson délicieuse de Michel Delpech sorti le 1er mai 1965. Le titre est écrit par Michel Delpech et composé par Roland Vincent.

Ou des Betty fêtées le 17 novembre.

Betty est une chanson et une amie de Bernard Lavilliers à qui il écrit des mots de réconfort. Elle a pris beaucoup d’années de prison pour des choses qu’elle n’avait pas faites : « Betty, faut pas plonger. Betty, faut pas craquer. Je sais ils t’ont couchée là, et puis ils ont fermé leurs bureaux d’acier. Betty faut pas pleurer. Betty faut pas trembler. Je sais tu vas rester là. T’aimerais plus te réveiller, plus jamais rêver.« 

Vous ne direz pas que vous n’avez pas été prévenus pour les prochaines célébrations. Gardez toujours un œil sur le calendrier. Dans quinze jours, on parlera des prénoms masculins.

Hervé Fayet

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